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Charles Blé Goudé aux Ivoiriens: « Nous sommes obligés de réinventer notre avenir ensemble » (Déclaration intégrale)

mercredi, 27 mars 2019 14:19

Première sortie officielle de Charles Blé Goudé, ce mercredi 27 mars 2019, après son acquittement par la Cour pénale internationale (Cpi). L’homme s’adresse aux Ivoiriens dans un langage empreint d’émotion et surtout d’espoir en un avenir meilleur. Ci-dessous l’intégralité de son adresse.

« Je peux m’adresser à vous en homme lire…. Si le fil du dialogue a été rompu dans les circonstances que vous savez (...)

Nous sommes obligés de réinventer notre avenir ensemble. C’est ce dialogue que je renoue avec vous tous, sans exclusive. Quelle qu’a été votre opinion sur ce que j’ai vécu. Que vous m’ayez accablé, que vous n’ayez jamais vacillé dans la confiance placée en moi, je suis heureux de me retrouver en votre compagnie en homme libre.

Je conçois que dans notre pays balloté, martyrisé par une tempête si féroce, chacun a eu mille raisons d’être mécontent. Et de se laisser gagner par la rage et la haine. Pourtant, ici et maintenant, mon message à votre endroit est d’abord un message d’apaisement. Ensuite, ce que me dicte mon cœur, en ce moment, c’est de vous dire toute mon affection, ma singulière et profonde affection.

En vous l’exprimant, je ne vous rends qu’une infime partie du soutien et de l’immense amour que vous m’aviez témoigné pendant ma détention (…) Je suis entré en prison nu, j’en sors l’esprit en paix, le cœur plein d’amour et les bras chargés de ce que vous m’avez offert. Dans cette séquence comment oublier mes sœurs et mes frères de la diaspora ivoirienne, ces gens formidables qui nous ont apporté leur soutien….

Aussi cruelle qu’a été l’épreuve que nous avons vécu, fidèle à mon engagement de ne jamais être du mauvais côté de l’histoire, je n’encouragerai aucune tentation de vengeance ni aucune velléité de revanche, parce qu'en définitive de vengeance en vengeance, de revanche en revanche cela ne fera que précipiter notre pays dans l’abîme, dans le chaos. Bref, dans un déclin irréversible.

En revanche, je suis disposé à encourager toutes les initiatives en faveur de l’édification d’une société qui sache tirer les leçons de son passé douloureux. Pour moi, même si les circonstances de l’histoire nous ont imposé cette crise qui a retardé le développement de notre pays et qui continue d’endeuiller de nombreuses familles, nous ne sommes pas obligés de prolonger ce conflit. Ne nous y trompons jamais, les sociétés qui avancent, les pays qui engrangent d’importantes victoires sur le marché concurrentiel, sont ceux qui savent tirer tous les enseignements des événements douloureux qui jalonnent leur histoire et forgent leur communauté de destin.

Chers compatriotes,

Mon engagement pour la paix et la réconciliation n’obéit à aucune démarche intéressée ni à aucune tactique politicienne. Il est sincère et appuyé de conviction forte ayant pour but de faire grandir notre pays.

En effet, au regard de notre actualité socio-politique, chaque jour, les murs de méfiance gagnent en épaisseur et en hauteur. Le fossé social continue de se creuser avec une obstination que rien ne semble arrêter. Et manifestement vous semblez à nouveau habiter par la peur. Cette grande hantise qui accompagne comme d’habitude les processus électoraux ivoiriens semble encore de retour. Est-ce une fatalité ? Non. Absolument pas. Une simple observation permet de comprendre  dans les pays présentant le même profit que le nôtre, où toutes les énergies sont organisées et tendues vers le développement, sont ceux dans lesquels ont été résolues les crispations, les tensions et les conflits relatifs aux faits démocratiques. Un exemple. Au Ghana voisin, l’organisation des élections est aujourd’hui un fait banal de la vie nationale.

Chers frères, chères sœurs,

Chacun doit comprendre que le fonctionnement de notre démocratie naissante doit se faire autour de règles impartiales, au service de la quiétude des populations.

Nous devons travailler à doter notre pays d’institutions fortes et crédibles qui puissent traverser le temps. Et non des institutions assujetties aux intérêts immédiats de partis au pouvoir. Est-ce si difficile comme au Ghana d’arriver à une normalité électorale ? Certainement pas d’autant plus que les problèmes qui empêchent nos élections d’être incontestables, sont connus de tous. Ne manque que l’engagement pour les acteurs politiques ivoiriens, les plus en capacité de changer les choses, d’accepter d’associer leur nom à l’histoire de ce pays. Malheureusement, ils s’en trouveront pour se moquer d’un tel rêve.

C’est aussi cela la diversité d’opinions que je respecte. Des postures du moment et d’une absence de projection vers le futur. Permettez-moi encore d’insister et d’espérer qu’avec un peu d’engagement, de bonne volonté et de détermination, les fils et les filles de la Côte d’Ivoire, se parlent de nouveau pour ramener notre pays sur les rails de la paix, gage de tout développement. Ainsi, nous pourrons envoyer à tous nos partenaires extérieurs que nous sommes « the best place » où investir en toute confiance. Notre pays en a besoin.

En ce qui me concerne, je ferai ma part. Et comme je l’ai toujours répété, je serai un instrument au service de la paix et de la réconciliation dans mon pays. Savoir reconnaître ses erreurs, assumer ses responsabilités, voilà la voie vers la rédemption. De fait quel que soit ce que chacun d’entre nous aura vécu, nous devons apprendre à nous pardonner les uns les autres….

Pour moi, le pardon est une étape inévitable à la reconstruction d’une Côte d’Ivoire nouvelle. Une telle démarche serait la démonstration de notre grandeur d’âme, l’âme ivoirienne. Elle est aussi et vous en conviendrai avec moi, l’un des plus grand signe d’espoir. Ensemble, nous devons construire notre pays dans le respect de nos différences de religion et de provenance géographique. Tout comme nous devons inscrire notre engagement dans une culture de politique sans haine, débarrassée de toutes violences et surtout loin des armes.

A cet égard, je voudrais affirmer qu’aucune ambition politique, aussi noble soit-elle n’est au-dessus de la vie des Ivoiriens. A mes yeux, ce sont nos différences qui enrichissent le débat politique et confèrent à la démocratie toute sa beauté et tout son sens.

Chers compatriotes,

Il est vrai que ma détention a été physiquement éprouvante. Cependant, elle n’a aucunement altéré mon moral. D’ailleurs l’espoir de nous voir tous unis de nouveau dans notre beau pays ne m’a jamais quitté….

Propos retranscrits par Salif D. CHEICKNA

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