Des têtes bien faites

Des têtes bien faites

lundi, 02 décembre 2013 16:28
Venance Konan, directeur de Fraternité Matin Venance Konan, directeur de Fraternité Matin Crédits: fratmat

Houphouët-Boigny, le fondateur de notre nation, le grand visionnaire l’avait si bien compris qu’en 1946, c’est-à-dire aussitôt qu’il a mis les pieds à l’Assemblée nationale, en France, décida d’envoyer les enfants de son pays apprendre, comme dirait Cheikh Hamidou Kane, à lier « le bois au bois » et « à vaincre sans avoir raison ».

Des têtes bien faites

De tous les fléaux qui ont frappé notre pays depuis la disparition du premier Président, Félix Houphouët-Boigny, le plus grave était, à notre avis, l’effondrement de notre système éducatif. Parce que l’éducation est toujours un pari sur l’avenir. Un pays qui veut se développer commence, en effet, à former ses enfants très tôt et dans les meilleures conditions possibles. À contrario, un pays qui n’assure ni leur éducation, ni leur formation se condamne à rester dans la pauvreté et dans l’obscurantisme.

Houphouët-Boigny, le fondateur de notre nation, le grand visionnaire l’avait si bien compris qu’en 1946, c’est-à-dire aussitôt qu’il a mis les pieds à l’Assemblée nationale, en France, décida d’envoyer les enfants de son pays apprendre, comme dirait Cheikh Hamidou Kane, à lier « le bois au bois » et « à vaincre sans avoir raison ». Il les envoya apprendre la gestion d’un pays moderne comme celui qu’il entrevoyait déjà, à cette époque, auprès de ceux qui savaient. Et lorsque l’indépendance fut acquise, en 1960, notre pays avait déjà un réservoir de cadres bien formés pour le faire fonctionner.

Contrairement à de nombreuses autres nations africaines qui avaient accédé à l’indépendance en même temps que nous, ou bien avant, qui durent, au nom d’un nationalisme mal compris, confier de hauts postes à des personnes parfaitement incompétentes. Notre pays n’ayant pas assez de cadres, à cette époque, pour faire face à ses immenses besoins en développement, Houphouët-Boigny, lui, n’hésita pas une seule seconde à faire appel à des compétences extérieures, françaises notamment. Ce fut la belle époque de la coopération.

Beaucoup de choses ont été dites à propos des coopérants de cette époque, mais si l’on parla de « miracle ivoirien », ce fut bien parce qu’il y avait des personnes compétentes pour faire avancer la Côte d’Ivoire. Durant les années fastes de son règne, Houphouët-Boigny fit de l’éducation son cheval de bataille.

Son ambition était « d’ivoiriser » tous les postes à responsabilités, mais pas à n’importe quel prix. Non seulement les enseignants furent « décrochés » de la fonction publique pour qu’ils aient des salaires supérieurs aux autres fonctionnaires, mais aussi ils étaient logés et avaient des meubles gratuitement. Houphouët-Boigny entreprit, par la suite, de doter le pays d’un lycée scientifique, car, disait-il, « l’avenir appartient à la science et à la technique », et aussi de grandes écoles d’où sortit une bonne partie de l’élite qui dirige les grandes entreprises ivoiriennes et d’autres pays africains, aujourd’hui. Mieux, il octroya des bourses à tous les étudiants ivoiriens et envoya plusieurs d’entre eux terminer leurs études en Europe ou en Amérique. Puis survinrent la crise économique, les plans d’ajustement structurels, les crises politiques et tout le reste.

Notre système éducatif fut totalement laminé. Il n’en sortait plus désormais que des diplômés sans aucune connaissance réelle, souvent incapables d’écrire deux lignes sans aucune faute, des diplômés voués au chômage, quand ce n’était pas la racaille. C’est de tout cela qu’Alassane Ouattara a hérité. Difficile, dans ces conditions, de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent. Mais fort heureusement, de cette fange qu’est devenue notre école, il sort parfois quelques perles. Il s’agit de jeunes gens qui, soit ont fait leurs études dans notre pays dans de bonnes écoles privées ou dans des écoles publiques auprès d’enseignants consciencieux qui ont réussi à leur inculquer le goût du travail, soit ont fait tout ou une partie de leurs études à l’étranger. Et c’est avec bonheur que nous découvrons que certains de nos jeunes compatriotes ont fait de brillantes études dans de grandes écoles, telles que Polytechnique en France, l’une des écoles les plus élitistes au monde et d’où sont sortis la majorité des grands dirigeants français ou dans de grandes universités américaines et canadiennes.

Et savoir que le Président de la République les a repérés pour leur confier de grandes responsabilités nous donne la force d’adhérer pleinement à son ambition de faire émerger notre pays. Placer des têtes bien faites aux postes qu’il faut, c’est le secret de la réussite des Etats qui ont émergé.

Venance Konan

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