une du 16 mai 2012

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Fluidité routière : DES FEUX TRICOLORES AU NOIR A ABIDJAN

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Impossible de circuler aisément à Abidjan à cause de l’état défectueux de nombreux feux tricolores.Impossible de circuler aisément à Abidjan à cause de l’état défectueux de nombreux feux tricolores.Yopougon, mardi 17 janvier 2012. Il est 19 heures passées de quelques minutes. Au carrefour Keneya, non loin du célèbre espace Ficgayo, l’on observe un embouteillage monstre. Cause principale de cette situation : le feu tricolore situé à ce carrefour ne fonctionne plus, depuis un an bientôt. Les bus, taxis- compteurs, véhicules personnels, taxis communaux et inter communaux, « gbaka » et autres camions se disputent âprement le moindre espace pour en sortir. Chacun tente de se frayer un passage. Certains automobilistes roulent en sens inverse et se retrouvent en face d’autres ; ce qui complique davantage la situation. On assiste, par endroits, à des scènes d’accélération et de freinage. On fait des appels de phares par-ci. On klaxonne par-là. Les voies sont visiblement bouchées. La file de véhicules s’étend sur plusieurs mètres dans tous les sens de ce carrefour à 4 voies. Les deux stations service qui s’y trouvent et se font face servent habituellement de raccourcis. Mais ce jour-là, elles étaient littéralement envahies. Impossible d’avancer et même de reculer. Les pare-chocs des véhicules se touchent presque. Seuls les piétons et, à un degré moindre, les cyclistes et autres motocyclistes peuvent circuler. Ils ne se font pas prier pour se faufiler à travers les véhicules qui peinent à bouger. « Mon ami, que se passe-t-il devant ? », interroge le conducteur d’un véhicule personnel. « Il y a un accrochage entre un gbaka et une voiture personnelle au beau milieu du carrefour », répond un piéton. « Mais, où sont les policiers ? », réplique le conducteur. « Il n’y a personne ! », lance son interlocuteur, avant de s’éloigner. Dans notre véhicule, ça grogne. Un jeune homme d’une trentaine d’années accuse les policiers de ne pas bien faire leur boulot. Son voisin, lui, estime que les hommes en armes n’ont rien à voir, cette fois-ci, avec ce problème. Et qu’il faut plutôt que les autorités compétentes songent à réparer les feux tricolores d’Abidjan, en panne depuis des mois. « Ces policiers auraient pu être utiles ailleurs, si les feux fonctionnaient », estime une autre dame.

 

Après plus d’un quart d’heure, notre véhicule a à peine parcouru 10 mètres. Or nous sommes à plus de 50 mètres du lieu de l’accident. Le chauffeur du taxi communal qui est juste devant nous préfère arrêter le moteur de son véhicule. Un peu plus loin, on aperçoit certains conducteurs arrêtés à côté de leur véhicule. De même que des passagers qui ont choisi de faire le reste du trajet à pied.

Pendant ce temps, d’autres conducteurs s’adonnent à des manœuvres risquées pour essayer de se tirer d’affaire. Notre chauffeur est de ceux-là, il n’en peut plus. Il choisit donc de faire demi-tour pour emprunter une voie parallèle. Ce à quoi il parvient après d’énormes difficultés.

Plusieurs communes touchées

Cet embouteillage n’est qu’un cas, parmi tant d’autres, dus à diverses raisons.

Si vous voulez vivre la situation, faites un tour, un jour ouvrable, précisément, entre 17 h et 20 h, sur le boulevard Latrille, à Cocody. Ou, au carrefour de l’Agence ivoirienne de presse (Aip), au Plateau, entre 8h et 10h. A Adjamé, aux carrefours « Liberté », « Renault », « mosquée », autour de 19 h. A Koumassi, aux carrefours « Sicogi », et « grande mosquée », entre 7h et 9 h, et le soir, à partir de 17h30. Et là où, il est vraiment certain que vous serez comblés, quels que soient le jour et l’heure, c’est au rond-point d’Abobo, devant la mairie. Conséquence de cette situation fâcheuse, les accrochages et autres accidents, parfois très graves, se multiplient dans la capitale économique.

Certes, la police routière déploie, quotidiennement, ses hommes à certains carrefours des communes d’Abidjan. Surtout sur les grandes artères de la ville et particulièrement aux heures de pointe. Mais, ils ne sont pas présents à tous les endroits où les feux ne fonctionnent plus D’ailleurs, il suffit qu’ils se retirent pour que le désordre se réinstalle. Et cela, du fait des feux tricolores qui ne fonctionnent plus, pour la plupart.

Selon M. Kacou Augustin, chargé des opérations de la signalisation et de sécurité routière à l’Agence de gestion des routes (Ageroute), au moins 80 feux tricolores installés à des carrefours ont été endommagés à Abidjan, pendant la crise post-électorale. « Sur ces 80, nous en avons déjà réparé 25. Précisément à Cocody et dans quelques communes au sud d’Abidjan. Il en reste donc 55 à réparer », indique-t-il. L’Ageroute, rappelons-le, est la structure chargée de la gestion des feux tricolores.

35 millions pour un carrefour

Au dire de M. Kouassi, cette situation perdure du fait du coût élevé de ces feux. « Figurez-vous ! Un seul support, avec ses équipements, à savoir la lanterne, le massif qui le tient, le poteau, le répétiteur en dessous coûte plus de 2 millions. Or, il y en a, généralement, 4 à un carrefour. Faites le calcul. Et cela, sans compter l’armoire abritant les cartes qui commandent les feux qui, elle, nécessite 10 millions de Fcfa pour sa réparation, et les raccordements qui demandent également beaucoup d’argent. Au total, il faut 30 à 35 millions pour réparer les feux d’un seul carrefour. », précise-t-il.

Un coût vraiment élevé qui fait dire à M. Kacou Augustin ceci : « Lorsque vous endommagez un feu, c’est une dette de plus que vous donnez ainsi à l’Etat. D’autant plus qu’à ce jour, l’Etat doit 3 à 4 milliards aux entreprises spécialisées, chargées de faire l’entretien de ces installations. C’est-à-dire de réparer les petites pannes dues à une ampoule grillée, une carte électronique défaillante, un câblage défectueux, etc. »

Le remède de l’Ageroute

Pour le responsable de l’Ageroute, il est plus qu’urgent que les Ivoiriens adoptent un comportement citoyen.

« Dans nos pays sous-développés, malheureusement, on n’a aucun respect pour le bien public. Nos installations sont souvent endommagées lors d’accidents de la circulation, puisqu’elles amortissent les chocs. Cela peut se comprendre. Mais, le problème, c’est qu’aucun usager, auteur d’un fait pareil, n’ira faire une déclaration à la police ou à la gendarmerie pour que son assurance puisse dédommager l’Etat. Il y en a, en outre, qui, la nuit, volent les disjoncteurs des feux. Par ailleurs, lorsqu’il y a des mouvements, c’est aux feux tricolores que l’on s’en prend. Il y a même des gens qui les cassent parce qu’ils sont trop contents. On les détruit sans crainte. Quand on est fâché, c’est le comble. On les saccage, au vu et au su de tout le monde. Tout cela crée d’énormes difficultés à l’Etat. Il faut donc que les Ivoiriens changent de comportement», ajoute-t-il.

A en croire M. Kacou, l’Ageroute a, en projet, d’accroître le nombre de feux tricolores à Abidjan qui est actuellement de 238 sur 288 installations sur toute l’étendue du territoire national.

« Il y a, présentement, 33 carrefours à Abidjan qui méritent d’être équipés en feux tricolores. Nous avons même en projet d’installer du matériel de dernière génération, avec des systèmes intelligents. Mais à cause des nombreux actes de vandalisme qui ont endetté l’Etat, nous n’y arrivons pas. Il faut donc que les Ivoiriens changent de comportement pour que le pays puisse émerger. », insiste-t-il.

Avant de lancer cet appel pour conclure : « Si vous surprenez quelqu’un en train d’endommager un feu, attrapez-le et amenez-le à la police ou à la gendarmerie. Car c’est notre bien à tous. C’est ainsi que cela se passe sous d’autres cieux, précisément au Mali

CASIMIR DJEZOU

 

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