• Accueil
  • Nos Unes
  • Photographie: Joana Choumali porte haut les couleurs de la Côte d’Ivoire

Photographie: Joana Choumali porte haut les couleurs de la Côte d’Ivoire

lundi, 19 décembre 2016 10:41
Photographie: Joana Choumali porte haut les couleurs de la Côte d’Ivoire Crédits: DR

[19-12-2016. 11h00] Dans un premier temps, les femmes qui fabriquent le charbon à San Pedro étaient méfiantes, car, disaient-elles, « plusieurs hommes photographes étaient déjà venus pour les photographier avant de disparaître », sans que cela ne leur apporte rien.

Photographie: Joana Choumali porte haut les couleurs de la Côte d’Ivoire

L’Ivoirienne Joana Choumali figure parmi les 18 photographes du monde entier à avoir été sélectionnés cette année pour être les lauréats du Magnum Emergency Fund 2016. Ce prix prestigieux a pour but de soutenir des photographes indépendants qui mènent des travaux personnels originaux sur des questions de société. La série de photos pour laquelle la jeune femme a été primée correspond parfaitement aux critères du prix : intitulé « Sissi Barra», ou « Travail de fumée », son travail porte sur les femmes qui fabriquent du charbon de bois à l’entrée de San Pedro.

Point de départ de sa démarche : une photo, belle comme un tableau, striée de volutes de fumée, où domine la couleur noire, offerte par un de ses amis photographes, et qui trône toujours dans son salon. Intriguée par l’atmosphère particulière qui s’en dégage, elle décide de partir à la rencontre de ce monde dont elle ignore tout. À l’arrivée, une expérience humaine intense, puisqu’elle passera à cinq reprises une vingtaine de jours avec Habiba, Awa, Ange, Maï. Des femmes courageuses, aux destins parfois tragiques, qu’elle raconte avec les photos magnifiques qui lui ont valu le Prix Magnum.

Dans un premier temps, les femmes qui fabriquent le charbon à San Pedro étaient méfiantes, car, disaient-elles, « plusieurs hommes photographes étaient déjà venus pour les photographier avant de disparaître », sans que cela ne leur apporte rien. Joana Choumali leur a alors expliqué que sa démarche était autre, qu’elle était une femme comme elles, habitait à Abidjan, et qu’il était important de montrer leur réalité.

« Dans ces femmes qui s’échinent à fabriquer du charbon dans des conditions dantesques, j’ai vu des femmes comme moi, des compatriotes, qui essaient de se faire une place dans ce monde. Je ne savais même pas ce que j’allais faire de ces photos. Ce prix veut dire que mon travail a du sens», explique la photographe, avec émotion. Ce qui est aujourd’hui terriblement important pour Joana Choumali, c’est que ses photos contribuent à améliorer la situation de ces femmes, qui, par manque de moyens, ne disposent d’aucune protection contre la chaleur des fours et les fumées, ni non plus d’outils ou d’endroit où se reposer, elles et leurs enfants, dans un environnement moins hostile.

« Je n’ai pas d’expérience dans le social ni dans l’humanitaire, ce n’est pas mon métier. Mais lorsque je retournerai les voir, je veux y aller avec quelque chose ou avec quelqu’un qui puisse les aider»,
explique encore la photographe, tout en confiant que lorsqu’elles se font belles, en dehors du travail, ces femmes portent toutes avec fierté des pagnes à l’effigie du Chef de l’État Alassane Ouattara, auquel elles vouent une admiration sans bornes.

Joana Choumali, née en 1974 à Abidjan, a étudié les arts graphiques à Casablanca, au Maroc, et a travaillé comme directrice artistique dans une agence de pub avant de mener une carrière de photographe indépendante, jalonnée de succès. C’est ainsi que sa série de photos intitulée « Haabré, la dernière génération », qui a reçu le Prix international Popcap 14, et le prix Fourthwall Book en Afrique du Sud, a été exposée à la Biennale Photoquai au Musée du Quai Branly à Paris en 2015; ainsi qu’à la Cinémathèque suisse à Lausanne en Suisse, en août 2016, dans le cadre du Festival Cinémas d’Afrique. « Haabré » présente une série de portraits de personnes – pour la plupart des Burkinabè et des Nigérians, abordés dans les rues d’Abidjan – qui ont en commun d’avoir le visage marqué par des scarifications.

« On m’a beaucoup demandé à Abidjan pourquoi je m’intéressais à ça, que cela n’était pas un sujet moderne. C’est vrai qu’on en voit moins que lorsque j’étais enfant. Mais cela fait aussi partie de notre histoire ».
Là aussi, le fait qu’elle soit une photographe du pays, avec son studio à Abidjan, lui a permis d’avoir de bonnes relations et de véritables échanges avec ses modèles, certains très fiers de leurs scarifications, d’autres fâchés jusqu’à aujourd’hui de porter sur leur visage une sorte de « carte d’identité ».

PAR CATHERINE MORAND

Read 1651 times Last modified on lundi, 19 décembre 2016 10:58