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Le général Krouma Mamadou (CILAD): ‘’Il faut un nouveau cadre juridique régissant la répression de la drogue’’

jeudi, 23 août 2018 08:58
Le général Kourouma Mamadou, secrétaire exécutif du Comité interministériel de lutte anti-drogue. Le général Kourouma Mamadou, secrétaire exécutif du Comité interministériel de lutte anti-drogue. Crédits: DR

Le secrétaire exécutif du Cilad nous indique ses attentes pour rendre la lutte efficiente.

Comment s’organise la lutte contre la drogue en Côte d’Ivoire ?

Elle se mène sur deux axes. Le premier consiste en la réduction de l’offre par la répression et le second, en la réduction de la demande, à savoir la prise en charge de l’usager de drogue lui-même. Le Cilad est chargé de coordonner toutes les activités qui entrent dans le cadre de cette lutte. Que ce soit au niveau des services de répression de la police, de la gendarmerie, des Eaux et forêts, des douanes et la police maritime, que pour la prise en charge dans les hôpitaux, les Ong, nous coordonnons toutes ces activités.

Comment la Côte d’Ivoire est-elle devenue une plaque tournante du trafic de drogue ?

Elle a commencé par être d’abord une zone de transit. La drogue passait par la Côte d’Ivoire à cause de son accessibilité, de sa situation géographique. La drogue passait donc par la Côte d’Ivoire pour aller ailleurs. Mais aujourd’hui, ce pays est devenu une zone de trafic. C’est-à-dire que le commerce de la drogue s’y exerce. La Côte d’Ivoire est devenue un marché de consommation.

Comment expliquez-vous ce changement ?

Il faut savoir que la drogue est d’abord un phénomène de société. Elle n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Son commerce se fait partout dans le monde parce qu’il génère beaucoup d’argent. Le trafic de drogue est parmi les premières sources de financement du terrorisme.

Dans le cas de la Côte d’Ivoire, quelles sont les drogues qui sont les plus consommées ?

C’était le cannabis qui était le plus consommé en Côte d’Ivoire. Mais aujourd’hui, tous les types de drogue sont consommés dans le pays : les drogues classiques, à savoir le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, mais on assiste à une grande consommation des drogues émergentes qui sont des combinaisons de substances qui deviennent des drogues dangereuses. Ces drogues émergentes, ce sont les amphétamines, les métamphétamines et le Tramadol qui est encore plus dangereux. Le Tramadol n’est pas une drogue en soi. C’est un médicament coupe-douleur qui se vend en pharmacie, mais avec un certain dosage. En comprimé, il est de 0,50 mg ou 50mg et en ampoule injectable, de 10mg. Aujourd’hui, nous retrouvons sur le marché noir ou dans la rue, du Tramadol comprimé dosé à 120, 200 voire 300 mg. Hors de la Côte d’Ivoire, on trouve même des comprimés dosés à 500 mg. Ce qui en fait une drogue très dangereuse que nos enfants consomment. Le comprimé est à 100 f. il est donc accessible et très disponible.

Pourriez-vous donner des chiffres qui situent sur l’ampleur du phénomène ?

Pour toute l’année 2017, il y a eu une saisie de 26 kilogrammes de Tramadol en Côte d’Ivoire. Rien que sur le premier semestre de 2018, nous en sommes à plus de 38 tonnes. C’est préoccupant et nous devons en prendre conscience et redynamiser la lutte.

Comment y arriver ?

Il y a déjà un cadre juridique qui existe. Des dispositions législatives ont été prises ainsi qu’un cadre réglementaire. Nous avons aussi des structures de lutte, de formation et de coordination. La plus importante est le Cilad. Les structures de prise en charge sont en train de se mettre en place petit à petit. La lutte est donc possible. Il faut seulement continuer, il faut la dynamiser pour aller de l’avant.

Quels sont les besoins qu’exige cette redynamisation ?

Il faut un nouveau cadre juridique régissant la répression de la drogue. La loi portant répression de la drogue de 1998 a montré quelques limites. Il faut également un plan national intégré de lutte contre la drogue, un appui aux structures de lutte. Dans le milieu de la drogue, les trafiquants sont très riches, énormément équipés et si nous n’avons pas le minimum pour mener cette lutte, elle sera très difficile.

Propos recueillis par
Théodore Sinzé

Lu 446 fois Dernière modification le jeudi, 23 août 2018 13:34