Maltraitance sur l'enfant: DES CONSÉQUENCES NÉFASTES SUR SA VIE
  • Accueil
  • Focus
  • Maltraitance sur l'enfant: DES CONSÉQUENCES NÉFASTES SUR SA VIE

Maltraitance sur l'enfant: DES CONSÉQUENCES NÉFASTES SUR SA VIE

dimanche, 21 juillet 2013 16:24

Définie comme la maltraitance physique, sexuelle ou mentale, la violence familiale peut avoir des conséquences néfastes sur le développement physique, affectif et social au cours de l’enfance, mais également plus tard dans la vie de l’être humain.


Michel Affi continue de ruminer sa colère contre ses voisins ; qui ont osé appeler la police parce qu’il a battu à sang son propre fils de 7 ans. Cet instituteur de 40 ans a passé deux jours de garde à vue au poste de police de son quartier, dans la commune de Yopougon, pour des actes de violence physique sur sa progéniture. Pour lui, c’est une correction «méritée» qui fait partie de l’éducation qu’il entend donner à son gamin.

Michel Affi a été dénoncé par les voisins excédés par les actes de violences que le mis en cause exerce de façon régulière sur sa petite famille. « Si ce ne sont pas ses enfants qui sont passés à tabac, c’est sa compagne qui est agressée physiquement et verbalement. Toujours ce sont des éclats de voix dans cette famille. Nous avons plusieurs fois tenté d’intervenir. Mais, il prenait les gens à partie », témoigne Mme Gonto, une voisine ; avant de préciser que, pour ne pas être gêné dans sa sale besogne, Michel prend chaque fois soin de fermer hermétiquement le portail de sa cours lorsqu’il veut frapper ses enfants.

Pour Mme Gonto, ce qui a motivé les voisins à appeler la police, c’est que M. Affi a passé à tabac son fils, tout simplement, parce que ce dernier a refusé de se battre avec un ami de jeu, qui voulait coûte que coûte en découdre avec lui suite à un petit différend entre enfants. A ses collègues venus prendre de ses nouvelles, ce 15 janvier, à Yopougon Toit-rouge, après sa libération, Michel Affi a déclaré avec force conviction « qu’un garçon doit pouvoir relever tout défi physique face à un autre du même âge ».

Si l’on en croît à l’étude de terrain de la  Socio-anthropologue française, Léa Salmon-Marchat, sur « les enfants de la rue à Abidjan », le comportement de M. Affi et ses motivations sont dans le fait que : « l’enfant fait l’apprentissage des normes de façon progressive, ceci dès son entrée dans le monde des adultes. En Côte d’Ivoire, l’enfant est prématurément en contact avec les adultes qui lui apprennent à hiérarchiser les priorités et à se responsabiliser… En outre, le contact prolongé avec les réalités quotidiennes permet à l’enfant de se comporter comme les autres membres du groupe. Lorsque l’enfant remarque que tout le monde autour de lui se comporte toujours de la même manière dans les mêmes circonstances, il considère qu’il est impossible de se comporter autrement ».

Autre lieu, autre décor. Une grande résidence privée en zone 4, un quartier chic d’Abidjan. Une pièce de cette demeure du Dr. Gonto Eugène sert de cabinet de consultation ; en réalité, une annexe du cabinet privé que le maître des lieux a ouvert dans une banlieue difficile de Paris. En séjour privé de 3 mois en Côte d’Ivoire, son pays natal, Dr. Gonto, Psychiatre, a accepté de suivre, de façon volontaire, des adolescents vivant dans des environnements de violences familles.

Ce jour là, le psychothérapeute venait de consulter A. Camille, un adolescent de 16 ans et en classe de 5è dans un lycée de Koumassi. L’oncle du patient, M. Etienne Kouassi, un cadre dans l’administration publique, qui a recueilli l’enfant après le décès de son père l’année dernière, ne comprend pas pourquoi Camille a toujours des difficultés scolaires. Ce dernier a du mal à assimiler les cours et à suivre en classe ; alors qu’il bénéficie d’un encadrement nécessaire. Le jeune Camille a même un répétiteur à la maison. Malgré cet encadrement, le jeune homme reste replié sur lui-même. Il est toujours seul dans sa chambre, ne parle presque à personne et n’a pas d’amis.

Dr. Gonto Eugène a diagnostiqué que l’environnement de violence familiale dans lequel l’enfant a baigné pendant plusieurs années a eu un impact négatif sur lui. « C’est donc cet environnement délétère qui a provoqué chez lui, une situation de repli sur lui-même. Il se reproche de ne pouvoir défendre sa mère qui a par la suite quitté son père ». L’oncle Etienne Kouassi, ne dit pas autre chose lorsqu’il révèle : « Il ne se passait pas un jour où mon frère ne se bagarre avec sa femme. Il rentrait tous les jours chez lui en état d’ébriété. Et c’était la bagarre dans le couple. J’étais toujours appelé à la rescousse », a-t-il révélé ; avant de préciser que le comportement violent du père de A. Camille faisait qu’il n’arrivait pas à se stabiliser au niveau du foyer. Il était à son troisième mariage.

Ils sont nombreux les enfants qui vivent dans un environnement de violence familiale. Une récente étude du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) révèle que les femmes dont le mari a été victime de violences lorsqu'il était plus jeune, ou a été témoin de violences exercées contre sa mère, sont plus souvent maltraitées. De nombreuses autres études montrent que les enfants issus de foyers violents avaient des comportements plus agressifs que les autres et risquaient trois fois plus de se battre.

« Notre père était très violent avec toute la famille, y compris ma mère. Il ne tolérait aucun écart de comportement. Pour lui, tout était prétexte à une punition corporelle. Il n’acceptait pas que l’on rentre tard de l’école, ou encore que l’on ait une mauvaise note à l’école etc. », explique Koné Lanciné, un patient du Dr Gonto.

Pour M. Koné, le comportement violent qu’il avait, était normal; jusqu’à ce qu’il rencontre un psychologue. Selon lui, « c’est grâce à cette éducation du père que mes frères et moi avions pu nous caser aisément dans la vie. Sauf que j’ai un comportement agressif et j’ai des crises de colère que j’essaie de traiter ».

Pour Dr Sissoko Daniel, un sociologue ivoirien, la violence familiale renvoie le plus souvent à des relations très hiérarchisées où les frères peuvent l’exercer sur les sœurs, les aînés sur les cadets et le père sur tous. La violence sur les enfants au sein du huis clos familial est d’autant plus forte que ces derniers n’ont généralement pas le droit à la parole et sont entièrement soumis à l’autorité des aînés.

Cette analyse est aussi partagée par l’Expert des droits sur l’enfance, Rapporteur spécial du secrétaire général de l’Onu pour l’étude sur la violence contre les enfants, Pr. Paulo Sergio Pinheiro.

Il explique qu’en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire, au niveau de la structure familiale, les enfants se situent dans des relations affectives différentes en fonction de leur sexe, leur place dans la fratrie, leur âge et leur statut. « Cela peut les placer dans une situation de violence différente. Ils sont généralement plus vulnérables à la violence lorsqu’ils sont confiés ou conçus hors mariage, issus de mariages inter-ethniques ou polygames, orphelins, etc. », indique t-il.

Selon l’Expert indépendant de l’Onu, l'éducation des enfants africains se passe souvent dans un cadre qualifié de "parenté de crainte". Les enfants ne partagent pas les mêmes espaces que les adultes, ils ne peuvent pas contester les propos des adultes ou refuser leurs ordres et encore moins les regarder en face.


Selon le Professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de l’université d’Abidjan, Pr. Amani N’goran, les enfants les plus jeunes sont plus menacés par l'impact négatif que les plus âgés exposés aux violences familiales. Selon lui, c’est l’étape décisive dans le processus de croissance chez l’enfant. Il s’agit du développement mental et émotionnel.

« Alors qu'ils grandissent, les enfants qui sont exposés à la violence domestique continuent à faire face à toute une série de menaces allant des difficultés scolaires à celles concernant leurs aptitudes à la vie sociale, en passant par la dépression, l'anxiété et d'autres problèmes psychologiques », renchérit un Expert de l’Unicef.

Face aux violences familiales, nombre de foyers se disloquent. «J’aimais très fortement mon mari. Mais je ne pouvais plus supporter ses agressions physiques. Mes parents et amis m’ont conseillé de le quitter, sinon il allait finir par me tuer. J’ai donc abandonné mon foyer, un jour où mon mari était en voyage », témoigne Ami Ouattara.

Par ailleurs, certains enfants de la rue d’Abidjan sont le produit des violences familiales. En effet, selon les experts, lorsque l’enfant refuse l’autorité de la famille qui se manifeste par une pression communautaire et la violence du chef de famille, il est l’objet de sanction. Les « rebelles » étant exclus du groupe, ils se retrouvent dans la rue.

« Mon père m’a envoyé à ses frères au village pour, dit-il, bien m’éduquer, parce que j’étais turbulent et je ne respectais rien. Je faisais l’objet de sévices corporels lorsque j’enfreignais les règles de la coutume. Je n’en pouvais plus. C’est pour quoi je me suis enfui pour me retrouver dans la rue et vivre de façon indépendante », révèle, A. Thomas, un adolescent de 15 ans qui sillonne chaque jour plusieurs quartiers d’Abidjan avec sa bande d’amis.

Comme nombre de pays Africains, la Côte d’Ivoire n’a pas une véritable politique de lutte contre la violence familiale. En réalité, le phénomène est très mal connu dans le pays. Il faut se tourner du côté des organisations internationales telles que l’Unicef pour avoir des propositions de solutions.

En effet, selon un récent rapport de l’Unicef, l’institution insiste pour que les gouvernements africains, dont celui de la Côte d’Ivoire accordent davantage d'attention aux besoins spécifiques des enfants qui vivent dans des ménages affectés par la violence domestique. « Il faut mettre en place des politiques et lois qui protègent les enfants. Les gouvernements doivent promulguer et appliquer une législation qui érige en crime les actes de violence familiale et protège toutes les victimes », insiste le rapport de l’Unicef.

En outre, le document préconise un développement des campagnes de sensibilisation et des politiques publiques, et des lois de protection des enfants. Il faut aussi une amélioration des services sociaux en charge de ces problèmes.

Selon les experts, les interventions visant à soutenir les enfants exposés à la violence familiale, contribuent à minimiser les risques qu'ils courent à long terme.

Pour la directrice générale de l'Unicef, Ann M. Veneman, « la violence familiale peut avoir des conséquences négatives durables sur les enfants. C’est pour quoi il faut que les enfants puissent grandir dans un environnement stable, sûr et à l'abri de la violence ».

L’environnement de violence familiale dans lequel vivent les enfants fait ressortir également une autre situation de non respect des droits de l’homme. C’est qu’en fait, les femmes sont en grande partie aussi victimes de la violence familiale.

Théodore Kouadio

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Lu 3026 fois Dernière modification le mardi, 05 novembre 2013 16:40