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Création d'emploi : L’agriculture seule peut résorber le chômage, Jean Kacou-Diagou

vendredi, 10 mai 2013 08:40

Si l’Etat peut mettre à leur disposition des plateformes, des terres, ne serait-ce que pour les vivriers, la Côte d’Ivoire deviendrait le grenier de l’Afrique tout entière. Parce que tout pousse ici. Il y a la zone forestière, mais aussi la zone de savane.

Création d'emploi : L’agriculture seule peut résorber le chômage, Jean Kacou-Diagou

Invité au Press Club de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, le mercredi 08 mai dernier au Plateau, Jean Kacou Diagou, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (Cgeci), a animé une conférence portant sur le thème : «Les solutions pour la création d’emplois».

Actions du patronat ivoirien pour la création d’emplois

Jean Kacou Diagou souligne que le patronat est très actif sur la question, en collaboration avec le gouvernement. « Le patronat prend une part active dans la politique du gouvernement. Mais le financement de chaque entreprise est l’affaire de chaque entreprise d’abord. Il s’agit pour nous d’accompagner le gouvernement dans la réflexion pour créer l’environnement propice à ce que les financements puissent aller à la création d’entreprises donc aux emplois. Ainsi nous avons les banques dans notre organisation. Nous demandons aux banquiers d’être un peu plus souples dans les financements des entreprises. Les dernières mesures prises par la Banque centrale permettent aux banquiers d’accompagner un peu plus les entreprises. Il y avait un ratio au niveau des banques qu’on appelle ‘’le ratio de structure’’ qui obligeait les banques à ne pas dépasser un certain niveau, par rapport à leurs ressources stables, à long terme. Vous savez aussi qu’en général, les banquiers ont plus de ressources à court terme qu’à long terme. Cela posait donc un problème important.

 

Il fallait recapitaliser les banques, rechercher les financements à long terme pour pouvoir donner ensuite aux entreprises, surtout aux Pme/Pmi. C’est la Côte d’Ivoire qui a demandé cela à la Banque centrale. Et avec l’appui de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (Apbef), la Bceao a accepté de desserrer un peu l’étau pour passer de 40% à 50% des fonds stables, des fonds propres de l’entreprise à 50%, ce qui laisse un peu plus de latitude. Nous avons, aussi, entrepris de créer un fonds de garantie pour les Pme/Pmi. Ce ne sont pas les grandes entreprises qui ont le plus de problèmes pour se trouver de l’argent pour se faire financer. Elles ont les garanties nécessaires pour que les banquiers les financent. Mais c’est surtout les Pme/Pmi. Nous savons que le tissu des Pme/Pmi est le plus important dans la création d’emplois. Nous avons créé ce fonds avec notre propre argent. 5 milliards fcfa seront mis dans la création de ce fonds. On permettra à d’autres qui veulent nous accompagner d’ajouter et d’atteindre 10 milliards fcfa, peut-être plus, afin d’aider les Pme/Pmi à trouver des financements.

 

A côté du fonds de garantie, nous travaillons activement sur le Doing business, qui est un indicateur de création d’entreprises. Nous sommes également en train de travailler avec le ministère de l’Economie et la Bceao sur ce qu’on appelle ‘’un bureau de crédit’’, une sorte de guichet ou centre d’informations qui permet de faire l’historique du comportement de ceux à qui on a donné des crédits, pour pouvoir faire le tri entre les bons et les mauvais payeurs. C’est un instrument qui permettra de baisser les risques de prêter à des gens qui ont peu de moyens. Nous y travaillons activement. C’est juste une question de temps. Il nous faut prendre en compte les pays de la sous-région pour pouvoir y arriver. Il y a aussi les Business Angels. On a déjà financé le lancement de cette activité en janvier. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, avec le Cepici, on vous annonce un délai de création d’entreprise de 48h. Nous ne sommes pas une banque ou un établissement de crédit. Nous émettons des idées auprès du gouvernement.

Nous avons montré au gouvernement que les Pme/Pmi sont un tissu économique important pour l’économie d’un pays. Nous avons donc distrait 5 milliards fcfa des fonds que nous avons pu percevoir pendant la crise pour cela. Nous avons aussi participé à la réforme de l’enseignement technique car nous avons considéré que l’enseignement technique était capable de donner les armes aux jeunes pour la création d’entreprises ou pour intégrer les entreprises. Aujourd’hui, nous avons réfléchi avec le gouvernement pour une exonération fiscale (crédit d’impôt) pour les entreprises qui emploient des jeunes. Cela est mis en place depuis deux ans. Le patronat participe à la formation des étudiants de l’Inpfhb de Yamoussoukro. Les enseignants sont des vacataires chefs d’entreprises qui vont donner des cours. Ces étudiants effectuent des stages dans des entreprises », a indiqué Jean Kacou Diagou.

Processus de création d’une entreprise

Pour le président Diagou, il faut faire les choses selon ses moyens et surtout aller crescendo. «Lorsque vous voulez créer une entreprise, il faut faire les choses à sa mesure. Si vous avez 100.000 fcfa, vous n’allez pas créer une compagnie d’assurances, ni une banque parce que le capital minimum, c’est des milliards fcfa. Vous devez aller dans un secteur où on peut créer avec 100.000fcfa. Ou bien vous vous regroupez avec des copains pour créer l’entreprise que vous voulez, avec les moyens qu’il faut. Il ne faut pas cracher plus haut que son nez. Il faut savoir mesure garder. Si vous n’avez pas les moyens de créer une usine, commencez par vendre des galettes. C’est ce qu’ont fait d’autres personnes. Elles ont vendu des cigarettes et petit à petit … Il faut faire des sacrifices. Ne pas dépenser les premiers bénéfices tout de suite. Il faut l’investir. Si je dis tout, vous n’allez plus venir au Forum économique dénommé ‘’Cgeci Academy’’ que nous organisons les 16 et 17 mai prochains à l’hôtel Ivoire sous le thème : ‘’Entreprendre en affaire’’. Or je veux que vous veniez.

 

Il y a déjà près de 1600 personnes inscrites. Cela veut dire que la création d’entreprise intéresse de plus en plus les Ivoiriens. Comme je vous l’ai dit, ce sont des entrepreneurs qui vont intervenir. Rien que des entrepreneurs. Jeunes, moins jeunes, vieux, ils viendront donner leur expérience de la vie. Je ne connais pas l’expérience de chacun. Je peux donner ma propre expérience. J’étais employé, dirigeant d’une entreprise multinationale, bien payé, bien traité avec voiture, chauffeur, logé. J’avais tout et un beau matin en réfléchissant, je me suis dit, pourquoi pas moi ? Si les autres ont fait, pourquoi pas moi ? Surtout que je venais de participer à la rédaction du code Cima à l’époque qui faisait une ouverture à l’intégration régionale des compagnies d’assurances. Et qui mettait en place une réglementation unique pour 14 pays africains. C’est unique dans le monde. Même les pays européens ne l’ont pas. Chaque pays européen a son code des assurances. Quand vous allez dans un pays comme le Ghana, il faut s’adapter. Nous sommes aussi au Nigeria.

 

C’est très difficile de travailler dans des pays qui ont un code différent. J’ai trouvé que c’était une opportunité, avec la rédaction du Code Cima, de créer une entreprise qui pourra aller ailleurs et dupliquer la même chose. J’ai osé à un moment donné. J’ai abandonné tous mes privilèges et fait le saut. Certains m’ont dit que je faisais une connerie. Je me suis entêté. Dès le départ, j’ai pris des gens chevronnés, de haut niveau et non une entreprise africaine qui n’est pas compétitive, incapable de rivaliser avec les autres, malgré un capital réduit, j’ai osé le faire. D’autres m’ont dit, il faut aller tout doucement, j’ai dit non je vais fort. Je suis allé fort. Ça a failli me coûter cher à un moment donné. Je n’avais plus que 50 millions fcfa dans les caisses. Je craignais de ne pas pouvoir payer le personnel. On a dû faire une augmentation du capital qui était de 300 millions fcfa.

 

J’ai parcouru Abidjan pour trouver des gens pour m’aider. J’ai fait appel à d’autres personnes pour entrer dans le capital. Ensuite, petit-à-petit, en gérant d’une manière serrée, avec rigueur, nous avons pu remonter la pente, et aujourd’hui, nous sommes ce que nous sommes. Les premiers qui ont participé au capital de cette société ne regrettent pas. Une affaire dans laquelle ils ont mis 600 ou 700 millions fcfa, vaut environ 200 milliards fcfa. Si moi qui ne suis pas très intelligent, je l’ai réussi, beaucoup d’entre vous peuvent réussir à le faire. Il faut faire adhérer le personnel à votre vision, sinon vous ne réussirez pas », a-t-il expliqué.

Les secteurs d’activité les plus rentables

A en croire le conférencier, il n’y a pas de domaines particulièrement favorables et tous les secteurs sont porteurs «C’est dans tous les domaines. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui à la croisée des chemins. Tous les domaines sont porteurs. Comme le disait un Sénégalais, chez vous, il suffit de planter et ça pousse. Chez eux, il faut arroser longtemps. En Côte d’Ivoire, même qu’on jette la semence, ça pousse. L’agriculture est porteuse. On peut créer une agriculture moderne, avec le regroupement de jeunes. Si l’Etat peut mettre à leur disposition des plateformes, des terres, ne serait-ce que pour les vivriers, la Côte d’Ivoire deviendrait le grenier de l’Afrique tout entière. Parce que tout pousse ici. Il y a la zone forestière, mais aussi la zone de savane.

Nous avons commencé l’anacarde il y a juste quelques années, nous sommes premier producteur en Afrique et deuxième dans le monde et nous sommes en passe de devenir les premiers dans le monde. Même le coton. S’il n’y avait pas eu la crise, on serait premier producteur de coton en Afrique, plus que le Mali, plus que le Burkina Faso. L’agriculture seule peut résorber les quatre ou cinq millions de chômeurs. Les Ivoiriens sont les meilleurs informaticiens. Les Français ont peur des informaticiens ivoiriens. Cependant, ils sont formés mais ne savent pas ce qu’il faut faire.

Aussi dans le bâtiment et les travaux publics, il y a beaucoup de choses à faire. Il faut simplement oser. On nous dit que nous avons un déficit de 400.000 logements. En réalité, c’est beaucoup plus que cela, parce que chaque année, depuis au moins 15 ans, on accumule les déficits. Faites le calcul. Cela fait 15 ans qu’on parle de déficit de 50.000 logements. Multipliez et vous verrez… », a-t-il indiqué. Notons que le modérateur de cette conférence était Denis Kah Zion, Président fondateur du groupe de presse Le Réveil et Ricardo Zama de la Rti en a assuré la maîtrise de cérémonie.

 

Le Nouveau Réveil

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