Saint-Etienne-du-Rouvray: le jihadisme pousse aussi dans les prairies normandes 11:03 - 27/07/16

mercredi, 27 juillet 2016 11:02

En prison, selon des sources à Fleury-Mérogis, au sein des détenus pour terrorisme, c’est quelqu’un qui était particulièrement connu pour sa radicalité. Donc, même en prison, certains détenus s’étonnent qu’il ait pu sortir.

Saint-Etienne-du-Rouvray: le jihadisme pousse aussi dans les prairies normandes

Une revendication laconique, comme à l'accoutumée, via l'agence de communication Amaq. Le groupe Etat islamique présente les deux terroristes qui ont frappé Saint-Etienne-du-Rouvray comme ses « soldats ». Dans une église de cette petite commune normande de la région de Rouen, mardi 26 juillet, les deux individus ont égorgé un prêtre âgé de 85 ans. Ils ont également grièvement blessé un fidèle à l'arme blanche avant d'être abattus. Quels enseignements tirer de ce nouvel acte terroriste frappant la France dans ses symboles ?

■ Le profil des assaillants

Pour l’instant, sur les deux agresseurs, un seul a été formellement identifié. Pour les services de renseignement, mais aussi dans les milieux jihadistes, il s'agit de quelqu’un d'extrêmement connu. Adel Kermiche était en détention provisoire à Fleury-Mérogis il y a encore peu de temps, parce qu’il a tenté au moins à deux reprises à se rendre en Syrie sans succès.

En prison, selon des sources à Fleury-Mérogis, au sein des détenus pour terrorisme, c’est quelqu’un qui était particulièrement connu pour sa radicalité. Donc, même en prison, certains détenus s’étonnent qu’il ait pu sortir. Mis en examen, en attendant une probable condamnation, il était assigné à résidence avec bracelet électronique. Manifestement, il est parvenu à duper les magistrats en dissimulant ses intentions.

■ Nouveau modus operandi

Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'une descente armée, comme à Charlie Hebdo, ou d'une prise d'otages de grande ampleur, comme à l’Hyper Cacher, ou encore d'une opération commando surarmée comme dans les rues de Paris le 13 novembre 2015. Il ne s'agit pas non plus d'une bombe.

Le 26 juillet, la France a eu affaire à une attaque demandant moins de préparation technique, et moins d’entraînement spécifique. C'est littéralement le « terrorisme de proximité », c’est-à-dire quelqu’un qui agit avec les moyens du bord, dans sa propre ville, contre une cible que les agents du renseignement appellent « cible molle », très facile d’accès.

Cela ne veut pas dire pour autant que les attaques de masse ont disparu et que les prises d’otages de masse, type Bataclan ou Hyper Cacher, ont disparu. Simplement, il y a maintenant une intensification des actions de basse intensité, venant se surajouter aux autres types d’attaques que l'on a déjà connus ces derniers mois.

■ La province est aussi ciblée

Ce que l’on constate également, c’est que ce n’est plus seulement Paris, la capitale, qui est visée par le terrorisme, mais également Nice et la région de Rouen désormais. Alors, est-ce un hasard, ou une nouvelle stratégie des terroristes ? En fait, globalement, la menace concerne la totalité du territoire. Encore une fois, ce n’est pas parce que la province est touchée aujourd’hui que Paris ne le sera pas demain.

Nice était une ville particulièrement concernée par les dynamiques jihadistes. Mais la Normandie l'est aussi. Plusieurs personnalités charismatiques du jihad français sont passées par cette région, voire viennent de Normandie : Maxime Hauchard, bourreau du groupe EI extrêmement connu, mais aussi Fabien Clain, recruteur, figure de l’EI passé par Alençon.

Il y a également un petit foyer dans une ville qui s’appelle Hérouville-Saint-Clair, où de nombreux jihadistes - plutôt dans le département du Calvados - sont partis en Syrie, à la fois chez al-Qaïda et chez l’Etat islamique. Donc, contrairement à ce qu’a pu dire la présidente du Front national Marine Le Pen, à savoir que « le fondamentalisme islamique ne pousse pas dans les prairies normandes », eh bien si, le jihadisme pousse aussi dans les prairies normandes.

RFI

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Écrit par  RFI