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Secteur de l’électricité : Industriels, particuliers, hôteliers... tous des fraudeurs !

mardi, 19 mars 2013 04:00
Un Compteur de la CIE Un Compteur de la CIE Crédits: Fraternité Matin

La fraude gagne du terrain.  à  Abidjan comme à l’intérieur du pays, le nombre de consommateurs peu scrupuleux s’accroît. Plus grave, toutes les catégories sociales se retrouvent désormais dans le lot.

Branchement direct sur le réseau, capot de moteur percé, Contournement du compteur sur le tableau, blocage de l’engrenage, pignons sciés ou décalés, création de terre artificielle pour échapper au compteur… Les techniques utilisées par les clients du réseau électrique ivoirien pour frauder sur leur consommation sont aussi multiples qu’ingénieuses. Et leurs auteurs sont tant à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Selon Alexis Kouassi, chef de département adjoint audit exploitation de la Compagnie ivoirienne d’électricité (Cie), 25% des abonnés d’Abidjan et de Bingerville sont des fraudeurs.

Et l’on les retrouve dans toutes les communes d’Abidjan. « En 2012, la direction du contrôle a contrôlé 10 300 clients dans toutes les communes d’Abidjan et de Bingerville et environ 30% d’entre eux étaient en anomalie (25% en fraude et 5% en anomalie technique). Selon lui, ce n’est pas seulement une catégorie d’individus qui fraude. « Le fraudeur s’appelle ‘’Monsieur tout le monde’’. Et il agit très souvent par l’intermédiaire de spécialistes, tels que les  électriciens privés, les  électriciens bâtiment, les agents des sociétés du domaine et même des agents licenciés de Cie », poursuit-il. Ajouté à la fraude, les pertes d’énergie liées à des anomalies techniques, qui sont d’environ 5%, font que le manque à gagner s’élève à 30% au moins. « Les anomalies techniques sont souvent liées à des compteurs défectueux, un blocage de disques de compteurs, un compteur décroché ou une bobine avariée », précise-t-il.

Les clients industriels

32 cas de fraude ont été constatés, en 2012, sur 1746 clients industriels contrôlés, soit environ 2% de fraudeurs. Un chiffre, certes, pas très élevé, mais qui, en termes de manque à gagner, est par contre important, selon Sanogo Abdoulaye,   directeur général adjoint de l’audit exploitation eau et électricité. « Un nombre réduit de fraude chez les clients industriels peut correspondre à un manque à gagner plus important qu’un nombre plus important chez les clients domestiques », explique-t-il.  Et Monsieur Kouassi de préciser : « Les 32 cas de fraude, chez les industriels, en termes de chiffres rappelés, c’est assez important. Puisque chez ces derniers, c’est un peu plus costaud. Cela fait à peu près 30% du montant global des rappels que nous avons faits. L’année passée, par exemple, nous avons facturé un client à 110 millions de F Cfa». La majorité des fraudeurs industriels ont été découverts en zone industrielle de Koumassi. Viennent, après, les zones industrielles de Yopougon, de Treichville et de San Pedro.

Les clients professionnels

La plupart des clients professionnels, à savoir boîtes de nuit, hôtels, boulangeries, blanchisseurs s’alimentent dans la fraude. Ils sont suivis des clients domestiques.  

« La fraude sur l’électricité est tellement développée en Côte d’Ivoire, notamment à Abidjan, que certaines personnes ont finalement l’impression que ce n’est pas un délit. Cela ne choque plus personne », regrette M. Kouassi Kouakou Alexis.

Des conséquences graves

La fraude sur l’électricité représente un danger permanent pour le consommateur lui-même, mais aussi pour ses voisins. Puisqu’elle engendre des surcharges sur les câbles. D’où les incidents  et autres sinistres récurrents, notamment les incendies  qui se déclenchent dans les quartiers. « La fraude est également à l’origine des baisses de tension importantes et de la destruction des équipements. Cela représente également d’énormes pertes financières pour le secteur de l’électricité, propriété à part entière de l’Etat de Côte d’Ivoire. Et aggrave, du coup, les contraintes de production », insiste, pour sa part, M. Sanogo.

La répression

La société concessionnaire du service public d’électricité a décidé de prendre le taureau par les cornes, dans la lutte contre la fraude. « Nous avons augmenté et renforcé nos équipes de contrôle interne et externe. Qui sont passées de 10 à 101, avec des moyens mobiles. Nous avons également créé de nouvelles structures avec des équipes de suivi opérationnel », explique M. Kouassi. Tout en indiquant que l’accent est également mis, depuis quelques mois, sur le renforcement des capacités des contrôleurs et l’amélioration du mode opératoire. Ainsi que sur les déconnexions des branchements anarchiques et frauduleux. Sans oublier les plaintes auprès des autorités judiciaires. « Certains cas de fraude font l’objet de plaintes auprès des autorités judiciaires surtout lorsque les préjudices sont des montants élevés ». Sans oublier le rappel des consommations estimées. « Le rappel de consommation se fait à partir de la courbe de consommation du client. S’il n’est pas possible de situer le début de la fraude à partir de la courbe de consommation du client, un forfait de 12 mois de consommation lui est facturé », poursuit-il.

Au dire du cadre de la Cie, lorsqu’après coupure pour  non-paiement des montants facturés, l’abonné ne s’acquitte pas de sa dette, le concessionnaire procède à la résiliation du contrat d’abonnement et utilise toute voie légale de recours pour obtenir le règlement de la dette.

Difficultés

Selon le chef de département adjoint audit exploitation de la Cie, le travail des agents de contrôle sur le terrain est entravé par d’énormes difficultés. Entre autres, l’accessibilité difficile à certains tableaux de comptage (modification des maisons qui emprisonnent les équipements), des disjoncteurs déplacés à l’intérieur des habitations, l’absence de clients au moment des contrôles, l’insécurité liée à l’activité de lutte contre la fraude (accès parfois impossible à certains quartiers, notamment périurbains).

A propos justement du contrôle, il indique que pour l’effectuer, l’équipe se rend chez le client, décline son identité (badge), présente son ordre de contrôle, lui indique, de façon courtoisie, qu’il s’agit d’un contrôle de routine du concessionnaire. « Elle procède aux vérifications du branchement (tous les éléments installés sur le tableau). Elle rédige un Pv de constat de l’anomalie signé par l’agent assermenté », poursuit-il. Tout en ajoutant que l’équipe peut également utiliser les services d’un huissier de justice pour le constat. Avant de faire signer le Pv par le client. Puis, les enquêteurs remettent alors une invitation au client à se rendre dans l’agence où il a fait son abonnement pour s’expliquer. Avant que n’interviennent ou pas, les sanctions.

Casimir Djezou

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À chaud : Danger à l’horizon

En 2012, sur dix mille clients visités, 30% étaient en situation de fraude. Tous les secteurs d’activité sont concernés : hôtels, boîtes de nuit, bars climatisés..., mais aussi des particuliers de toutes les classes sociales. Directeurs de société, hauts cadres dans l’administration, entrepreneurs,  habitants de quartiers précaires. Toutes les communes sont impliquées. La question de la fraude n’est donc plus l’apanage des quartiers précaires. Les méthodes de fraude ont également évolué. Branchements directs sur le réseau, tripatouillage du compteur ou déviation de celui-ci à partir du tableau. Manipulations qui se font avec le concours de spécialistes en électricité. Dont une partie, de toute évidence, a des liens avec la Compagnie ivoirienne d’électricité (Cie). D’anciens agents ou agents véreux licenciés, nous dit-on. Mais qui compliquent la tâche des contrôleurs parce que maîtrisant les rouages de la chose.

Il existe aujourd’hui des quartiers où les revendeurs d’électricité (branchés directement sur le réseau) menacent les populations désireuses de faire leur abonnement à la Cie). Des alertes sont lancées quand les contrôleurs sont annoncés. Certaines unités industrielles restent fermées quand les gérants ont vent de contrôle dans leur zone. L’un d’entre eux, épinglé l’année dernière, fait face actuellement à plus 100 millions de francs d’impayés de factures d’électricité.

Conséquence de tout cela : plus de 40 milliards de francs de pertes sèches supportées par l’Etat. Enorme pour un domaine qui peine à atteindre son équilibre financier. Si la fraude continue, le pire (aggravation des problèmes de production et de transport du courant) arrivera un jour. Et c’est tout le pays qui sera plongé dans le noir. Vivement ce nouveau code de l’électricité. Car des consommateurs sont en train de   scier la branche sur laquelle tout le monde est assis. Imaginons une journée sans électricité à Abidjan !

D G

 

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