• Accueil
  • Nos Unes
  • Pollution automobile: La Côte d’Ivoire anticipe sur la menace mondiale

Pollution automobile: La Côte d’Ivoire anticipe sur la menace mondiale

lundi, 12 mars 2018 11:51
Pollution automobile: La Côte d’Ivoire anticipe sur la menace mondiale Crédits: DR

Par décrets pris en Conseil des ministres du 6 janvier, le gouvernement a adopté d’importantes mesures pour rajeunir le parc automobile national, lutter contre la dégradation des routes et contre le réchauffement climatique.

La pollution de l’air, notamment par les gaz ou particules irritantes et agressives, est devenue l’une des plus importantes menaces sur la santé humaine et un facteur réel de décélération des économies.

Selon l'Oms (Organisation mondiale de la santé) dans ses lignes directrices relatives à l'air (synthèse de l'évaluation des risques, mise à jour 2005) : «La pollution de l'air continue de faire peser une menace importante sur le plan sanitaire partout dans le monde. […] Plus de 2 millions de décès prématurés peuvent chaque année être attribués aux effets de la pollution de l'air extérieur dans les villes et de l'air à l'intérieur des habitations […] à travers le monde ».

Le programme Cafe (Clean Air for Europe, un Air propre pour l'Europe) de la Commission européenne estimait à près de 300 000 le nombre de décès anticipés liés à l'exposition au niveau de particules observées en 2000 à travers les États membres (soit une perte d'espérance de vie de 9 mois en moyenne en Europe) et à 21 000 pour l'ozone. Le coût sanitaire pour ces deux polluants était évalué à un montant compris entre 189 et 609 milliards d'euros par an en 2020.

En Côte d’Ivoire, une étude de la Banque africaine de développement relative au Schéma directeur des transports urbains du Grand Abidjan (Sdtuga) élaboré par le gouvernement en 2014, ne dit pas le contraire. En effet, il fait ressortir que la pollution due aux transports (émissions, pneus usagés, rejets d’huiles usagées, etc.) freine les activités économiques urbaines et affecte les conditions de vie des populations et engendre un impact négatif sur l’économie de la ville d’Abidjan de l’ordre de 2 % de son Pib.

Ce tableau alarmant est à la base, partout dans le monde, de mesures diverses pour éliminer la pollution automobile. Celles-ci sont adossées, pour la plupart, à une stratégie progressive d’interdiction des véhicules polluants.

Ce qui est fait en Europe

Un dossier paru dans le Monde du 28 février donne un aperçu des programmes adoptés par certains pays européens pour réduire les gaz à effet de serre d’origine automobile. En effet, selon le quotidien français, l’Allemagne, à travers son Tribunal administratif fédéral, a adopté le 27 février dernier, l’interdiction des vieux véhicules diesel « dans les grandes villes ».

Le Danemark a fait partie des premiers pays à introduire, dès 2006, des zones à faibles émissions où sont bannis les vieux véhicules diesel les plus polluants. Elles sont en place à Copenhague et dans les trois principales villes du pays.

En France, Paris a interdit depuis 2016 la circulation des véhicules les plus polluants et devrait progressivement durcir sa politique, pour atteindre son objectif de faire disparaître les moteurs diesel d’ici à 2024. Plusieurs autres grandes villes françaises pourraient emboîter le pas à la capitale dans les prochaines années. En Belgique, Bruxelles a interdit depuis janvier la circulation des véhicules les plus polluants dont toutes les voitures diesel. La région de Wallonie a, de son côté, programmé l’interdiction totale du diesel à l’horizon 2030, avec le bannissement progressif des véhicules les plus polluants à partir de 2023.

Les prochaines interdictions devraient intervenir dans les tout prochains mois en Espagne, en Italie et en Grèce.

La Norvège est l’État le plus ambitieux en la matière, puisqu’il s’est fixé l’objectif d’une disparition des ventes de vieux véhicules diesel d’ici à 2025. Le gouvernement, qui a exclu l’option d’une interdiction ferme, entend plutôt s’appuyer sur un système de bonus-malus fiscal pour encourager une tendance déjà fermement ancrée. En 2017, les ventes de véhicules électriques et hybrides en Norvège ont, pour la première fois, dépassé celles de véhicules thermiques.

Aux Pays-Bas, le gouvernement de coalition installé à l’automne 2017 entend, lui aussi, faire de son pays un pionnier en la matière, puisqu’il vise tout bonnement l’interdiction des ventes des vieilles voitures à moteur thermique (essence et diesel) à l’horizon 2030. Au Royaume-Uni, à partir d’avril 2018, une surtaxe va peser sur les propriétaires des vieux véhicules diesel les plus polluants, qui devaient déjà s’acquitter de pénalités financières pour entrer dans le centre de Londres depuis 2017.

Si ces réglementations sont respectées, la perte de neuf mois d’espérance de vie due aux particules fines devrait enregistrer un gain de 3 mois, selon le programme Cafe. Prise à l’échelle annuelle, cette perte qui est de quatre millions d’année de vie devrait connaître une réduction de 1,7 million d’années en 2020. Les 386 mille décès prématurés par an causé par cette forme de pollution devraient être ramenés à 135 mille sur la même période en 2020. En outre, les 110 mille hospitalisations graves devraient être contenues à moins de 47 mille l’an.

Les conséquences probables de cette évolution positive pour l’Afrique

La mise en application effective de ces mesures d’élimination des véhicules polluants en Europe expose les pays africains à une invasion massive de ces « tueurs masqués ». En Côte d’Ivoire, l’importation de véhicule d’occasion est en constante hausse depuis 2011. En 2016, ce sont un peu plus de 56 000 véhicules qui ont été immatriculés dont seulement environ 10 000 véhicules neufs. Et d’après le ministre des Transports, Amadou Koné, 75% du parc automobile ivoirien a un âge oscillant entre 16 et 20 ans.

Les décrets pris en Conseil des ministres du 6 janvier, limitant l’âge des véhicules d’occasion d’importation en Côte d’Ivoire, d’une part, et la durée d’exploitation des véhicules à usage professionnel d’autre part, s’inscrivent dans la tendance mondiale. En ce sens qu’il s’agit, selon le gouvernement, de rajeunir le parc automobile national, lutter contre la dégradation des routes, l’insécurité routière et contre le réchauffement climatique.

Pour rappel, concernant les véhicules d’occasion destinés au transport public de personnes ou de marchandises, la limite d’âge est de 5 ans pour les taxis, 7 ans pour les minicars de 9 à 34 places, 7 ans pour les camionnettes jusqu’à 5 tonnes, 10 ans pour les cars de plus de 34 places, 10 ans pour les camions de 5 à 10 tonnes et 10 ans pour les camions de plus de 10 tonnes.

Quant aux véhicules de tourisme, l’âge limite est désormais de 5 ans à compter de la date de leur première mise en circulation à l’étranger.

Les décisions gouvernementales sont assorties de mesures d’accompagnement. En effet, au soir de l’adoption des décrets visés en Conseil des ministres, le ministre des Transports a expliqué les motivations des autorités et mis en lumière les mesures d’accompagnement.

Les mesures d’accompagnement

Soucieux d’éviter aux importateurs occasionnels et professionnels de perdre leurs véhicules, le décret leur accorde trois mois (jusqu’en mars 2018) pour faire venir leurs véhicules dans les conditions préalables, passé ce délai, ils tombent sous le coup des nouveaux décrets et ne pourront recevoir leurs véhicules sur le territoire ivoirien.

Par ailleurs, pour les véhicules déjà en circulation sur le territoire, le Conseil des ministres a donné une période d’exploitation de 10 ans, tout type de véhicule confondu.

Durant cette période transitoire, le contrôle technique automobile sera renforcé et des opérations de retrait de la circulation des véhicules de transport les plus âgés auront lieu. Un arrêté interministériel fixera les tranches d’âge des véhicules concernés, avait indiqué le ministre Amadou Koné.

« Passé les 10 ans, le deuxième décret qui fixe les durées d’exploitation des véhicules affectés au transport public ou privé de personnes ou de marchandises, à compter de la date de leur première mise en circulation sera appliqué. C’est-à-dire sept ans pour les taxis, dix ans pour les minicars de 9 à 34 places, les camionnettes de moins de 5 tonnes, quinze ans pour les cars de plus de 34 places et vingt ans pour les camions de 5 à 10 tonnes et les camions de plus de 10 tonnes », avait averti le ministre.

Toutes ces mesures seront accompagnées, au dire du ministre, par une prime à la casse qui fait l’objet d’une négociation avec la Banque mondiale. Cet instrument permettra de sortir les vieux véhicules du circuit, les casser et permettre aux propriétaires d’acquérir de nouveaux véhicules.

Invité des rédactions du Groupe Fraternité Matin le 16 février, le ministre des Transport a déclaré que de nombreux pays de la sous-région, notamment le Sénégal et le Ghana ont déjà expérimenté la limitation de l’âge des véhicules d’occasion autorisés à entrer sur leur territoire respectif. « En la matière, la Côte d’Ivoire a accusé un retard », avait-il dit.

David Ya

Read 901 times Last modified on lundi, 12 mars 2018 12:21