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Culture du café: La production en déclin dans la région du Tonkpi

lundi, 14 août 2017 23:42
Culture du café: La production en déclin dans la région du Tonkpi Crédits: DR

L’ouest montagneux est reconnu comme une zone de production de cerises de qualité. Cependant, cette réputation est menacée par divers facteurs.

« Cela fait plus de vingt ans qu’il n’existe pas de nouvelles créations de parcelles de caféiers dans la région. Plus grave, celles qui existent, un héritage laissé par les grands parents, connaissent une reconversion. Transformation en plantations de cacaoyers par les uns, en plantations d’hévéas par les autres », fait observer Moussa Bamba, chef de zone de l’Agence nationale pour le développement rural (Anader) à Biankouma.

Au titre de l’année agricole 2016, selon les statistiques de la direction du Conseil du café-cacao de Man, seulement 18.000 tonnes de café ont été récoltées dans la région du Tonkpi et commercialisées aux ports de San Pedro et d’Abidjan contre 40.000 tonnes de cacao produites dans la même période.

Par ailleurs, une opération d’identification et de recensement des paysans effectuée dans la période de 2007 à 2010 par l’Union inter régionale des coopératives agricoles de l’ouest révèle que sur les 46.000 ha de cultures pérennes (Café et cacao) recensés appartenant à 16.103 paysans, 20.000 ha sont des caféiers.

Un verger très vieillissant

Le constat est donc net dans la région du Tonkpi, la culture du café est en nette régression. Sa production aussi. À l’origine de cette baisse drastique, le vieillissement des vergers qui, pour la plupart, sont âgés de plus de soixante ans. La longue crise traversée par la Côte d’Ivoire a aussi contraint de nombreux paysans à abandonner leurs plantations.

La troisième raison est surtout liée à la chute vertigineuse du prix bord champ du kilogramme de café dans la région du Tonkpi, dans la période de 2002 à 2009. Un prix bord champ qui oscillait entre 50 et 150 francs Cfa/Kg. La conjugaison de ces différents facteurs ont fini par décourager les paysans.

Un amour du café qui remonte à 1939

Pendant plusieurs décennies, le café est demeuré la principale culture de rente des populations de l’ouest montagneux. Particulièrement, celles de la région du Tonkpi. Du fait de la végétation constituée de forêt dense, un climat favorable, marqué par une bonne pluviométrie et un sol naturellement fertile.

Les populations autochtones Dan découvrent la culture du café dans le courant de l’année 1939. Ce, à la faveur de l’avènement de l’implantation de l’antenne de l’Office français de recherche d’outre-Mer (Orstom) section, café-cacao, à Man. Chef-lieu du grand cercle de Man. C’était pendant la période coloniale.

Au commencement, de 1939 à 1950, la culture du café dans la région était exclusivement réservée aux colons français et européens. Les populations autochtones servaient simplement de main-d’œuvre dans les différentes plantations de caféiers créées à Man et ses environs.

De 1950 à 1960, les chefs charismatiques de villages et de cantons sont invités à s’investir dans la culture du café afin de pouvoir aisément payer la taxe de « capitalisation ». À Man, on se souvient encore de la plantation de caféiers « niklauss », couvrant plus de 140 ha, créée en 1940 par un exploitant agricole allemand. Un vaste verger situé à Dompleu, dans la commune de Man.

Sur cette exploitation agricole, une partie du café récolté était transformée sur place en boisson et l’autre, destinée à l’exportation vers l’Europe. C’est en 1963 que le président Houphouët-Boigny lègue la plantation de café « niklauss » aux anciens combattants de la 1ère et 2e guerre mondiale résidant à Man.

Arabica et Robusta

L’arabica et le robusta sont les principales variétés cultivées dans la région du Tonkpi. Pendant plusieurs décennies, le café a constitué la principale culture traditionnelle de rente des paysans dans cette région. Le café produit dans l’ouest montagneux, en particulier dans le département de Biankouma est, selon les spécialistes, très prisé sur les marchés internationaux. Du fait de sa saveur, son arôme particulier, de la grosseur et de la couleur vertor des cerises.

Dans le Tonkpi, Biankouma représente le relief le plus accidenté dans cette région des Montagnes. C’est donc en altitude, aux flancs ou aux sommets des montagnes constituées d’énormes rochers granitiques que sont créées les plantations de caféiers. C’est grâce à l’air frais des sommets des montagnes et aux sels minéraux particuliers contenus dans les rochers granitiques de ces montagnes que le café produit à Biankouma a cette saveur et valeur particulières.

À titre d’illustration, pendant la campagne agricole écoulée (2016), le prix d’achat bord champ du kilogramme de café était fixé à 750 francs Cfa. Cependant, à Biankouma, à travers les campagnes, des acheteurs n’ont pas hésité à acheter le kg de café à 800 ou 900 francs Cfa.

« Le café en provenance de la région des montagnes est très prisé en Europe et à travers le monde entier. Les paysans doivent être encouragés et appuyés, afin d’en produire davantage. Il est également temps et nécessaire de penser à promouvoir le label ‘‘Café de l’ouest’’ », a déclaré Doua Blondé Obed, président de l’Union interrégionale des coopératives agricoles de l’ouest (Uucao).

HONORÉ DROH
CORRESPONDANT RÉGIONAL