Mise à jour le Vendredi, 27 Janvier 2012 23:01 Écrit par David Ya Samedi, 28 Janvier 2012 06:00
Décliné en trois phases, le «contrat Sotra », appellation de ce plan stratégique, se fixe pour objectifs, à l’horizon 2016, de la doter d’un parc de 870 véhicules dont 27 bateaux bus en ligne, contre seulement 90 bus opérationnels hérités de l’ancienne équipe en avril 2011; de transporter 300 millions de passagers par an, avec un service de qualité orienté client ; de porter le chiffre d’affaires moyen annuel à 42 milliards de Fcfa, pour un résultat net de l’ordre de 500 millions par an, avec un fonds propre d’un niveau de 20 milliards de Fcfa, alors qu’il était de 350 millions en 2010. Le tout, sous-tendu par un investissement direct de 99,4 milliards de francs dont 62,9 milliards destinés aux véhicules d’exploitation.
En pratique, la direction générale de la Sotra envisage de consacrer l’année 2012 au redressement de l’entreprise, notamment la mise en œuvre d’un ensemble de programmes de gestion qui la mettra sur une pente ascendante afin de lui assurer rapidement son autonomie financière. Les deux années suivantes, 2013-2014, seront celles du développement de l’entreprise à proprement parler, à travers des investissements adéquats (renouvellement du parc avec des véhicules neufs, lancement d’un programme d’assemblage d’autobus adaptés à l’exploitation, impulsion d’une fluidité plus grande du trafic, etc.).
Enfin, au cours des années 2015-2016, dernières étapes de ce plan quinquennal, la direction s’attellera au développement et au renforcement d’un programme intégré de la société à d’autres modes de transports. Ainsi, comme dans les grandes capitales du monde, la Sotra envisage une offre intégrée de transport multimodale à la population abidjanaise.
Ce plan ambitieux, «cohérent et minimaliste», selon le directeur général, a déjà reçu l’aval de son Conseil d’administration et est admis globalement par le gouvernement, dont la pleine implication est nécessaire pour sa mise en œuvre. «La réussite de ce plan stratégique repose sur une forte implication de l’Etat de Côte d’Ivoire et une mobilisation sans faille des ressources internes de l’entreprise», souligne Méité Bouaké. Toutefois, la part de contribution de l’Etat sera en baisse significative par rapport aux recettes directes et représentera 40% du chiffre contre 52% en 2010, précisent les dirigeants de la Sotra.
En avril 2011, alors que la nouvelle équipe dirigeante prenait la société en main, celle-ci était au bord du dépôt de bilan. Avec un personnel pléthorique (3700 personnes), elle ne disposait que de seulement 90 véhicules en état de fonctionnement. Et avait 100 milliards de dettes cumulées. Par ailleurs, la Cnps qui ne recevait plus les cotisations des travailleurs depuis 2008 avait arrêté de payer les pensions de retraite des agents. Au plan social, toutes les cliniques et les pharmacies agréées par l’entreprise avaient suspendu leurs prestations au bénéfice des agents, pour non reversement des primes de prise en charge par l’ancienne équipe dirigeante. Au total, l’entreprise était à l’agonie du fait de décisions de mal gouvernance comme l’achat de matériel roulant inadapté ou des détournements de fonds. C’est le cas de l’emprunt obligataire de 10 milliards devant servir à la construction de deux gares de bateaux-bus, d’un siège pour Sotra tourisme ; de l’équipement des bus en système de géo-localisation, etc. Aucun de ces investissements n’a été fait, alors que l’argent a disparu des comptes de la société.
En outre, l’état des lieux de l’entreprise révèle un abandon des principes fondamentaux du transport, à savoir, la maintenance du matériel d’exploitation et la formation des agents, selon l’actuelle équipe dirigeante. Des personnes sans qualification ont été recrutées, notamment des chauffeurs qui n’ont acquis leur permis de conduire qu’une fois au sein de l’entreprise.
Aujourd’hui, après avoir obtenu un traitement de la dette de la Sotra avec la Cnps et bientôt avec les Impôts, c’est une entreprise à nouveau crédible, pleine d’espoir et attrayante pour les fournisseurs, que Méité Bouaké a présentée à ses collaborateurs. On comprend donc l’empressement du président de l’Union des cadres de la Sotra à déclarer à son directeur général : «Vous nous vendez de l’espoir au travers de votre plan ; nous l’achetons. Vous avez notre soutien. Nous allons nous mobiliser derrière vous pour sa réalisation ». Un jour nouveau est donc en train de se lever à la Sotra, dont l’importance dans le système économique du pays est sans équivoque. En effet, personne ne peut imaginer Abidjan sans cette société qui permet à l’Etat de pratiquer des tarifs sociaux en matière de transports urbains. Ce qui permet aux personnes à faibles revenus de se rendre quotidiennement à leur lieu de travail et prendre part à l’économie nationale. «Le rôle de la Sotra va être encore crucial avec la construction des maisons pour économiquement faibles dans la périphérie d’Abidjan », souligne Méité Bouaké.
David Ya
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