Blanchiment de capitaux : Le Procureur financier Jean Claude Aboya met en garde contre les biens d’origine douteuse

Le Procureur de la République près le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF), Jean Claude Aboya
Le Procureur de la République près le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF), Jean Claude Aboya
Le Procureur de la République près le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF), Jean Claude Aboya

Blanchiment de capitaux : Le Procureur financier Jean Claude Aboya met en garde contre les biens d’origine douteuse

Le 10/06/26 à 17:38
modifié 10/06/26 à 18:56
Le Procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier (PPEF), Jean Claude Aboya, a animé ce mercredi 10 juin 2026, à Abidjan-Cocody, une conférence de presse consacrée à la lutte contre le blanchiment de capitaux en Côte d’Ivoire.

Face aux journalistes, il a tenu à clarifier les contours juridiques de cette infraction, en particulier la notion de « blanchiment de capitaux autonome », désormais consacrée par la législation ivoirienne.

D’entrée, le magistrat a souligné que le blanchiment de capitaux n’est pas une problématique réservée aux spécialistes de la finance ou du droit.

Selon lui, ce phénomène concerne l’ensemble des citoyens, dans la mesure où chacun est amené à effectuer des transactions, gérer des fonds ou acquérir des biens dont l’origine peut parfois soulever des interrogations.

Revenant sur l’origine du concept, Jean Claude Aboya a rappelé que l’expression « blanchiment d’argent » trouve ses racines dans les pratiques des organisations mafieuses américaines durant la période de la prohibition.

L’objectif était alors de donner une apparence légale à des revenus issus d’activités criminelles en les réinjectant dans des commerces de façade.

Le Procureur financier a expliqué que le blanchiment consiste à intégrer dans l’économie légale des fonds provenant d’activités illicites telles que le trafic de drogue, la corruption, l’escroquerie, les détournements de deniers publics ou encore les paris clandestins.

Il a illustré ses propos par plusieurs exemples concrets, notamment celui d’un individu utilisant des sociétés écrans ou des prête-noms pour dissimuler l’origine réelle de ses richesses.

L’un des points majeurs de cette conférence a porté sur le blanchiment de capitaux autonome, introduit par l’ordonnance n°2023-875 du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Désormais, a-t-il expliqué, il n’est plus nécessaire que l’infraction principale ayant généré les fonds illicites soit préalablement identifiée ou sanctionnée pour engager des poursuites.

La simple détention, acquisition ou utilisation de biens dont l’origine licite ne peut être raisonnablement justifiée peut suffire à caractériser l’infraction.

Jean Claude Aboya a également insisté sur le mécanisme de renversement de la charge de la preuve.

Lorsque les enquêteurs réunissent des éléments laissant présumer une origine illicite des biens, il appartient au détenteur de démontrer leur provenance légale. Il a toutefois précisé que plusieurs procédures ont déjà été abandonnées ou classées sans suite lorsque les personnes mises en cause ont pu fournir des justificatifs convaincants.

Le Procureur a enfin réaffirmé la détermination du PPEF à combattre toutes les formes de criminalité financière.

« La Côte d’Ivoire n’est pas et ne sera jamais une terre d’accueil pour les capitaux criminels », a-t-il martelé, assurant que cette lutte sera menée dans le strict respect de l’État de droit, des droits de la défense et des garanties procédurales.

À travers cette sortie médiatique, le Parquet financier entend sensibiliser l’opinion publique et rappeler que l’enrichissement inexpliqué, les montages financiers opaques et l’utilisation de fonds d’origine suspecte sont désormais au cœur de la vigilance des autorités judiciaires ivoiriennes. :::



Le 10/06/26 à 17:38
modifié 10/06/26 à 18:56