Campus Ambiance (Groupe zouglou du Burkina Faso) : ‘‘ Faire le zouglou, c’est un engagement pris avec le peuple ’’

Le trio burkinabè fier de brandir leur trophée remporté en Côte d'Ivoire (Poro)
Le trio burkinabè fier de brandir leur trophée remporté en Côte d'Ivoire (Poro)
Le trio burkinabè fier de brandir leur trophée remporté en Côte d'Ivoire (Poro)

Campus Ambiance (Groupe zouglou du Burkina Faso) : ‘‘ Faire le zouglou, c’est un engagement pris avec le peuple ’’

Que nous vaut l’honneur de votre visite en Côte d’Ivoire ?

Nous sommes venus répondre à une invitation de nos frères ivoiriens qui ont décidé de nous décerner un prix spécial à la faveur de la cérémonie de distinction Éléphant Zouglou d’Or qui a eu lieu le 1er mai. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons retrouvé la famille zouglou ivoirienne.

Le nom de votre groupe Campus Ambiance est très évocateur, en référence aux Parents du Campus Ambiance. Un groupe estudiantin de Côte d’Ivoire mené par Bilé Didier, le précurseur du mouvement zouglou dans les années 90...

En effet, Campus Ambiance du Burkina Faso est un nom dont nous avons hérité. Quand le zouglou est né en Côte d’Ivoire dans les années 90, le mouvement s’est très vite déporté à l’Université de Ouagadougou avec nos aînés de la génération 92-95, au Burkina Faso. Il était pratiqué par nos ainés étudiants qui sont aujourd’hui des cadres dans l’administration Burkinabé. Le groupe qui s’appelait d’abord ‘’Awlan Système’’ et finalement ‘’Campus Ambiance’’ en 2002 a continué avec toutes les autres générations jusqu’à notre arrivée en 2005. Adeptes du zouglou, nous avons naturellement intégré le groupe pour perpétuer le mouvement. Moi Banou, je suis arrivé en 2005, KD en 2007 et Dubois en 2009.

Comment se fait-il qu’aujourd’hui n’étant plus étudiants, vous avez conservé le nom Campus Ambiance ?

Il faut dire que les membres pratiquaient la musique par loisir. Nous, nous avons décidé d’en faire un métier et c’est véritablement en 2013 que tout a commencé avec la sortie de notre premier album professionnel. Le groupe qui jouait sur toute l’étendue du territoire comportait au début une cinquantaine d’étudiants. Pour l’album, on était 15 et finalement, nous avons décidé de porter le flambeau à trois, d’autant plus que nous avons constaté que chaque 2 ou 3 ans, les étudiants du groupe regagnaient l’administration après leurs études. Il ne fallait donc pas laisser mourir le groupe. Nous nous sommes mis à l’écriture de nos textes et nous avons arrêté les interprétations pour proposer des chansons bien à nous. C’est ainsi que nous avons démarré. En 2017, on sort un deuxième album intitulé ‘’Temps de Dieu’’ qui connaît un énorme succès eu égard à notre thématique zougloutique qui tourne en dérision les faits politiques et de société.

Ensuite arrive Cocoroco, la chanson culte qui confirme tout votre talent...

Effectivement, on remet le couvert en 2019 avec une ouverture sur l’international. Il nous fallait dépasser notre expérience burkinabé pour nous ouvrir à d’autres sensibilités. On débarque en Côte d’Ivoire, à la source du zouglou et sur les conseils d’un producteur ivoirien, Michel Bassolé, nous enregistrons avec Koudou Athanase le titre éponyme ‘’Cocoroco’’, qui décrit le système éducatif, la situation des fonctionnaires et la problématique de l’emploi, cartonne au-delà des frontières du Burkina Faso et l’album lui-même réalise la meilleure vente au Burkina Faso en 2019. Nous pensons que notre succès réside dans notre façon de faire notre zouglou, à l’ancienne, parce que beaucoup disent que nous avons conservé la philosophie originelle des créateurs du zouglou. Certes, nos thématiques concernent les problèmes des Burkinabé mais on se rend compte que tous les pays africains se retrouvent finalement dans nos chansons car tous, sont confrontés aux mêmes problématiques sociales. Notre dernier album en date est ‘’Équilibre’’ sorti l’année dernière avec le titre ‘’C’est génétique’’ qui aborde la thématique de la parenté à plaisanterie. La chanson dépeint avec humour le métissage ethnique, tout en invitant le peuple burkinabè à la cohésion sociale et au vivre-ensemble.

Des artistes burkinabè qui font le zouglou à merveille (Poro)
Des artistes burkinabè qui font le zouglou à merveille (Poro)



Comment le zouglou se vit-il au Burkina Faso ?

Il faut dire que grâce au zouglou, à travers les thématiques que nous abordons, beaucoup de problèmes se sont réglés au Burkina Faso. Le zouglou chez nous est plus écouté par les cadres et hauts cadres de l’administration, les universitaires et les instituions, donc le message passe bien. Nous avons même la chance d’avoir un adepte important qui est le Président de la République, une personnalité ouverte qui est à l’écoute de son peuple. Certains pensaient que nos messages dérangeraient les gouvernants parce qu’avec nous, quand c’est blanc, c’est blanc et comme on le dit, en zouglou, gbê est mieux que drap. Nous allons vous faire une confidence : quand c’est chaud, c’est nous on appelle pour calmer les ardeurs. Nous savons à la fois parler aux populations et dire aux autorités ce qui ne va pas. Notre vision est qu’à travers nos chansons, nous avons le devoir de reconnaître les efforts des gouvernants mais aussi de dénoncer quand nos gouvernants rament à contre-courant des aspirations des populations. C’est cela la philosophie première du zouglou. Je vais vous donner un exemple. Les étudiants se plaignaient du manque de bus pour le transport après les études. Il y a même eu une grève à cet effet. Nous sommes allés voir le ministre de l’Enseignement supérieur qui nous a donnés des documents sur un projet de commande de bus du gouvernement à l’État indien. Nous nous sommes servis de cette information pour présenter dans une chanson ce projet et en même temps dire que c’est vrai, le projet est bon mais, en attendant on n’a rien vu encore sur les campus. Depuis lors, une solution a été trouvée et les bus sont disponibles sur les campus. C’est pour vous dire en réalité que nous devons être considérés par les gouvernants comme des partenaires et non comme des ennemis de la République.

Quelle est l’évolution du mouvement zouglou au Burkina Faso ?

Le mouvement se porte bien car il y a plusieurs groupes qui occupent le paysage zougloutique. Il y a aussi des Ivoiriens qui sont installés au Burkina Faso et qui font du zouglou. Mais nous demeurons les leaders du mouvement parce que nous avons l’avantage de connaître le peuple burkinabé, sa culture, sa tradition et nos alliances, donc, nous arrivons à proposer des textes qui sont adaptés aux préoccupations des burkinabé dans toute leurs diversités. Selon qu’on joue à Koupéla, ce n’est pas de la même manière qu’on va jouer à Koudougou ou à Bobo-Dioulasso, à Léo et à Ouagadougou. A Bobo-Dioulasso, ils sont dioulaphones. A Koupéla ou Ouahigouya, ce sont des mossis qui ne jouent pas avec leur fierté, leurs femmes au teint clair avec de belles rondeurs. Il faut donc tenir compte de toutes ces spécificités pour pouvoir jouer humoristiquement sur les fibres culturelles.

Vous êtes restés sur la ligne originelle mais le zouglou évolue. Aujourd’hui, comment appréhendez-vous cette évolution ?

Le zouglou qui nous parle, c’est ce zouglou qui doit être utile à la société. Certains diront que ce zouglou ne fait pas manger car on parle de plus en plus de zouglou commercial mais nous, nous disons que de par notre back-ground universitaire, nous arrivons à cerner la quintessence de la société mieux qu’un chanteur zouglou lambda. Il est donc pour nous important, pour respecter la philosophie originelle, d’être les porte-voix des sans-voix. Les victoires que notre zouglou nous a permis d’engranger montrent bien que c’est un zouglou qui plaît. De façon générale, il faut reconnaître que le zouglou, comme il se pratiquait à l’origine connaît un coup d’arrêt au détriment du zouglou commercial. Mais a côté de ces variantes du zouglou, l’essentiel est là car les préoccupations de la société sont souveraines. En tout cas, nous, au Burkina Faso, le résultat de notre zouglou est bien palpable. Parce qu’on sait que ce que nous allons dire va avoir un sens, c’est nous qui sommes invités aux activités gouvernementales, étatiques et même à la Présidence et non les autres. C’est aussi cela la magie du zouglou.

Le trio a pris plaisir à découvrir la rédaction web de Fraternité Matin (Poro)
Le trio a pris plaisir à découvrir la rédaction web de Fraternité Matin (Poro)



Pensez-vous que faire du zouglou comme à l’origine peut apporter le succès ?

Fort de notre exemple, nous pensons qu’aujourd’hui, on peut faire du zouglou comme à l’origine et avoir du succès. Il faut se départir des préjugés d’oppression et faire son zouglou. Il ne faut pas avoir peur de se faire fouetter. Faire le zouglou, c’est un engagement pris avec le peuple. La direction du zouglou a déjà été tracée. Le zouglou, c’est la musique de la défense, de la dénonciation. Le père qui n’est plus aujourd’hui pour éduquer son fils revit dans un texte d’un chanteur zouglou, la mère qui décède en donnant la vie à un enfant est chantée par un zouglou, la femme qui n’est pas mariée, qui n’enfante pas trouve son réconfort dans une chanson zouglou, le jeune qui souffre, qui n’a pas de boulot, trouve le sens de la persévérance et du courage dans un texte zouglou. En clair, le zouglou c’est l’âme du peuple. Pourquoi ne pas mettre ce genre musical au profit de l’utile plutôt qu’au profit du numéraire?

A part Magic System qui a conquis l’international, vous autres peinez à y percer. Selon vous, qu’est-ce qui coince ?

Ce ne sont pas les talents qui manquent. La providence a permis à Magic System de rentrer dans une major qui ne court par les rues. Ils ont eu aussi le mérite de bien s’organiser et le talent a fait le reste. Pour aller plus loin, en tenant compte de la philosophie du zouglou, la thématique doit évoluer. Si le reggae a conquis le monde, c’est bien le message qu’il véhicule. Au-delà de la musicalité zouglou, la thématique doit toucher les grandes problématiques mondiales comme l’a fait le reggae et d’autres musiques d’origines africaines. Le monde du zouglou doit être davantage solidaire pour porter ensemble le mouvement très loin. L’image que projettent les acteurs du zouglou doit être vraiment positive. Et cela passe par une organisation et une structuration vraie au niveau de la politique managériale, la qualité des textes et de la production des œuvres selon les standards prescrits par le marché international. Tout est dans la vision.

Quelle est l’actualité de Campus Ambiance ?

Nous sommes en train de travailler sur notre prochain album qui sera précédé d’un featuring avec le groupe ivoirien Révolution qui est presque bouclé. Cet album est un projet ambitieux. Nous espérons qu’une grosse structure de production ou un producteur libre nous accompagne. Nous allons chanter pour toute l’Afrique. Les thématiques sont déjà définies. Ce sera un zouglou qui part de l’Afrique du Sud en Côte d’Ivoire, en passant par le Burkina Faso, le Maroc, le Sénégal, la Tunisie etc. Nous allons chanter des problématiques sensibles de l’histoire de l’Afrique qui fâchent. Thomas Sankara, Kwamé N’Kruma, Houphouët-Boigny et bien d’autres pères et héros des nations africaines vont transparaître dans nos chansons. C’est un véritable hymne à l’Afrique digne.

A quand Campus Ambiance sur une grande scène de concert en Côte d’Ivoire ?

Nous avons des propositions mais on se prépare sereinement car nous venons chez les créateurs du zouglou. La Côte d’Ivoire est l’épicentre de la culture africaine et un passage obligé pour atteindre le succès. C’est sûr, nous serons bientôt à Abidjan et nous nous préparons pour offrir le meilleur à nos frères ivoiriens. Je voudrais saisir cette occasion pour dire un grand merci à tous les acteurs du zouglou en Côte d’Ivoire pour la considération qu’ils nous ont témoignée. Merci aussi aux frères Burkinabé qui nous soutiennent et ne se lassent de nous témoigner leur affection. Nous voudrions aussi avoir une pensée pieuse pour toutes les victimes du terrorisme qui menace dangereusement notre bien-être et la souveraineté du Burkina Faso. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso

INTERVIEW REALISéE PAR SERGES N’GUESSANT

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