Saïd Penda (Journaliste-Analyste) : « Alassane Ouattara enterre le franc cfa »

Said Penda, journaliste-analyste
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Said Penda, journaliste-analyste

Saïd Penda (Journaliste-Analyste) : « Alassane Ouattara enterre le franc cfa »

Le 21/05/20 à 18:38
modifié 21/05/20 à 18:38
Le projet de loi qui entérine la fin du franc CFA a été adopté mercredi en Conseil des ministres, un texte « très attendu » par les pays de l'Union monétaire ouest-africaine, a annoncé la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.
La décision prise hier (Ndlr : 20 mai 2020) par le gouvernement français de couper le cordon ombilical financier avec ses anciennes colonies d’Afrique de l’ouest est en réalité le fruit d’une diplomatie menée de main de maître par le président Ivoirien.

Tout commence dès qu’Alassane Ouattara arrive au pouvoir en 2011. Conscient de ce que ce sont les Africains eux-mêmes qui signeront l’acte de décès du cfa et contrairement à ceux qui s’égosillaient à demander à la France de libérer monétairement ses anciennes possessions coloniales, il choisit la stratégie du camouflage. Tout en continuant à faire diversion en vantant les mérites du cfa, il engage les Etats de la CEDEAO (pays cfa + les autres) dans la création d’une nouvelle monnaie commune qui signerait de facto la mort du cfa.

Il y a trois ans, quand il se rend finalement compte de ce que l’ensemble des pays de la CEDEAO ne pourront remplir tous les critères de convergence définis pour créer la monnaie, il conduit -par ses nombreux conseils- ceux de l’UEMOA (tous sont dans le cfa) à accéder à ces critères.



Une fois cette étape franchie, il fait insidieusement adopter par un sommet de la CEDEAO trois décisions fondamentales qui marquent un tournant irréversible : l’annonce du nom de la monnaie (Eco), l’échéance de sa création effective (2020) et, plus important encore, la déclaration des chefs d’Etats indiquant que ceux des pays qui remplissent les critères de convergence économiques et monétaires peuvent passer à la nouvelle monnaie dès 2020. Ils seront rejoints par les autres, au fur et à mesure qu’ils remplissent les critères. En réalité, c’est ce jour-là que Ouattara a définitivement enterré le cfa.

Il reste cependant à convaincre la partie française, ce qui n’est pas gagné. En décembre dernier, il invite le président français à Abidjan. A son homologue, il explique en substance qu’il avait prévu signer tout seul l’acte de décès d’un cfa de fait virtuellement mort depuis un moment. Il lui fait miroiter les retombées politiques pour lui, qu’il soit présenté comme un de ceux qui ont débarrassé l’Afrique de ce machin colonial anachronique.

On peut reprocher beaucoup de choses à Macron, mais pas de ne pas percuter rapidement. Derrière le sourire qu’il affiche ce jour-là à Abidjan lors de la conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, Ouattara savoure une victoire diplomatique que même ses plus proches collaborateurs ne pouvaient prédire. En revanche, Macron a le sourire et le regard du vaincu qui a malgré tout de l’admiration pour la maestria avec laquelle son hôte l’a manipulé.

L’Afrique de l’Ouest, sans tambour ni trompette, s’est donc définitivement débarrassée d’un des derniers vestiges coloniaux de la France, sous la houlette du très stratège Ouattara. Il reste à souhaiter que la très amorphe et peu inspirée zone cfa Afrique centrale rompe ce lien incestueux.

Ce qui est vrai, est vrai !


Le 21/05/20 à 18:38
modifié 21/05/20 à 18:38

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