Portrait/Georges Momboye : Le danseur « En ballet » pour la paix
Récemment, lors du grand défilé de la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, il était de la fête. L’artiste a donné à voir des tableaux représentant les grandes aires culturelles de la Côte d’Ivoire, dans leur diversité et dans leur complémentarité pour tisser la grandeur d’une belle nation.
Une performance qui n’est pas sans rappeler la belle cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations 2023 organisée par la Côte d’Ivoire. Georges Momboye est une signature, celle de tous les grands évènements du pays : le spectacle de la cérémonie d’ouverture du cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire au stade Félix Houphouët-Boigny...
Et pour chacune de ces grandes scènes, le chorégraphe de renom a exalté la fierté nationale et rempli les cœurs d’un patriotisme savouré.
Son talent et son génie ont aboli les frontières pour faire du monde la scène leur expression. A ce jeu, que de kilomètres parcourus depuis son village de Kouibly, dans la belle région montagneuse de l’Ouest ivoirien.
La chorégraphie de la Coupe du monde en Afrique du Sud; la fresque d’ouverture du Festival mondial des arts nègres à Dakar ; la chorégraphie de la coupe du monde en Allemagne...portent sa griffe. Prouvant que la danse, indépendamment des sources d’inspiration qui la portent, est un langage universel.
Quand la beauté de la gestuelle rejoint l’universel...
Son corps se sublime pour dire ses voyages et dessiner ses quêtes. Certains vous diront que la danse fait partie de son patrimoine génétique. Sûrement ! Sa famille est détentrice des secrets liés aux masques et aux rites ancestraux. Dans cette Afrique, la danse est un culte. On danse pour les dieux, on danse pour les ancêtres.
Pour les vivants mais aussi pour les défunts. Ses premiers pas se sont d’abord inscrits dans ceux de cette lignée. Des pas sacrés exécutés comme des promesses à la divinité de l’art. Aujourd’hui encore, ses émotions sont fortes quand surgissent le Zaouli et le Gla.
Pour cet enfant né bègue, la danse a un effet thérapeutique. « Pratiquer la danse m’a aidé à apprivoiser la parole, à maîtriser ma voix et dépasser cette barrière. Aujourd’hui, j’ai trouvé une manière d’exprimer, ce qui, autrefois, restait enfermé », assure le célèbre chorégraphe.
Depuis, son corps est son instrument magique. Il va s’en servir à profusion. Intensément jusqu’à l’envoûtement. Georges Momboye danse pour communiquer nos émotions, dévoiler nos peurs...Entre des pas qui résonnent, il laisse entendre nos silences. Chaque geste se sculpte pour tendre vers la perfection.
Dans ses voyages, le chorégraphe s’est abreuvé de plusieurs sources dont celles d’Alvin Ailey pour qui il a toujours des mots triés sur le volet et Martha Graham dont la profondeur de la démarche artistique l’impressionnera et marquera son approche de la danse.
Mais avant ces deux grands noms, sa première figure majeure est celle de son père dont il se souvient comme « un homme impressionnant ». C’était un maître maçon qui travaillait sur les chantiers des maisons coloniales avec passion et rigueur. Ce fervent musulman qui ne ratait pas l’appel à la prière aimait la danse et la musique.
Pour ce père, ses yeux d’enfant se remplissaient d’admiration. Aujourd’hui encore, son esprit d’adulte continue de vénérer cet homme de foi. Son parcours artistique se nourrit des valeurs incarnées par ce père et des rencontres que le destin planifie.
A 57 ans, Georges Momboye est un fin connaisseur des danses traditionnelles qui, pour lui, sont en perpétuel mouvement. Il a su les ouvrir à d’autres pulsions, à d’autres respirations vers des horizons contemporains.
Pour lui, on danse pour son plaisir et celui de l’autre qui peut ressentir chaque pulsion, chaque murmure de l’âme. Partout on danse pour dessiner les mots qui ne se disent pas toujours.
Des pas de danse et des mots pour la paix
Pour les grands évènements du monde et pour ses créations, ce qu’il veut avant tout, c’est laisser sa trace. Le spectacle « Empreintes ancestrales » avec le Ballet national de Côte d’Ivoire, le 30 mai dernier, à Abidjan, raconte ce cheminement. Pour ce spectacle, une centaine d’artistes ont donné une performance majestueuse où l’on a vu défiler les danses traditionnelles ivoiriennes, richesses des différentes régions du pays allant du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, en passant par le Centre. Ce fut « une odyssée chorégraphique enracinée dans la mémoire collective; c’est une invitation à reconnaître la beauté de nos racines pour mieux éclairer notre avenir ».
Aujourd’hui, l’étoile de la chorégraphie veut illuminer d’autres chemins de vie. Alors de la danse, l’art se fait pluriel pour offrir autant d’exutoires pour canaliser les énergies et sublimer les pulsions refoulées. Il a ouvert le centre Georges Momboye Arts Pluriels à Abidjan pour former.
Il rêve d’apporter son expérience aux jeunes dans le milieu des arts de la scène.
« Mon rêve est de réhabiliter les grands espaces culturels en Côte d’Ivoire pour que l’on puisse y former des danseurs, développer la technique et la créativité, et créer des spectacles visibles partout, pas seulement en Europe. Je profite de mes centres à Abidjan et à Paris, ainsi que de mes créations, pour former cette nouvelle génération », explique l’artiste chorégraphe qui a remporté le Prix national d’Excellence pour les arts vivants en 2018.
Pour lui, la danse a un potentiel énorme pour devenir un art majeur en Côte d’Ivoire, au même titre que la musique, si on lui donne les moyens et la reconnaissance qu’elle mérite. Et ce qu’il veut, c’est de mettre son génie créateur au service de la paix. « La culture doit se réveiller et jouer son rôle de catalyseur de paix », lance-t-il.
Son message a une résonance plus forte à quelques semaines de l’élection présidentielle de 2025. Et la danse, par l’énergie qu’elle dégage, l’harmonie qu’elle exige et la synchronisation qu’elle impose est une main tendue à l’Amour de l’autre. Lui, il a de nombreux projets pour et dans cette Côte d’Ivoire en paix. Il rêve sûrement de mettre en scène une mosaïque lumineuse avec pour générique le rire mélodieux de tous les enfants de cette belle Côte d’Ivoire.