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Daniel Aka Ahizi, président du Pit : “ Le Fpi a dupé tout le monde ”

lundi, 25 mars 2013 22:45
Daniel Aka Ahizi Daniel Aka Ahizi Crédits: fratmat

[25-03-2013. 22h36]Crise au sein du Parti ivoirien des travailleurs, situation socio-politique, amnistie générale… son président en parle  sans détour.

Il y a des sons discordants au sein de votre parti. L’ancien Secrétaire général, Kouablan François et Joseph Séka Séka, votre adversaire au congrès, contestent votre autorité. Qu’en pensez-vous?

Le Congrès et les élections se sont bien déroulés. Toutes les instances qui devraient être élues, pendant le congrès, l’ont été.  Après les élections, il fallait présenter une direction. J’ai demandé au congrès, parce qu’il se faisait tard, de prendre du recul pour faire une large consultation avec le groupe sortant afin de constituer  une direction représentative de l’ensemble. Cette direction devrait être investie par un Comité central. Pendant qu’on  en discutait, la salle s’est vidée. Tout le monde est parti y compris nos adversaires. Mais avant de partir, ils ont reconnu qu’ils avaient perdu. Joseph Séka Séka, le candidat malheureux,  m’a même souhaité bon vent. Il n’y avait donc pas de problème. Seulement, l’investiture de la direction  devrait se faire juste après mon élection. J’ai demandé au congrès de me donner la possibilité de me faire investir par un Comité central. Le président du congrès a donné son accord. J’ai compris, après, qu’on voulait aller à un troisième tour. Cela ne m’intéressait pas. Nous sommes allés au Comité central où il y a eu débat. Les positions étaient tranchées. D’un côté, il y avait ceux qui estimaient que le Comité central étant souverain il pouvait donc investir la direction. Et l’autre camp qui souhaitait aller à un congrès extraordinaire. En tant que président de cette séance, parce que le seul légalement constitué, j’ai  demandé dans la tradition démocratique d’aller au vote. Il y en a qui n’en voulaient  pas. Ils sont sortis. C’était  d’ailleurs, une minorité de 23 personnes. Alors que  nous étions 72 au total. La majorité dans la salle a voté. 42 ont admis que le Comité central investisse le nouveau bureau, 6 abstentions et une seule personne  qui voulait un congrès extraordinaire. La messe était dite. En réalité,  entre deux congrès, c’est le Comité central qui règle les problèmes. On ne répète pas les congrès. Après cette rencontre, mes adversaires se sont un peu répandus dans les journaux. Et pourtant, juste après le congrès, je leur ai tendu la main pour leur ouvrir des possibilités d’intégrer la direction. J’ai même proposé le poste de 1er vice-président à Joseph Séka Séka, candidat malheureux. Il a refusé parce qu’il était dans une coalition de trois personnes. Comme il y a trois postes  vice-présidents, ils voulaient  les occupés. Je leur ai dit non. Pour le moment, nous sommes à la tâche. Nous  travaillons tranquillement.

Ne craignez vous  pas qu’ils créent un autre parti ?

Ils sont libres de le faire. Mais, je pense que ce n’est pas dans leur intérêt. Ils auront démontré qu’ils ne sont pas des démocrates et ce serait dommage qu’on en arrive-là. Je pense qu’aujour- d’hui, les choses sont claires. On ne peut plus agir et se comporter  comme par le passé. La période des présidents fondateurs de parti est révolue. Tout comme celle des dauphins proclamés qui prennent la relève des présidents fondateurs. Il faut accepter que ce soit des militants qui votent et ne pas considérer un poste politique comme un poste ethniciste, où l’on est installé. Aujourd’hui, je suis là pour quatre ans. Demain ils pourront décider autrement. C’est le minimum en  démocratie.

Avez-vous les coudées franches ?

Je ne peux pas dire que je ne les aies pas. J’ai tout le monde avec moi. Ma direction est constituée. Mais j’ai pris soin de laisser quelques postes libres à ceux qui veulent y entrer. Nous travaillons. Nous avons commencé à faire le tour des Institutions. Nous nous sommes présentés à tout le monde.

Vous dites que vous avez tout le monde avec vous. Et pourtant, à un Comité central, le Pr. Martin Bléou Djezou  a pratiquement claqué la porte. Or qui dit Bléou Martin, dit Francis Wodié. Etes-vous certain que tout le monde est avec vous ?

Je ne pense pas que Bléou Djezou Martin vienne travailler pour Francis Wodié. Il était venu défendre une position qui était indéfendable. L’ayant compris, il est sorti de la salle. Nous sommes en politique et en démocratie. Quand vous venez pour développer quelque chose dans un environnement d’hommes dotés d’une certaine intelligence, c’est évident qu’on ne vous suive pas. Nous ne sommes pas à l’Université où en face, ce sont des étudiants. Il a fait son développement. Les autres également. J’ai donc demandé d’aller au vote. Il n’était pas pour cette option, il a décidé de s’en aller. Je ne pense pas que le président Francis Wodié soit impliqué dans cette affaire.

Avez-vous envie de réintégrer Angèle Gnonsoa, Andoh Jacques… qui ont  quitté, à un certain moment, le Pit ?

Je fais des démarches. Je pense que les uns et les autres  se préparent à nous rejoindre. On essaie de prendre contact avec tout le monde. Même avec  les militants qui sont en exil. Mais  l’essentiel à retenir, est que j’ai toute la jeunesse avec moi, prête à travailler. Aujourd’hui, les gens sont heureux de constater qu’il y a de nouvelles têtes et que ce ne sont pas toujours les mêmes qui dirigent le Pit.

On vous présente comme un pro-Gbagbo qui veut remettre en question l’alliance avec le Rhdp et ramener le Pit dans l’opposition ?

Je suis signataire du projet de société que nous avons soumis au congrès. Je suis fondamentalement socialiste. Ma position n’a pas changé.  Nous sommes un parti de gauche, on ne peut pas se retrouver avec des partis de droite. Et, il faut l’affirmer. On ne nous a pas enseigné autre chose. Nous avons adhéré au Pit   parce qu’il y avait un manifeste clair. Nous avons choisi d’être un parti des travailleurs. Celui qui a fait un peu d’analyse  marxiste sait où se trouvent les travailleurs. Ils ne sont pas avec la bourgeoisie. Maintenant, si on ne veut plus être un parti de gauche, qu’on remette en cause les fondamentaux du parti et chacun se cherche. Mais pour le moment, nous nous en tenons à ces fondamentaux. Nous les avons rappelés dans le projet de société, que des camarades, et moi avons l’honneur de piloter. Le congrès l’a adopté. Nous restons fondamentalement accrochés aux valeurs de gauche. Et je pense qu’il n’y avait pas d’alliance, contrairement à ce qui a été dit. Il y a eu un moment où l’on a estimé que ceux qui se disaient de gauche et qui étaient apparemment nos alliés naturels, ont dévoyé un peu la gauche. On ne pouvait donc pas appelé à voter pour eux. La majorité du parti a demandé de choisir le candidat du Rhdp. Mais cela ne voulait pas dire qu’on était en alliance avec cette mouvance. On a vu François Bayrou du Modem en France, appelé à voter François Hollande ; il n’est pas devenu pour autant socialiste. On peut appeler à voter un candidat qui ne soit pas forcément de la tendance idéologique dans laquelle on se situe. On n’a rien qui nous rapproche du Rhdp. Nous ne reconnaissons pas et ne sommes pas concernés par cette politique ultra libérale qui est faite aujourd’hui. Nous sommes un parti de gauche. Dans la mesure où ce n’est pas un parti de gauche qui est au pouvoir, nous, nous sommes dans l’opposition. C’est sans ambiguïté.

Les élections locales, c’est pour bientôt. On vous retrouve sur certaines listes. Votre parti n’a pas de candidats partout.  Pourquoi le Pit n’a-t-il pas pu couvrir l’ensemble du territoire ?

Il faut savoir raison garder. On a voulu aller aux législatives pour essayer de couvrir l’ensemble du territoire. Mais on a fait une grosse erreur d’approche. Le peu d’argent qu’on avait a été saupoudré un peu partout. On n’a pas pu donner suffisamment de moyens à nos candidats pour se battre sur le terrain. Pour ces élections, nous n’avons pas voulu commettre les mêmes erreurs. Le peu de moyens que nous avons nous a permis de  cibler certaines régions où nous pensons avoir la chance de remporter la victoire.

Le Pit est en perte de vitesse en termes d’élus.  Le parti n’a aucun député aujourd’hui. Pensez-vous que pour ces élections locales votre parti  fera mieux ?

Nous espérons avoir quelques élus. Mais si nous  n’en avons pas, cela ne doit pas nous freiner dans notre élan de développement. Les échecs d’aujourd’hui, préparent la victoire de demain. Je pense que nous parlons de Pit nouveau. Dans le passé, peut-être que nous n’avons pas été suffisamment clairs et précis dans nos positions. Cela nous a desservis. Il faut dorénavant être clair dans nos actions pour que nous soyons compris par les populations et avoir les militants qu’il faut. On avait beaucoup d’adhérents. Mais pas de militants. Beaucoup de choses ont manqué. Par exemple, la formation de nos adhérents pour en faire des militants. Nous avons décidé de redresser tout cela. Nous allons les  former  à partir de nos valeurs. Pour que nous ayons confiance en eux.

Quelles sont vos priorités à la tête du Pit, aujourd’hui?

Ce pays est dans une situation économiquement difficile. Je ne parle pas de croissance chiffrée qu’on nous donne et que moi, je définis comme des croissances appauvrissantes. En même temps qu’on parle de croissance, la pauvreté grandit dans ce pays. Il faut amener les gens à comprendre qu’il n’y a  que la voix du socialisme qui peut amener à la réduction de la pauvreté et des inégalités. Dans le capitalisme, la logique libérale creusera plus les fossés. D’un côté, on aura les possédants de plus en plus  riches et de l’autre, les pauvres. Il ne sert à rien d’avancer les chiffres. Il faut savoir quel est le secteur, le type d’entreprise, qui crée la croissance économique, pour que nous sachions si nous pouvons avoir des retombées pour notre pays. Il faut faire en sorte qu’il y ait une croissance qui soit endogène. Il faut qu’on s’appuie sur les petites et moyennes entreprises, qu’on leur permettre d’exister. Nous pensons que nous avons notre rôle à jouer. Nous insistons pour dire qu’il n’y a que le socialisme qui puisse créer rapidement la réduction des inégalités et de la pauvreté.

Les socialistes ont dirigé ce pays ; on n’a pourtant  vu aucun résultat tangible…

Vous n’avez pas bien examiné le Front populaire ivoirien, et vous ne les avez pas bien écoutés. Le Fpi n’a jamais été un parti socialiste. M. Gbagbo avait dit que c’était un front populaire qui rassemble tout. Ils ne sont pas socialistes.

Mais, le Fpi fait pourtant partie de l’Internationale socialiste.

Ils ont dupé tout le monde. Il n’y a pas un homme plus à droite que Mamadou Koulibaly. Le Fpi était un parti ‘’attrape-tout’’. Ce qui les intéressait, c’était l’immédiateté du pouvoir.  Tous les moyens étaient à utiliser pour y arriver. C’est à ce niveau  que les leaders du Fpi ont dupé tout le monde. Nous-mêmes, les avions  suivis et constaté qu’ils n’étaient pas socialistes. Ils nous ont fait plus de tort. Il fallait prendre nos distances. Je ne suis pas membre fondateur du Pit, quoi que militant de première heure. Ceux qui ont fondé ce parti ont dit que c’était le parti des travailleurs.

Justement, c’est le parti des travailleurs mais nous n’avons jamais vu le Pit les soutenir dans les moments difficiles ?

Tout va changer maintenant. Nous étions à la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire (Fesaci) il n’y a pas longtemps. Nous leur avons dit qu’ils ont une revendication corporatiste, et nous, avons une revendication politique. Nous faisons donc le prolongement de leurs actions. C’est pourquoi, nous  leur avons dit qu’il faut exiger un minimum de 120 000Fcfa de salaire de base. Aujourd’hui, dans ce pays, il est quasiment impossible de vivre avec moins de 100 000Fcfa. Si nous ne voulons plus de bidonvilles, de cités précaires, il faut donner la possibilité aux gens de pouvoir se loger correctement. Cette revendication est essentielle.

Quel rapport le Pit entretient-il avec les partis de l’opposition, notamment avec le Fpi ?

Nous avons pris contact avec la direction de cette formation politique. Elle nous a reçus agréablement à notre demande.. Nous avons également rencontré le Mfa, l’Udpci. Nous sommes dans une logique de rapport courtois et intelligent avec les autres partis politiques. Mais, nous allons de plus en plus afficher nos positions clairement dans l’opposition. Mais quand on parle de l’opposition, cela fait frémir, fait trembler les gens. Mais en fait, c’est parce que les partis qui sont dans l’opposition n’ont pas sérieusement compris leurs missions  L’opposition, ce n’est pas la contestation systématique. Elle a, je pense trois missions. Une mission de veille. Le régime en place s’est fait élire sur un programme. Il faut veiller à ce que ce programme soit appliqué. S’il le fait correctement, tant mieux ! On peut même appeler à voter pour lui. Je vous donne un exemple. Le Président, Alassane Ouattara a dit, pendant la campagne, qu’il créera un million d’emplois sur 5 ans. Cela fait 200 000 emplois chaque année. Nous sommes en train de vérifier avec des statistiques. Si nous constatons que cela n’est pas fait, on  va l’interpeller. Et c’est la deuxième mission. Si rien ne bouge, on passe à la troisième mission,  qui est la proposition d’un programme alternatif. Nous, nous allons entrer dans la réalité de ces trois missions pour que les gens comprennent autrement la politique.

Quelle est votre position par rapport au débat sur l’amnistie ?

Nous pensons qu’il faut couper avec cette attitude d’impunité que nous traînons depuis des années.

Au Pit, nous souhaitons qu’il y ait une séparation des pouvoirs. Il faudrait éviter que l’exécutif soit au contrôle de tout.

Les vrais problèmes ne sont-ils pas les hommes qui incarnent ces institutions et qui refusent d’assumer leurs responsabilités comme on le constate ailleurs? En France par exemple, les anciens  Présidents de la République sont de facto, membres du Conseil constitutionnel. Cela donne plus de poids à cette institution. Il y a des pays où le Conseil constitutionnel peut être saisi par un citoyen ordinaire. Ceci n’est pas le cas en Côte d’Ivoire. Ici, le Conseil constitutionnel ne peut s’autosaisir. Il n’y a que l’Assemblée nationale et la Commission électorale indépendante qui sont habilitées à le saisir. Il reste donc impuissant même lorsque la Constitution est violée.

Vous dénoncez cette Constitution  qui est pourtant née en 2000 avec la bénédiction de la classe politique ivoirienne ?

Ce n’est pas du tout le schéma voulu par le Parti ivoirien des travailleurs. Nous avons notre Constitution. En plus, il faut se rappeler les conditions dans lesquelles, elle a été conçue et votée par le peuple. A l’époque, c’était un général d’armée qui était au pouvoir. Il voulait un régime fort. Pour nous, il faut penser très rapidement et aller vers un régime parlementaire pour diluer un peu le pouvoir d’un exécutif qui contrôle tout.

Interview réalisée par

Etienne Aboua et Brou   Presthone

 

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Written by  Etienne Aboua et Brou Presthone
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