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Une capitale pleine de boutiques… : Nouakchott, une ville… de Mauritaniens

samedi, 25 août 2018 16:12

Le désert, le commerce et le commerce.  En Mauritanie, chaque famille a un commerce, une boutique.

Une capitale pleine de boutiques… : Nouakchott, une ville… de Mauritaniens

Bienvenue en Mauritanie. La pancarte à l’aéroport est en arabe. Un douanier se charge de la traduire pour nous. La Mauritanie, pays francophone et aussi arabe, utilise un peu moins la langue de Molière.  On parle beaucoup plus d’ailleurs le maure, langue locale.

Nous sortons de l’aéroport, le regard pointé sur un mouvement peu ordinaire des passagers en partance. Ici, les passagers qui embarquent et débarquent, se côtoient pratiquement. Petitesse de l’aéroport oblige… C’est lorsque nous quittons le pays que nous comprenons qu’après l’enregistrement, les passagers doivent soulever leurs bagages pour les envoyer aux employés chargés de les mettre dans la soute. D’habitude cette opération se fait avec des trains de bagages automatiques. « Nous en avons mais c’est en panne, » nous dit un policier.

L’aéroport est à quelque quarante kilomètres de la ville. Quarante kilomètres sur une autoroute 2 fois deux voies, droite comme un pilier. il n’y a pas de virage.« Nous sommes en plein désert et il n’y a pratiquement pas d’obstacles à dévier», nous dira un ingénieur en travaux publics. Nous l’avons trouvé sur un des nombreux chantiers de la ville. Nouakchott, il faut le dire est en pleine construction. Notre ingénieur en est tout heureux. « C’est une vieille ville mais depuis que nous avons le pétrole, le bâtiment et les infrastructures routières ont le vent en poupe ».

Le pétrole ? La manne du pays.

La Mauritanie est devenue productrice de pétrole depuis 2006. Un matin, une information a emballé tout le pays. Un gisement de pétrole a été découvert dans l’océan atlantique, aux larges des côtes du pays. Joie dans le pays. Désormais, la Mauritanie peut compter sur les devises du pétrole. et peut aussi produire de l’électricité pour son industrie. Autre information importante, des gisements de gaz ont aussi été trouvés, cette fois sous des eaux que le pays partage avec le Sénégal. Un accord a été signé en février dernier entre les deux pays qui permettra l’exploitation du gisement gazier offshore commun, baptisé « Grand Tortue-Ahmeyim », riche de 450 milliards de mètres cubes. Dakar et Nouakchott peuvent donc compter sur d’importantes quantités de gaz à prix négocié destinées à faire tourner leurs centrales électriques hybrides (fuel-gaz) alimentées aujourd’hui uniquement au fuel plus coûteux. Bref, la Mauritanie compte aujourd’hui parmi les pays ayant des revenus attractifs.

Plus facile de bitumer une rue que de planter un arbre.

Sur les quarante kilomètres à parcourir pour rencontrer les premières habitations, nous l’avons dit, des travaux, rien que des travaux. L’essentiel consacré à la voirie. Nous avons marqué un arrêt pour échanger avec celui qui dirige les travaux de construction d’une voie parce que l’ossature de la route nous a paru étrange. « Je vous comprends. Chez vous on travaille beaucoup le terrassement parce que vous avez un sol humide. Ici, nous sommes en plein désert. » En gros, à Nouakchott, on dégage le sable, et on met le bitume. Selon l’ingénieur, une route ici coûte trois fois moins cher que si elle était faite à Abidjan.

Par contre je les ai vus souffrir pour planter les arbres destinés à ombrager la voie. Ils vont chercher loin, très loin, de la terre fertile. Puis de l’eau qu’on trouve aussi loin. Puis ils font des trous d’au moins un mètre de profondeur et d’épaisseur moitié. « On fournit à l’arbre une bonne quantité de terre fertile. Ce qui nous oblige à des trous profonds et épais ».Ces différents va et vient sont faits avec des camions qui consomment beaucoup de carburant. « En fait en côte d’Ivoire, c’est le mouvement de transport de sable et gravier, avec l’achat, qui font que vos routes sont chères. Chez nous, ce sont les arbres », conclura l’ingénieur. Qui a déjà travaillé sur des sols tropicaux. Planter un arbre ici, tout  labeur…

Le plus gros arbre ? Moins d’un mètre de hauteur

Nous avons visité Nouakchott avec un guide. En plein désert, il a eu un besoin pressent. « Quand on va trouver un arbre, j’irai me soulager », a-t-il dit. Il y a des arbres ici » ai-je demandé. Depuis des heures, nous ne voyons que des dunes, du sable à perte de vue. Mais oui qu’il y a des arbres. Qu’est-ce que vous croyez ?

Quand notre guide trouve un arbre, il nous fait signe. Où il est, ton arbre ? Là, devant vous devant nous ? En pleine forêt, on parlerait d’une touffe d’herbe.  En tout cas, pas d’arbuste. « Ce sont nos arbres». No comment.

A la plage, tous bien habillés

Nouakchott est en bordure de mer. Nous sommes allés à la plage. Disons visiter la plage. Sable fin, superbe vue, propreté impeccable. Quelque particularité ? Ici, tout le monde est… tiré à quatre épingles. Boubou, tenue de sortie pour les femmes, pantalon pour les jeunes. On déguste le thé, du très bon thé, on devise et on rentre. En général, on ne se baigne pas. On fait quelques selfies avec des chameaux.

Des boutiques partout

A Abidjan, boutique est synonymie de mauritanien. Le mauritanien du quartier, c’est le boutiquier. A Nouakchott, on peut comprendre cette propen sion à ouvrir des superettes un peu partout. La ville est semée de magasins. « Nous avons une culture commerçante. On aime pas trop le travail de bureau », dit notre guide. « Les critères de réussite sociale sont cramponnés encore sur ce qu’il y a dans ton magasin. Achalandé ou pas, tu es considéré dans la société», précise-t-il. Conséquence, la Mauritanie est le plus gros ‘’exportateur’’ de commerçants en Afrique. On en trouve un peu partout. Chez eux, il va de soi que le commerce est entièrement entre leurs mains. « Ce n’est pas qu’on refuse que les étrangers fassent du commerce ici, mais comme c’est notre métier, on est plus performants et donc on a toujours une longueur d’avance dans ce secteur par rapport à celui qui vient d’arriver. »

Un quartier nait ? Il faut installer une boutique avant l’arrivée des habitants

Les mauritaniens ont une stratégie pour imposer leurs boutiques. A la naissance d’un quartier, ils précèdent les habitants. Ils occupent les endroits les mieux placés et installent leurs magasins. « C’est coûteux et parfois ennuyeux mais ça paye. Quand le quartier se peuple, ton magasin devient le plus fréquenté. » Cette approche fait qu’il est difficile de leur faire une concurrence. La stratégie est aussi utilisée à Abidjan. Les mauritaniens ont toujours les meilleurs magasins pour installer une boutique dans un quartier.

Comment s’habiller ! En toutes les occasions, une seule façon : En boubou. On a le choix entre le bleu ou le blanc, le tissu ou le Basin

Quels sont les goûts des mauritaniens en matière d’habits ? Inutile de payer un billet d’avion pour le savoir, si vous êtes à Abidjan. Le mauritanien de Nouakchott s’habille pratiquement comme son frère de Côte d’Ivoire. Boubou, sarouel et turban. Et ce, en toutes les occasions.  Une seule façon : quand on erre à Nouakchott, on ne rencontre que des boubous. Le choix est fait entre le boubou  bleu ou  blanc, cousu en tissu ou avec du  bazin. Idem pour le sarouel (pantalon unisexe porté sous les boubous) et turban, sorte de foulard pour contrer les vents. En Mauritanie, les turbans pour couvrir la tête sont de 4 à 5 mètres ! Quand le mauritanien veut bien se saper, il porte sous le boubou une chemise manche longue et une paire de souliers. Dans certains bureaux, quelques personnes portent des costumes. Mais c’est assez rare.

Les riches ont leurs boubous, les moins riches le leur.

Tout le monde s’habille en boubou « mais tout boubou n’est pas boubou » me disait un Ivoirien vivant à Nouakchott. Comment distinguer les riches ? Un peu comme à Abidjan pendant la tabaski. Ce sont les broderies, la couleur et la matière du tissu dans lesquelles est taillé le boubou, qui vont déterminer l’échelle sociale à laquelle appartient celui qui le porte. Les plus modestes se contenteront d’un boubou en coton simple, quand les plus aisés porteront un boubou maure au bazin damassé. un tissu qui se caractérise par une raideur, une brillance, et un coût élevé.

L’impact du désert

Cette façon de s’habiller s’explique. Le pays a un climat aride, fait de vents chauds et de nuits froides, Le boubou mauritanien est empreint des aléas de son milieu de vie. Vivre dans le désert a nécessité bien des adaptations, tant elle fait subir à la peau de mauvais traitements.  Pour se prémunir contre tous ces désagréments, les mauritaniens ont adopté le boubou, sarouel et turban. L’apanage idéal contre soleil et vents !

Facile de déshabiller une Mauritanienne, difficile de l’habiller.

Je n’ai pas eu à le faire lors de mon séjour mais je le suppose aisément. Déshabiller une mauritanienne doit être un jeu d’enfant. Sans exception, toutes les jeunes filles et toutes les femmes rencontrées, même dans les cérémonies de haut niveau, sont habillées à l’identique. Un long voile souple les enveloppe sans pour autant leur cacher le visage. Comme pour les hommes, le voile sert de protection contre toutes les agressions du climat. Sous ce voile, une robe décolletée doit donner de l’aisance aux mouvements féminins.

Quand vous voyez une Mauritanienne, ne pensez pas qu’elle vient de chez le couturier. C’est un tissu qu’elle a enroulé sur elle…

En fait, la tenue des femmes n’est autre chose qu’un long tissu, de 4 à 5 mètres, non cousu qu’il faut maîtriser comment s’en enrôler. Tout un art. Facile quand il faut se déshabiller. Elles plient ce long tissu en deux, sur un bord, pour faire deux petits nœuds. Puis passent la tête entre les nœuds, avant de  draper le reste du tissu autour du corps. Quand vous voyez une mauritanienne, ne pensez pas qu’elle vient de chez le couturier. C’est un tissu qu’elle a enroulé sur elle…

Bledson Mathieu

Envoyé spécial à Nouakchott

 

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