Hommage: Thiam Mokodou se souvient du Pr. Alassane Salif Ndiaye

samedi, 13 avril 2013 10:09

Ce samedi 13 avril, marque le 40ème jour du décès du Professeur Alassane Salif N’diaye, décédé le 03 mars dernier à Paris. A cette occasion, SEM. Thiam Mokodou, Ambassadeur de Côte d’Ivoire en Lybie (Tripoli) a décidé de lui rendre hommage. Propos recueillis.

Alassane NDIAYE, très Cher Aîné : ce que  je t’aurais dit...


Le temps est pluvieux et maussade. Ce jour-là, Samedi 19 juin 1993, la Nation rassemblée rend hommage, dans la dignité, à un de ses illustres fils arraché à son affection. Le Ministre de l’Education Nationale, VAMOUSSA BAMBA, avait été rappelé par le Tout-Puissant. Cet hommage était présidé par SEM ALASSANE OUATTARA, alors Premier Ministre de Félix Houphouët Boigny et ami personnel du défunt. Ce jour-là, le porte-parole de la Nation et des communautés scolaire et universitaire était le Professeur Alassane Salif Ndiaye, alors Ministre de la Recherche Scientifique et de l’Enseignement Professionnel et Technique. On ne pouvait mieux choisir.


Mon Cher Alassane, tu t’es acquitté de ce devoir, comme de bien d’autres, avec l’enthousiasme, le brio et le talent qui ont meublé toute ta vie.


« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville »

C’est par ces célèbres vers du poète français Verlaine que tu as entamé ton hommage à VAMOUSSA BAMBA. Cette complainte illustrait à merveille les circonstances et le temps.

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville »

Mais aujourd’hui, vois-tu, Alassane, il ne pleut pas sur la ville !
Nous sommes au mois de Mars, et il brûle dans mon cœur comme il brûle sur la ville. Dans notre cœur il brûle l’amour et l’amitié comme il brûle de douleur parce que tu  nous as quittés. Tu es parti sans un mot, toi qui savais en exprimer, et des meilleurs, comme si tu craignais que nous te retenions. Et, en effet, nous t’aurions très certainement retenu de toutes nos forces, si ce pouvoir nous était donné.
Cher ainé, l’immense émotion qui accompagne ma peine gèle ma mémoire où les souvenirs se disputent la primauté de l’expression.


Souvenirs ! Souvenirs !


Je voudrais rappeler que notre première rencontre date de 1962 à l’Ecole Normale de Dabou. Je rappelle que nous militions dans ce petit groupe d’élèves musulmans qui se rencontraient certains dimanches à Dabou ou au Lycée Technique d’Abidjan où nous avons fait la connaissance d’Adama Toungara (1962 ou 1963). Je rappelle que tu m’as cherché avec détermination à Abidjan. Parce que tu voulais me proposer de me  nommer Conseiller Technique chargé du secteur de la Culture lorsque le Président Houphouët t’avait confié le Ministère de la Recherche Scientifique et de la Culture en octobre 1989.

Je rappelle que lorsque le Professeur Henriette Dagri Diabaté a hérité du Ministère de la Culture en novembre 1990 et qu’elle m’avait proposé tout naturellement de venir avec elle, tu t’y es opposé tout net : tu restes avec moi, avais tu tranché. C’était un signe d’amitié et surtout de confiance.

Je rappelle que de toi, dans l’exercice de mes fonctions comme dans d’autres circonstances, je n’ai jamais reçu de remontrances, de remarques désobligeantes, encore moins d’engueulades. Au demeurant, ce n'était pas ton genre.


Souvenirs ! Souvenirs !


Quel membre de ton cabinet ne  se souvient des journées et surtout des soirées enfiévrées de l’année 1990 ?! Qui ne se souvient des joutes oratoires et des empoignades verbales avec le Synarès du Professeur ETTE MARCEL !
Qui oublierait tes échanges courageux, sans aménité, mais pourtant sans débordements, avec les étudiants de la FESCI naissante !
Mon Cher ALASSANE, ce sont des pages et des pages qu’il nous faudrait remplir, si nous voulions égrener les actes qui ont marqué ton exceptionnel parcours. Depuis le Cours Normal de Daloa jusqu’au Secrétariat Général de l’UDPCI, que de chemin parcouru !!
Grand frère, tes parents et tes amis sont là. Ceux de Bouna sont là, apportée certainement avec eux, un peu de la terre qui t’a vu naître.
Regarde-les, ils sont là, ceux de ta génération et de tes différentes promotions, de l’Ecole Primaire à l’Université ! Ils sont là ; tristes, plongés dans leurs  souvenirs !
Maintenant, tournes ton regard et vois ceux de Gagnoa ! Ah ! Oui ! Ceux et celles de Gagnoa ! Tous les quartiers sont là : Dioulabougou, Sokoura Quartier soleil, Dar es salam, Libreville, Baruyo, Babré,etc (les citerais je tous !).
Monsieur le Maire, ils sont tous là, tes administrés!


Monsieur le Ministre, toute la Côte d’Ivoire représentée est là; dans sa diversité régionale, ethnique, sociale, politique. Elle est là, réunie et unie dans l’épreuve.
Enfin ta famille est là. Khady et les enfants sont là, drapés dans la douleur et la dignité.
Doudou, le grand Doudou est là, ainsi que Fatou, ainsi que Ladji, Baba, Ousmane, Alioune. Oui, ils sont là tes frères et sœurs.
Cher ainé, il ne t'a pas échappé qu'il est là aussi Seibane, le fidèle Seibane. Qui ne cessera d’écraser des larmes traitresses. Je l’entends murmurer, à la limite de la révolte et du blasphème, lui, le croyant sincère, je l’entends murmurer : « Oh Allah, mon cœur est soumis, mais n’est pas résigné »
ALASSANE, ce murmure traduit notre immense douleur à tous comme il traduit aussi notre impuissance." Si ces choses sont, c’est qu’il faut qu’elles soient."


Alors la Foi reprend le dessus. Oui, la Foi, nourrie de réalisme et d'espérance, doit reprendre le dessus. Parce que, « vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous met en repos »


A toute la famille, à tous les parents, à tous les amis, à tous les collègues d’ALASSANE,  à tous ceux qui l’ont aimé et admiré, à tous ceux que j’ai pu oublier, je veux exprimer ma très sincère gratitude, ma grande compassion et mes plus fraternelles condoléances.
En aucun cas je ne pouvais manquer à ce devoir intime de rendre hommage à mon aîné Alassane, aussi bref et aussi incomplet soit cet hommage. ALASSANE est un monument qu’on ne peut décrypter en quelques mots


Mon Cher ALASSANE, cet hommage, je voudrais le partager avec de nombreux amis et, en particulier, avec mon jeune frère Yaya Coulibaly, l’Honorable Yaya. C'était  mon complice sans reproches des visites régulières que nous te rendions certaines fins d’après-midi chez toi. Les souvenirs de ces visites resteront indélébiles en nos mémoires.
Mon Cher ALASSANE voilà, en très peu de phrases, ce que je t’aurais dit, si j’avais été présent, le jour de l’ultime séparation ici-bas.
Et je garde en mémoire le rappel lancinant de notre Seigneur
et Créateur:
« INALILAH, WA INA ILEHI RADJ’OUM »

 

« Vous êtes à Allah et à Allah vous ferez retour ». Oui, certes, «INALILAH, WA INA ILEHI RADJ’OUM »
Djata! Le Lion rouge des savanes ancestrales s'endort de l'ultime sommeil sur les berges fraiches de la Lagune Ebrié.
Adieu ALASSANE, Adieu! Qu’Allah le Très Miséricordieux par Essence et par Excellence, te reçoive dans son océan infini de Lumière et de Grâces. Amine.



THIAM MOKODOU
Ambassadeur de Côte d’Ivoire En Lybie (Tripoli)

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Written by  Ghislaine ATTA
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