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Côte d’Ivoire : Souvenons-nous des 30, 300 et 3 000 morts

mardi, 14 août 2018 15:40

Appolinaire Assa Yapi journaliste dans cette contribution appelle les Ivoiriens à s’engager résolument sur le chemin de la réconciliation, de la paix.

Côte d’Ivoire : Souvenons-nous des 30, 300 et 3 000 morts

Il y a un plus de 10 ans, le général Mathias doué, face au risque d’embrasement en Côte d’Ivoire, déclarait à peu près ceci : « Le boycott actif de l’élection présidentielle de 1995 a causé environ 30 morts. Les violences suivant l’élection présidentielle de 2 000 ont fait 300 morts. Si nous n’y prenons garde, je crains que ce chiffre ne progresse à la même échelle en cas de résurgence de la crise ».

C’est-à-dire, le nombre de morts multiplié chaque fois par 10. Comme une vision, ça n’a pas raté ! En 2011, la crise postélectorale s’est soldée par 3 000 morts. Et si on suit la logique de la ‘’vision’’ du Général doué, rappelé à dieu le 23 mars 2017, il faut s’attendre à 30 000 morts au sein de la population ivoirienne, si jamais une nouvelle crise venait à éclater. Je touche du bois. Je rappelle ce calcul arithmétique macabre parce que je ne veux pas me faire complice de l’histoire.

Je joins ma modeste voix à celles des Ivoiriens qui ont de la mémoire et qui tirent la sonnette d’alarme, parce que les mêmes causes qui ont produit les effets dévastateurs d’hier, sont en train de refaire surface. J’ose rappeler cette mise en garde historique du Général Mathias doué parce que j’entends à nouveau, depuis quelque temps, au rythme du déchirement fratricide, en particulier  entre le Pdci et le Rdr, ce discours de la haine communautaire, de la haine tribale et du repli identitaire.

Je vois resurgir, je lis et j’entends ce discours de la haine de l’autre où l’on présente le frère d’hier devenu l’adversaire politique aujourd’hui comme un ennemie à abattre, comme un « envahisseur étranger » dont il faut « se débarrasser ». Je commence à sentir souffler encore ce vent glacial de stigmatisation de l’étranger vivant en Côte d’Ivoire qui se voit pointé du doigt comme la cause de tous nos malheurs. Et je vois défiler à nouveau dans mon esprit toutes ces images hideuses de cadavres, de charogne jonchant les rues d’Abidjan en avril 2011. Albert Einstein, pour définir la folie, disait en substance ceci : « La folie, c’est de faire les choses toujours de la même manière et d’attendre des résultats différents ».

Autrement dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et le ‘’fou’’ l’apprend à ses dépens. Quand on a traversé divers types d’épreuves, vécu diverses expériences et qu’avec un peu de recul, on se souvient des 3 000 morts causés par la culture et l’apologie de la haine de l’autre dans les luttes fratricides, « on ne refait pas l’expérience de la bile de caïman », comme j’aime à le dire. Certains justifient la radicalisation langagière et les débordements du moment par l’impérieuse nécessité de se battre pour rendre aux Ivoiriens leur liberté en « chassant du pouvoir » Alassane Ouattara qui, pourtant, affirme et réaffirme sa décision de passer la main en 2020.

Tout comme quand on bande les muscles pour défoncer une porte déjà ou verte ; et ce, en l’espèce, au risque d’entrainer parmi nous 30 000 nouveaux morts, comme l’a craint, avant sa mort, le Général Mathias doué. D’accord pour, chaque jour, un peu plus de liberté pour les Ivoiriens, mais des Ivoiriens vivants et non morts. Sinon, quelle liberté pour un cadavre ? Pour être libre, il faut bien exister d’abord! C’est ici que je voudrais rappeler à notre mémoire cette belle pensée de Léon Blum, cet homme d’état français, figure de proue du parti socialiste, qui disait : « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l’existence ».

APPOLINAIRE ASSA YAPI

Communicant, Journaliste

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