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Oumar Ben Salah (ancien international ivoirien): ‘’Il faut préserver ce groupe d’Eléphants’’

mardi, 16 juillet 2019 12:04
Oumar Ben Salah (ancien international ivoirien): ‘’Il faut préserver ce groupe d’Eléphants’’ Crédits: DR

Le champion d’Afrique de 1992 avec la Côte d’Ivoire jette un regard sur la compétition après les quarts de finale. Il parle surtout de la production d’ensemble de l’équipe ivoirienne.

Quelles leçons tirez-vous de cette Can, avec l’élimination de la Côte d’Ivoire en quarts de finale ?

La grande leçon, c’est qu’au moment où les Eléphants montent en puissance, ils sortent de la compétition à l’issue de la série des tirs au but. Le destin en a décidé ainsi et nous n’y pouvons rien. Face à son homologue algérien, l’équipe ivoirienne a livré un très grand match, démontrant qu’elle était en période de réglage durant les matches précédents. Elle rentre au bercail la tête haute et tous les amoureux et observateurs du football l’ont souligné. Je demanderais à mes cadets de ne pas pleurnicher sur leur sort. Nous sommes fiers d’eux. Le sport est fait de hauts et de bas. Il faut tirer les leçons de cette aventure pour repartir de plus belle. L’équipe est jeune, donc perfectible. La phase de reconstruction se poursuit. Notre génération, avant de remporter la Can en 1992, au Sénégal, est passée par là. Nous avons travaillé durant des années avant de monter sur la plus haute marche du podium. Il faut donc préserver ce groupe d’Eléphants.

Des joueurs vous ont-ils particulièrement marqué au sein de cette sélection nationale ?

Oui. J’ai été milieu de terrain et j’avoue que dans ce secteur, j’ai beaucoup apprécié Serey Dié. Il m’a séduit par sa combativité, son courage, sa façon de pousser le groupe à la victoire. Il me rappelle un peu Gadji Céli à notre époque. Qu’il reprenne courage pour rebondir. Ses jeunes coéquipiers ont encore besoin de ses services. Le jeune Ibrahim Sangaré a aussi retenu mon attention. Il n’a certes pas beaucoup joué, mais j’avoue que l’avenir lui appartient si, bien sûr, il garde les pieds sur terre. Techniquement et physiquement, il peut beaucoup apporter aux Eléphants. Titulaire contre l’Algérie, il a tenu en apportant défensivement et offensivement. Malheureusement, il s’est blessé en seconde période et cela a fait perdre un peu de justesse et de vivacité à l’équipe pour le reste de la partie.

Et Franck Kessié ?

Je ne l’ai pas vu dans le rôle qu’il joue au Milan Ac. Là-bas, il évolue plus devant et y apporte énormément alors qu’en sélection nationale, il joue un peu plus bas. J’ai l’impression que cela lui pose des problèmes. Il faut qu’il échange avec l’entraîneur Kamara Ibrahim pour trouver l’équilibre souhaité.

Que diriez-vous de la défense ?

J’ai commencé par le milieu de terrain parce que c’est dans ce secteur que j’évoluais. Sinon, à mon humble avis, les Eléphants doivent leur parcours jusqu’en quarts de finale au bastion défensif. Sylvain Gbohouo, le gardien de but, a largement tiré son épingle de jeu en sauvant l’équipe des situations difficiles. Pour moi, il a fait une très bonne Coupe d’Afrique. Par ailleurs, je tire mon chapeau à l’axe central symbolisé par Ismaël Traoré. Dans le marquage, le placement, les duels, il était omniprésent. Avec un calme olympien, ce solide défenseur a récupéré et relancé le ballon. Ce capitaine d’Angers (L1 française) a apporté son savoir-faire à l’équipe. Au poste de latéral gauche, Coulibaly Wonlo a joué sans complexe. Contrairement aux autres joueurs, il évolue dans le championnat ivoirien. Wonlo est à féliciter. Je lui conseillerais, toutefois, de travailler un peu plus ses interventions et ses relances. Il faut reconnaître également que la blessure du capitaine Serge Aurier, lors du deuxième match (contre le Maroc), a handicapé le côté droit de la défense ivoirienne. Lors de la rencontre contre l’Afrique du Sud, Aurier a été désigné meilleur joueur de la partie par le comité technique de la Caf. Son remplaçant, Bagayoko Mamadou, nous a donné des sueurs froides. J’ai eu l’impression qu’il manquait de rythme.

Parlons maintenant des attaquants…

J’avoue que Nicolas Pépé (qu’il m’en excuse) a raté sa Can, alors qu’il était très attendu. Paie-t-il les efforts fournis en championnat de France de Ligue 1 où il a été meilleur joueur africain ? Je ne sais pas. Cependant, j’avoue qu’avec un Pépé flamboyant, la Côte d’Ivoire se serait montrée plus dangereuse. Bref, il a tout le temps de se racheter. Quant à Max Gradel (1 but), il a eu un rendement positif. Il a disputé quatre matches et, chaque fois, il s’est battu. Gradel n’a pas démérité. Wilfried Zaha a plus d’espace quand il évolue en Premier League avec Crystal Palace. Mais, malgré ses deux buts, il m’a laissé un peu sur ma faim. Le championnat européen est différent de la Can. En Afrique, les défenseurs adverses ne pardonnent pas. Strictement marqué, Zaha n’a pas eu le temps de s’enflammer. Il doit en tirer les leçons pour revenir plus fort. Quant à Maxwell Cornet (1 but), il a bénéficié d’un temps de jeu limité. Je ne comprends pas pourquoi l’encadrement ne lui donne pas assez de temps de jeu. Il peut énormément apporter à l’équipe si on lui en donne l’occasion.

Qu’a-t-il de particulier ?

Il est dangereux balle au pied. Cornet est rapide et a de la hargne à revendre. Je ne suis pas l’entraîneur, mais je demanderais que l’on lui donne plus de chance de s’exprimer. Quant à Jonathan Kodjia (2 buts), il a son style de jeu, mais ne sait pas bien garder le ballon. Il faut quelqu’un à ses côtés pour l’aider à mieux s’exprimer. Autrement dit, Kodjia a perdu un peu de sa flamme. Wilfried Bony, lui, manque de compétition. On a pu le remarquer. Sinon, dans l’axe de l’attaque, il sait se battre et protéger son ballon.

Avez-vous un conseil à prodiguer à Kamara Ibrahim, le sélectionneur national ?

Kamara Ibrahim sait que nous, les anciens, sommes là. Il lui revient d’approcher chacun de nous afin de lui apporter sa modeste contribution. Il a sous la main un groupe talentueux à l’avenir prometteur. Les critiques font avancer. Que l’encadrement technique ne soit donc pas allergique à cela.

Etes-vous pour ou contre le maintien de Kamara Ibrahim à son poste ?

Excusez-moi de ne pas entrer dans ce débat. Je suis seulement convaincu qu’il a de la bonne graine sous la main. Qu’il travaille, dans l’humilité, avec ce beau monde à l’avenir prometteur et les résultats seront plus intéressants.

Comment avez-vous trouvé le niveau d’ensemble de la compétition jusqu’aux quarts des de finale ?

J’ai trouvé le niveau élevé. De grandes nations de football sont tombées à partir des huitièmes de finale. C’est la preuve que tout le monde travaille et qu’il n’y a plus de petites équipes.

Et l’arbitrage ?


Jusqu’à notre match contre l’Algérie, l’arbitrage s’est bien comporté dans l’ensemble. L’arbitre éthiopien, Bamlak Tessema, qui a officié le duel Côte d’Ivoire-Algérie, a été à l’avantage des Algériens. Il a fermé les yeux sur des fautes algériennes et a sifflé en faveur des Algériens au moment où il ne le fallait pas. C’est regrettable.

Vous attendiez-vous à l’élimination de l’Egypte au stade des huitièmes de finale ?


La sélection égyptienne ne me faisait pas peur. Elle a été éliminée par l’Afrique du Sud que la Côte d’Ivoire a battue (1-0) en phase de poules. Contre les Pharaons, les Bafana Bafana sont montés en puissance et ont produit un beau football.

Selon vous, qui remportera cette Can ?


Pour moi, c’est le Sénégal. C’est une équipe bien en place. Tous ses joueurs attaquent et défendent. C’est vrai que l’Algérie est présente, mais contre la Côte d’Ivoire, cette sélection (qui a été étincelante au premier tour) a éprouvé d’énormes difficultés. Elle a eu la baraka aux tirs au but face à la Côte d’Ivoire (4-3). Mais comme chaque match a ses vérités, on verra.

Pendant cette Can, des légendes du football africain, dont les Ivoiriens Abdoulaye Traoré dit Ben Badi, Youssouf Fofana et vous-même, ont été honorées par la Caf. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Ce fut des retrouvailles émouvantes. Le Ghanéen Antony Baffoe, qui occupe une place importante à la Caf, a eu l’idée d’organiser cette cérémonie. C’est louable. Des aînés tels que Joseph Antoine Bell, Mohamed El Khatib, Rabah Madjer et Timouni étaient présents. Cela nous a mis du baume au cœur. Le président de la Caf, Ahmad, a présidé cette cérémonie très émouvante.

Interview réalisée au Caire par
JEAN-BAPTISTE BEHI