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UNESCO : Les conséquences du retrait américain de l’organisation

jeudi, 12 octobre 2017 16:16

33 ans après, les Etats-Unis se retirent à nouveau de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

UNESCO : Les conséquences du retrait américain de l’organisation

Alors que l’organisation s’écharpe en interne, depuis le 9 octobre sur la désignation de son futur Directeur général/ou Directrice générale (huit candidats en lice), les Etats-Unis ont annoncé, ce jeudi 12 octobre 2017, qu'ils se retiraient de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture accusant l'institution d'être «anti-israélienne». Une décision qui prendra effet à compter du 31 décembre 2017. Les Etats-Unis conserveront un statut d'observateur, a précisé le Département d'Etat, en lieu et place de leur représentation à l'agence onusienne basée à Paris.

Selon le magazine Foreign Policy, cette décision aurait été prise afin de "faire des économies et protester contre ce que le pays considère comme le positionnement anti-Israël de l'organisation.»

La première conséquence est d’ordre financier, la contribution américaine représentant, lorsqu’elle est effectivement libérée, quelque 20% du budget de l’organisation. Toutefois, les Etats-Unis, grand allié d'Israël, avaient déjà pris leurs distances avec l'Unesco, la frappant au porte-monnaie. Ils avaient ainsi arrêté de participer à son financement en 2011 après que l'agence a admis les Palestiniens parmi ses Etats membres. Mais ils continuaient depuis à siéger au Conseil exécutif de l'Unesco, composé de 58 membres.

Washington, rappellent les agences, avait prévenu début juillet de son intention de réexaminer ses liens avec l'Unesco après sa décision de déclarer la vieille ville de Hébron, en Cisjordanie occupée, "zone protégée" du patrimoine mondial. Cette décision, qualifiée d'"affront à l'Histoire", "discrédite encore plus une agence onusienne déjà hautement discutable", avait alors déclaré l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley.

L’autre conséquence majeure concerne la légitimité universelle de l’organisation, également affectée par le retrait américain.

C'est "une perte pour la famille des Nations unies", a réagi rapidement l'institution internationale qui "regrette profondément."  "L'universalité est essentielle à la mission de l'Unesco pour construire la paix et la sécurité internationales face à la haine et à la violence, par la défense des droits de l'Homme et de la dignité humaine", a déclaré sa directrice générale, Irina Bokova. Et dans un monde où l’extrémisme et la haine se répandent, appelant à la solidarité de toutes les nations, le retrait américain porte un coup dur aux esquisses de solution qui auraient pu provenir d’une organisation représentative dédiée à l’éducation et à la culture de la paix.

Selon le département d'Etat, un statut d'observateur permettrait de continuer d'apporter la "vision" et "l'expertise" américaines "sur certains dossiers importants gérés par l'organisation", notamment "la protection du patrimoine mondial, la défense de la liberté de la presse" et la promotion des sciences et de l'éducation. Mais personne n’est dupe : rien ne sera comme avant.

Il y a 33 ans, les Etats-Unis s’étaient déjà retirés de l’Unesco, exhibant comme prétexte la « mauvaise gestion » supposée », alors que régnait une sorte de guerre froide culturelle et la défiance vis-à-vis du nouvel ordre mondial de l’information alors prôné par son Directeur général, le Sénégalais Amadou Makhtar Mbow, pour rééquilibrer l’information et reconstruire un récit africain.

Le 31 décembre 1984, en effet, les États-Unis quittaient l’Unesco. « A l'époque, rappelle Le Figaro Magazine, la guerre froide culturelle faisait rage… Et dans ce contexte, l’Unesco était considérée par les républicains américains comme une institution trop lourde, trop administrative, trop politisée, et surtout trop “communiste”. Un gros mot pour Ronald Reagan, alors président des États-Unis depuis 1981 ».

Le retrait des États-Unis de l’UNESCO, se souvient le confrère,  sera imité un an plus tard par la Grande-Bretagne, et il faudra attendre 2003 pour que les deux pays reviennent au sein de l’institution. Mais en 2011, sous l’administration Obama, c’est leur soutien financier que les États-Unis ont retiré à l’UNESCO, quand la Palestine a été admise à y entrer, avec pour conséquence une réduction du budget de l’UNESCO de plus de 20%. Preuve que géopolitique, culture et éducation, ne font pas toujours bon ménage.

« En pleine crise, l’Unesco fait face depuis 2011 à l’arrêt des contributions financière américaines et israéliennes, après qu’elle a admis la Palestine en son sein. Soit une coupe nette de plus de 20% dans son budget. Sans compter le coup de sang du Japon, deuxième plus gros contributeur, qui a refusé de payer sa quote-part en 2016 suite à l'inscription, en 2015, au Registre de la mémoire du monde, du massacre de Nankin, commis par l'armée impériale japonaise en 1937 ».

Valentin MBOUGUENG

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