Fraudeurs aux élections : Comment ils opèrent

lundi, 15 avril 2013 21:29

[15/04/2013. 23h00]Ils sont nombreux les candidats qui crient à la fraude pendant les campagnes et surtout après le vote et qui ne maîtrisent pas les techniques des fraudeurs.

 

La technique du 1er sacrifié

Elle marche à merveille dans les endroits où les électeurs, bien souvent analphabètes, ne savent pas voter. Le 1er qui entre dans l’isoloir en ressort avec son bulletin dans la poche et met l’enveloppe ou un autre papier dans l’urne. Le bulletin est ensuite remis au votant suivant en prenant le soin de bien cocher la place réservée à cet effet. Cette fois, il glisse le bulletin à lui remis dans l’urne et ressort avec son propre bulletin. Et ainsi de suite. L’objectif est de voter correctement en limitant au maximum les marges d’erreur.

Le vote anticipé

Des responsables de parti politique visitent nuitamment leurs militants à qui ils remettent des bulletins de vote. Ceux-ci cochent l’espace de leurs candidats. Le jour du vote, ces bulletins sont soigneusement rangés dans la poche des pantalons pour les garçons et les soutiens-gorge ou la sacoche pour les femmes. Il ne reste alors qu’à les déposer dans les urnes le jour du vote. Pour y remédier, les Présidents des bureaux de vote, les assesseurs et les représentants des candidats signent sur le bulletin avant de le remettre aux candidats. Les présidents de bureau corrompus estiment que cela rallonge la procédure de vote. Et bonjour la fraude.

Le brigandage

Il a généralement lieu lors des dépouillements. Lorsque la balance penche vers l’adversaire, le représentant du candidat qui sent la défaite de celui-ci ; appelle son candidat pour lui faire le point. Avant la fin des dépouillements, le bureau de vote est assailli par des loubards, et autres qui cassent tout. La Cei en est saisie. Mais on ne sait pas par quelle magie, les procès-verbaux (Pv), même quand ils ne sont pas signés par tous les représentants des candidats, sont parfois validés et un vainqueur est proclamé. Ce qui, naturellement, occasionne des mécontentements et des violences. Il existe aussi des cas où le représentant du candidat n’admet pas, par mauvaise foi, sa défaite et refuse de signer le Pv.

Intimidations et menaces

Généralement, elles ont lieu dans le pays profond où les autochtones sont nombreux. Depuis les législatives, des partis qui non seulement appellent au boycott des élections du fait de leur refus d’y prendre part, mais aussi ne restent pas inactifs. Outre les Sms, c’est parfois des menaces qu’ils envoient à leurs parents, amis, connaissances et militants. Il y en a qui effectuent même le voyage dans la région. Ils élisent domicile dans des hôtels. Comme ce fut le cas lors des législatives passées à Gagnoa. Du matin au soir, ils vont de village en village pour mettre à exécution leur plan de boycott actif. L’objectif affiché est de faire en sorte que le taux de participation soit très bas, pour accréditer la thèse qu’ils sont majoritaires dans le pays.

La technique du cellulaire

Dès que le votant, un analphabète, bien souvent, fait son entrée dans l’isoloir, il reçoit un appel au cours duquel le processus de vote lui est expliqué afin qu’il sache voter. Lorsqu’après plusieurs plaintes, la Cei a interdit les portables dans les bureaux de vote, les fraudeurs n’ont, pour autant, pas mis fin à leurs sales besognes. Maintenant, ils procèdent par Sms en camouflant le téléphone avant d’entrer dans le bureau de vote. Surtout que par les nouvelles technologies, le votant peut recevoir des images (par exemple la photo du candidat et l’emplacement de la croix devant le candidat) sur son mobile. Comme quoi, les nouvelles technologies ont aussi leurs travers qu’il faut savoir gérer.

Le vote des morts

Le lièvre a été levé par Francis Vangah Wodié, président du Conseil constitutionnel, au point de presse au cours duquel il a annoncé que son institution a invalidé 11 circonscriptions électorales et ce, après les législatives partielles. Entre autres griefs, il avait révélé, au grand étonnement de la presse, qu’il y a des endroits du pays où les morts ont voté. Confirmant ainsi ce que d’aucuns qualifiaient jusque-là de rumeur. La technique consiste à remettre les cartes de vote de personnes décédées à celles qui n’en n’ont pas. La mayonnaise prend parce que les présidents de bureau de vote, les assesseurs et autres représentants de candidat ne prennent même pas la peine de vérifier que le vrai détenteur de la carte dont le nom figure sur la liste électorale, n’est pas la personne qui est en face d’eaux. Il suffit, pourtant, de regarder la photo de la carte d’électeur et le visage du votant. De petits détails aux graves conséquences.

La corruption

Ce mal pernicieux qui gangrène la société ivoirienne a ses métastases dans tous les secteurs notamment pendant la campagne et lors des dépouillements. On raconte que certains candidats ont pour stratégie principale de corrompre des électeurs (achat de conscience), le président du bureau de vote, les assesseurs et les représentants de candidat. A ces derniers, on offre de l’argent et même la nourriture de la journée, le jour de vote.

Sylvain Namoya

 

Les mesures de la Cei contre la fraude

La Commission électorale indépendante est consciente que la fraude est capable d’annihiler tous les efforts déployés, si rien n’est fait pour la juguler. Inza Diomandé, secrétaire permanent adjoint et porte-parole, explique les dispositions prises par l’institution en charge des élections en Côte d’Ivoire.

Pour lui, les mesures prises par la Commission électorale indépendante se situent à   quatre niveaux.

Recrutement des agents de BV

Pour ce qui est du recrutement des agents des bureaux de vote.  Selon le porte-parole,  les agents des bureaux de vote dans l’ensemble des circonscriptions électorales, doivent être des fonctionnaires de l’Etat de Côte d’Ivoire. Il affirme que leur recrutement se fait de manière transparente et impartiale, à partir des listes fournies  en majorité par les inspections de l’Education nationale. Après le choix, Inza Diomandé indique que ces fonctionnaires sont réquisitionnés par le corps préfectoral. Ensuite, ils sont formés en fonction de la tâche à accomplir.

Présence des représentants des candidats

Concernant le déroulement du scrutin, la Cie exige qu’un représentant de chaque candidat soit admis dans le bureau de vote, pour en surveiller la régularité.

Copie des résultats remise aux représentants

Au cours de la procédure de proclamation des résultats dans les bureaux de vote après fermeture à 17h, le dépouillement et le décompte, selon le porte-parole, se font en présence des représentants de tous les candidats. « Le résultat du vote est proclamé solennellement par le président du bureau de vote et une copie de ce résultat est affichée dans le bureau de vote, pour pouvoir être consulté par tous. Mais surtout, il est remis à chaque représentant présent de candidat, une copie originale du procès-verbal de dépouillement qui contient le nombre de suffrages recueillis par candidat », souligne Inza Diomandé.

Transfert des résultats sous escorte.

Pour le transfert des résultats des bureaux de vote à la commission électorale locale, il indique qu’il s’effectue sous   escorte sécurisée par les forces de l’ordre. «  Il faut noter que la Commission électorale locale est tenue de compiler les résultats de tous les bureaux de vote de la circonscription électorale, afin de déterminer le suffrage total recueilli par chacun des candidats. Cette séance de compilation est ouverte aux représentants des candidats, aux observateurs et au public. Le résultat de la circonscription est proclamé par le président de la Commission locale et  y est affiché. Une copie originale du procès- verbal est remise au représentant de chaque candidat », rappelle-t-il. Le porte-parole fait également remarquer qu’une copie, dans une enveloppe scellée et estampillée, est transmise aussi,  à la  Commission électorale centrale, au ministère d’Etat, ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et à la Cour suprême.

 Brou Presthone

 

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