Maurice Bandaman aux artistes: ‘’Mettons-nous ensemble pour lutter contre le désordre’’
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Maurice Bandaman aux artistes: ‘’Mettons-nous ensemble pour lutter contre le désordre’’

mardi, 28 août 2018 10:40
Maurice Bandaman aux artistes: ‘’Mettons-nous ensemble pour lutter contre le désordre’’ Crédits: SERGES N'GUESSANT

Le ministre de la Culture et de la Francophonie a saisi l’occasion d’une audience à son cabinet, le jeudi 23 août, pour dire sa part de vérité sur la prétendue affaire de 14 millions de Fcfa que le Burida lui reverserait chaque trimestre.

Les motivations de la plainte du ministre

Ce n’est pas vrai de dire que le Burida reverse de façon trimestrielle une quelconque somme au ministre de la Culture et de la Francophonie que je suis. Si cela était vrai, le Chef de l’État serait le premier à être informé et il m’aurait viré du gouvernement, car il est courant de tous les mouvements qu’un ministre fait. Quand j’ai vu cette information pour la première fois, sur le coup, j’ai menacé de porter plainte à la justice. Mais après, je me suis ravisé et j’ai dit au Pca et à la directrice du Burida qu’il était bon que nous laissions la place à la procédure interne de notre maison commune. On en était là lorsque deux semaines après, une nouvelle déclaration est venue corroborer la première. Je me suis alors dit que l’affaire devenait sérieuse. Je suis un homme public, un homme politique, si je ne réagis pas, cela va me suivre toute la vie. Il me fallait donc rétablir la vérité. C’est pourquoi, j’ai saisi mon homologue de la justice afin d’interpeller le jeune frère pour qu’il puisse justifier ces allégations. La procédure a donc commencé par moi. Pendant deux heures, j’ai été auditionné par la brigade de recherche de la gendarmerie nationale. A la fin, les enquêteurs m’ont posé la question de savoir quelle réparation je demandais puisque je m’estime diffamé. J’ai répondu que je souhaitais que la justice puisse amener le jeune frère à reconnaître qu’il s’est trompé, qu’il m’a diffamé et qu’il me présente des excuses publiques. Et que si vous voulez le condamner, condamnez-le à un franc symbolique, car, je ne veux pas qu’il soit jeté en prison. Vous le verrez d’ailleurs dans mon procès-verbal. Alors, la gendarmerie a fait son enquête, a vérifié auprès des personnes concernées, notamment la Dg du Burida, le Directeur des répartitions et a abouti au résultat que ces allégations n’étaient pas fondées.

Le ministère de la Culture et le Fonds de soutien à l’action culturelle

Quand on dit que le Burida verse des sommes au ministère de la Culture, au titre du Fonds de soutien à l’action culturelle, les gens s’imaginent des milliards de Fcfa et on parle de caisse noire que serait le Burida au profit des ministres. De quoi s’agit-il ? Le Burida récolte des droits d’auteur. Et tout ce qui est du domaine du folklore, tout ce qui tombe dans le domaine public n’est pas un droit à verser à une tierce personne. C’est l’État qui est légataire de tous ces biens. Ce que vous devez savoir, c’est que ces droits-là, de 2009 à 2011, s’élevaient à 6.550.200 de Fcfa, soit en moyenne 3 millions de Fcfa par an. De 2012 à 2017, 72.776 millions de Fcfa, soit en moyenne 10 millions de Fcfa par an. Ce ne sont donc pas des milliards de Fcfa qui sont versés au ministère de la Culture pour servir de caisse noire au ministre. Les 14 millions de Fcfa de la période 2014-2016 sont dus au fait que les droits de ces deux années ont été versés en une seule fois en 2016, soit en moyenne 7 millions de Fcfa par an (2014-2015). Alors, on fait croire à l’opinion que 14 millions Fcfa sont versés chaque trimestre au ministère et pire, au ministre. C’est archi faux ! Mais à quoi servent ces droits ? Eh bien, ils servent à sauver des artistes en détresse. Voyez-vous, lorsqu’un artiste est malade et qu’il sollicite le ministère, je lui demande de faire une demande d’aide et la procédure est enclenchée. Mais cela peut mettre plus d’un mois et il peut mourir avant. Le décaissement de l’argent de l’État obéit à une procédure qui n’est pas toujours adaptée au cas d’urgence. Nous faisons donc recours au fonds pour parer au plus pressé. On nous demande pourquoi quand le fonds est versé, ce n’est pas pour le compte du ministère de la culture mais pour la personne du Directeur des affaires financières. Nous disons que si on dépose le fonds sur le compte du ministère, avant de retirer, cela va faire un mois alors qu’une personne est en train de mourir. C’est pour donc faciliter le décaissement que nous avons utilisé cette pratique. C’est comme ça qu’on a pu sauver certains artistes de la mort. Nous sommes audités chaque année par le ministère des finances, l’inspectorat général d’État et mes Daf ont toujours été félicités pour leur gestion transparente. Il n’y a donc rien à cacher au niveau du Fsac.

Plus de 100 millions par an pour les interventions sociales

Nous avons en moyenne 10 millions de Fcfa que le Burida nous verse. Mais depuis que nous sommes à la tête du ministère, nous faisons des interventions sociales d’au moins 100 millions par an pour le compte des artistes. Ce ne sont pas avec les 10 millions du Burida que nous réalisons cela. Cet argent, on le garde pour le prendre en cas d’urgence. C’est pourquoi nous le conservons au Burida. C’est ce qui explique aussi que face à la détresse des artistes, nous avons sollicité l’aide du Chef de l’État pour que soit mise en place une pension. Nous avons commencé avec quinze artistes. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 60 artistes. Nous donnons le tiers et le Chef de l’État les deux tiers. Nous avons demandé à la Dg du Burida de mettre en place une assurance maladie des artistes et le ministère apporte la part patronale. Le Burida et le ministère se partagent 50% et les artistes contribuent à 50%. Le ministère paye donc 25% de l’assurance maladie des artistes. Sur la pension, le ministère dépense environ 70 millions de Fcfa par an. Parce que nous avons 60 artistes, chacun reçoit 100 mille Fcfa par mois. Dans l’année, cela fait 1,2 million de Fcfa multiplié par 60, ça fait 72 millions de Fcfa. Sur la contribution à l’assurance maladie des artistes qui sont plus de 300 et sur les interventions diverses pour maladie, décès et autres, le ministère dépense entre 30 et 50 millions de Fcfa. C’est donc entre 100 et 130 millions que nous déboursons en interventions sociales. Ce qui n’a rien avoir avec ce que le ministère pose comme actions institutionnelles. Nous expliquons cela pour qu’il y ait moins de détresse dans la famille artistique.

Une phase transitoire pour un Burida beaucoup plus fort et efficace

Chers artistes, nous ne voulons pas votre argent, on vous a trompés ! Je suis un homme intègre et honnête. Toutes ces actions que nous posons sont pour les générations futures. Je m’imagine mal un Président de la République ou un ministre de la Culture qui viendra demain mettre fin à tous ces acquis. Tout au plus, il ne fera que l’améliorer. Nous avons déjà institué la pension que les autres pays autour de nous cherchent à instituer. Nous sommes heureux parce que les artistes vivent encore plus longtemps. Dans cinq ans ou dix ans, cette pension va augmenter, mais il faudrait que le ministère ait plus de moyens, de ressources en interne pour qu’on puisse justifier devant le Président ce que le ministère peut supporter. C’est pourquoi nous devons nous mobiliser pour que la copie privée fonctionne. Je reste ouvert à vos propositions pour qu’ensemble nous élaborions des stratégies pour le bien-être de tous. Les artistes se plaignent tout le temps sur leurs conditions. Je me suis alors demandé quelles sont les bases de la répartition. Il faut qu’il y ait une traçabilité. Je suis allé me renseigner auprès du Dg de la Sacem en France et il m’a conseillé des appareils qui permettent de capter les programmes dans les lieux de diffusion. Nous avons proposé un opérateur au Burida et l’opération d’installation de ces appareils va bientôt démarrer afin qu’il y ait une justice dans la répartition. J’ai aussi instruit le Burida aux fins de numériser la collecte des droits. C’est un ensemble de réformes qui contribuent à rendre plus fort et efficace le Burida. L’objectif de l’État de Côte d’Ivoire est que le Burida revienne aux artistes. Ailleurs, les sociétés de droit d’auteur sont des sociétés d’État. L’option choisie par la Côte d’Ivoire est que le Burida est une société de droit privé avec un accompagnement de l’État. Le ministère propose dans le Conseil d’administration des mécanismes d’encadrement progressifs pour qu’au bout de cinq ou dix ans, les artistes ayant une bonne connaissance du mécanisme de gestion, on arrive à créer deux ou trois sociétés de droit d’auteur, notamment une société civile des droits d’auteur, des droits voisins, des producteurs. Nous sommes donc dans une phase transitoire. Mais, j’ai le sentiment que des artistes ne suivent pas le processus. Au point que certains crient encore « le Burida aux artistes ».

Le Burida a aujourd’hui une gestion irréprochable

Certains reprochent au Burida d’avoir 40% de frais de fonctionnement alors que la norme exige 35%. Face à la dette énorme qui menaçait la maison, j’ai autorisé que 50% soient répartis aux artistes et 50% utilisés pour le fonctionnement afin qu’une partie serve à apurer les dettes. Aujourd’hui, les frais de fonctionnement sont passés à 40%. C’est la preuve que des efforts considérables ont été faits en l’espace de cinq ans seulement. On ne peut donc pas dire aujourd’hui que le Burida est mal géré. Quand le Burida se positionne aujourd’hui comme la troisième société de droit collectif en Afrique après l’Afrique du Sud et l’Algérie, on ne peut qu’être fière. Certains artistes n’ont pas encore pris conscience qu’ils sont en train de tuer leur propre maison. Le Burida n’a jamais été aussi bien géré qu’il ne l’est aujourd’hui. Les experts viennent de noter que depuis sa création, le Burida, pour une fois, a dégagé un excédent de plus de 100 millions de Fcfa. Au moment où ces bons résultats sont observés, c’est là que des attaques se font et des sons discordants s’entendent. On entend certains se plaindre de leurs droits qui l’élèvent à 35 000 Fcfa. Moi, je vais dans les bars, les maquis et autres points chauds, il y a des artistes que vous n’entendrez jamais, mais ce sont eux qui se plaignent à longueur de journée. Alors, qu’ont-ils fait pour avoir 35 000 Fcfa. Moi-même, en tant qu’auteur, cette année, je n’ai eu que 1350 Fcfa. Nous sommes tous logés à la même enseigne parce que je ne fais pas de grandes émissions publiques. Nous ne récoltons que ce que nous semons. Nous avons une directrice générale dynamique et forte, alors, des ennemis tapis dans l’ombre actionnent des leviers pour la casser afin d’avoir accès au Burida et piller notre maison commune. Il faut que les artistes parlent à ceux qui veulent discréditer leur maison qui est aujourd’hui cotée au niveau mondial. Artistes, mettons-nous ensemble pour lutter contre le désordre !

Propos recueillis par
SERGES N’GUESSANT

Lu 193 fois Dernière modification le mardi, 28 août 2018 12:13