Déguerpissement à Koumassi : Charles Blé Goudé prend fait et cause pour les populations chassées

Charles Blé Goudé du Cojep. (Ph: Dr)
Charles Blé Goudé du Cojep. (Ph: Dr)
Charles Blé Goudé du Cojep. (Ph: Dr)

Déguerpissement à Koumassi : Charles Blé Goudé prend fait et cause pour les populations chassées

Le 10/06/26 à 07:36
modifié 10/06/26 à 11:13
Le 3 juin 2026, le quartier Houphouët-Boigny, appelé communément « Campement », dans la commune de Koumassi, a été rasé par des engins de démolition. À l’origine de l’opération, un opérateur économique privé, Alloui Brou Jacques, agissant sur la base d’une décision de justice rendue en sa faveur.

Mais au-delà de l’argument légal, c’est la brutalité de l’exécution et ses conséquences sociales qui cristallisent aujourd’hui les critiques. Sur les réseaux sociaux, les images de familles à la rue en pleine saison des pluies ont suscité une vague d’indignation.

La mairie de Koumassi s’est dégagée de toute responsabilité, affirmant que l’opération ne relevait pas d’une initiative municipale.

Le droit contre le réel, une opération légalement fondée socialement contestée

Si l’existence d’une décision de justice encadre formellement l’opération, elle ne répond pas à une question centrale. Celle de son exécution. Car sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Des familles entières se retrouvent sans abri des élèves en pleine période d’examens privés de conditions de travail et un quartier vivant effacé en quelques heures. C’est précisément cette fracture entre légalité et humanité que dénonce Charles Blé Goudé.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le président du Cojep dit « prendre cause et effet » pour les populations déguerpies. « Ce n’est jamais facile de perdre ses repères, même lorsqu’il s’agit d’un simple déménagement. À plus forte raison quand on est réveillé par des bulldozers », déplore-t-il.

Tout en reconnaissant que « le développement implique des effets collatéraux », il rappelle que ces opérations doivent « avoir un visage humain ». Une exigence qui, selon lui, n’a pas été respectée.

Le timing en question, une décision contestée sur le plan social

Au-delà du fond, le moment choisi interroge. En pleine saison des pluies, des familles sont exposées sans solution immédiate de relogement. En pleine période d’examens, des élèves et étudiants se retrouvent sans stabilité.

Une situation que Charles Blé Goudé qualifie implicitement d’« impact social majeur ». « On ne peut pas promouvoir un développement au détriment de ceux qui devraient en être les bénéficiaires », insiste-t-il. Derrière cette déclaration, une critique plus large. Celle d’une urbanisation conduite au pas de charge où les impératifs économiques semblent primer sur les réalités humaines.

Une affaire foncière aux relents de conflit d’intérêts

Des populations déguerpies sans abris désemparées. (Ph: Dr)
Des populations déguerpies sans abris désemparées. (Ph: Dr)



Mais l’élément le plus sensible de cette affaire réside ailleurs. Dans les conditions d’acquisition du terrain. « Un certain M. Brou s’est publiquement présenté comme acquéreur de 34 hectares dans la zone concernée une superficie considérable en plein Abidjan. Problème : il affirme avoir acquis ces terres alors qu’il occupait la fonction de troisième adjoint au maire chargé du domaine », a brandi Charles Blé Goudé.

Qui poursuivant a indiqué que la déclaration qui soulève de nombreuses questions. Notamment, qui a attribué ces 34 hectares ? À quel prix ont-ils été acquis ? La transaction a-t-elle respecté les règles de transparence ?

Pour Charles Blé Goudé, le doute est permis : « Nous sommes clairement face à un conflit d’intérêts ». Si ces faits sont avérés, ils pourraient relever de manquements graves au regard de la loi.

Des populations déguerpies sans abris désemparées. (Ph: Dr)
Des populations déguerpies sans abris désemparées. (Ph: Dr)



L’étude d’impact social : une formalité sans effet ?

L’autre point de tension concerne l’étude d’impact environnemental et social évoquée par l’acquéreur. En théorie, ce type d’étude doit permettre d’anticiper les conséquences d’un projet à savoir, l’identification des impacts, évaluation des risques, la mise en place de mesures d’atténuation.

« Mais dans les faits, la situation observée à Koumassi semble en contradiction avec ces objectifs. Quelles mesures ont été effectivement prises pour prévenir les conséquences sociales du déguerpissement ? Pourquoi des populations se retrouvent-elles sans solutions visibles, malgré l’existence supposée de cette étude ? Ces interrogations fragilisent la crédibilité du processus », a relevé le président du Cojep.

Dans cette affaire, plusieurs acteurs sont pointés du doigt, mentionne Blé Goudé qui cite les commanditaires de l’opération, les auteurs de l’étude d’impact, les autorités ayant délivré les autorisations.

La mairie s’est désengagée. L’acquéreur s’est exprimé. Mais entre les deux, de nombreuses zones d’ombre persistent. Charles Blé Goudé appelle ainsi à une clarification globale et à la mobilisation des autorités : « Nous sommes dans un État de droit. Tous ceux qui ont participé à cette opération doivent répondre devant la loi. »

Vers une bataille juridique ?

Face à l’absence de réponses jugées satisfaisantes, le président du Cojep annonce son intention de porter le combat sur le terrain juridique. Il appelle les avocats ivoiriens à s’engager bénévolement pour défendre les populations expulsées. « S’il faut mobiliser des avocats, nous le ferons », affirme-t-il.

Une question de société

« Quelle société voulons-nous bâtir si certains enfants sont laissés pour compte ? », interroge Charles Blé Goudé.

Dans l’attente de clarifications et d’éventuelles suites judiciaires, une certitude s’impose : au « Campement », la question du logement dépasse désormais le simple cadre du droit pour s’inscrire dans un débat plus large sur la justice sociale et la gouvernance urbaine.



Le 10/06/26 à 07:36
modifié 10/06/26 à 11:13