Soja: L'IITA développe deux nouvelles variétés résistantes et performantes

jeudi, 12 février 2015 18:14

Des chercheurs de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), en collaboration avec l’Institut national de recherche sur les céréales (Badeggi), une agence intervenant dans le développement du soja au Nigeria, ont mis au point deux nouvelles variétés de soja résistantes à plusieurs maladies et donnant de très bons rendements. L'information est donnée par le journal en ligne Anglais spécialisé dans les informations en science et technologie.

Ces variétés, le TGx 1988-5F (NCRISOY-1) et le TGx 1989-19F (NCRISOY-2),  approuvées récemment par le Nigéria, pourraient contribuer à l’augmentation de la production et permettre de réduire considérablement  les importations de soja de ce pays.

Mohammed Ishaq, sélectionneur de soja à l’Institut national de recherche sur les céréales du Nigeria (NCRI), a expliqué à SciDev.Net que ces variétés qui ne sont pas des Organismes génétiquement modifiés (OGM), ont été développées à partir du croisement de différents parents de variétés de soja comme l'UG5, une lignée variétale d’origine ougandaise très résistante à la maladie de la rouille.

"Après le croisement des deux parents, les descendances ont été évaluées pendant six générations sur le terrain, en tenant compte du rendement potentiel de divers traits d'adaptation et de la résistance aux maladies", explique le chercheur.

"Par exemple, les descendants ont été cultivés auprès des plantes capables de propager la maladie sur les descendances sous test, de sorte que celles-ci sont exposées à la maladie. Les meilleurs des descendants de chaque croisement ont été sélectionnés et testés en outre dans les champs des agriculteurs afin de déterminer leur potentiel de rendement. Les deux plus performants ont ensuite été proposés pour la mise en culture générale."

Potentiel de rendement et résistance

Ranajit Bandyopadhyay, phytopathologiste principal à l’IITA, à Ibadan, au Nigeria, affirme que la  mise au point des deux variétés très performantes est une réponse à la menace toujours croissante de la rouille du soja et la nécessité d'améliorer la productivité du soja.

Le chercheur indique en outre que ces variétés ont un potentiel de rendement plus élevé que les autres variétés disponibles et possèdent une résistance à de nombreuses maladies foliaires, y compris la rouille.

Selon lui, les deux variétés sont résistantes à la rouille asiatique du soja (Phakopsora pachyrhizi), une redoutable maladie qui se propage petit à petit au Nigeria depuis 1999, où elle a été observée dans l'État d'Oyo.

La rouille asiatique du soja (Phakopsora pachyrhizi), arrivée en Afrique en 1996,  s’est propagée sur le continent par l'Ouganda, le Malawi, le Mozambique, le Rwanda, l'Afrique du Sud, la Zambie et le Zimbabwe.

Elle occasionne des pertes de rendement allant jusqu'à 80% par la défoliation prématurée et la maturation précoce des plantes.


Les deux variétés développées peuvent être récoltées au bout de 110 jours après le semis.

La variété NCRISOY-1, précoce, se récolte dans l’intervalle de 90 à 100 jours, tandis que le NCRISOY-2, un cépage à maturité moyenne, entre 101 à 110 jours.

Le rendement potentiel à l’hectare est d'environ 2,5 tonnes pour le NCRISOY-1  tandis qu’il est de 3,0 tonnes pour NCRISOY-2, avec respectivement 35% et 38 % de protéine brute et 18% d'huile.

"Seules trois nouvelles variétés développées par l'IITA et diffusées au Nigeria, possèdent une résistance à la maladie. D'autres sont très sensibles. Les variétés nouvellement approuvées portent des gousses plus élevées sur la plante rendant  possible la récolte avec des moissonneuses-batteuses. Ces deux nouvelles variétés vont offrir aux agriculteurs un nouveau choix pour la culture à haut rendement et la résistance des variétés de soja à la rouille", a expliqué Ranajit Bandyopadhyay.

Accès aux nouvelles variétés

Selon lui, le soja fournit des protéines bon marché, au prix abordable pour les pauvres, qui n’ont pas accès aux protéines animales ou ne peuvent pas se les permettre.

Il génère des revenus pour les agriculteurs, conserve également la teneur en nutriments du sol après la récolte et constitue également une culture industrielle servant comme matière première pour les industries alimentaires animales et du pétrole.

Le Nigeria produit, depuis 2013, plus de 850 000 tonnes de soja et est le seul pays en Afrique de l'Ouest qui commercialise une grande quantité de ce produit.
La demande de soja augmente en Afrique de l’Ouest. Cette augmentation est due à son utilisation pour l’alimentation des animaux (volaille, poisson), pour la fabrication d'huile et d'autres produits.

"Le rendement élevé de ces variétés se traduit par une plus grande productivité. Plus de rendements va conduire à une plus grande production de soja. La forte production locale de soja permettra de réduire la demande de soja importée", a déclaré Mohammed Ishaq.

Ranajit Bandyopadhyay souligne pour sa part que les agriculteurs peuvent avoir accès à ces variétés par les services de vulgarisation des pôles de développement agricole, ainsi qu’à travers les services nationaux des semences, les nouveaux projets comme N2Africa, USAID-Markets II et le programme de transformation du gouvernement, qui utilise de nouvelles variétés pour ses projets.

Du "pain composé" pour réduire la consommation de blé

Le pain composé est fabriqué avec des produits locaux incorporés au blé, à un taux variant entre 5 et 15%. Des tests concluants ont été organisés en 2012, avec des boulangers qui fabriquaient du pain avec 15% de produits locaux tels que le mil, le maïs, le manioc et le niébé.

Selon l’Institut Technologie Alimentaire (ITA) de Dakar, qui a évalué l'aptitude des principales variétés locales de manioc à la panification, la farine à base de manioc cultivé au Sénégal présente de bonnes caractéristiques pour la fabrication du pain.

Un jury a analysé l'acceptabilité de pains à différents taux d'incorporation de farine de manioc, ainsi que certains paramètres technologiques.

Parmi les cinq variétés les plus répandues au Sénégal, la variété Soya a été utilisée  pour produire de la farine de manioc à partir de la râpure des tubercules séchés et moulus.
Ce choix est motivé par une production importante, une large répartition géographique, une couleur et une granulométrie de farine très proches de celle du blé.

Une farine de manioc de qualité supérieure a été produite et expérimentée et l'analyse statistique des résultats indique qu'il n'y a aucune différence significative des notes du jury sur la densité, la mie et le goût du pain pour les taux  d'incorporation de 0%, 10%, 20% et 30%.

Ainsi, il ressort de cette étude que si on considère tous les paramètres, le pain blé-manioc est acceptable jusqu'à 20% d'incorporation.

Au-delà de ce taux, il présente des imperfections qui conduiraient à des pains de faible volume, rigides et cassants.

L’objectif d’ici à 10 ou 15 ans, est d'atteindre 30% de taux d'incorporation pour certaines céréales, ou 20% pour le manioc, selon les instituts de recherche qui ont mené des études sur la qualité des céréales panifiables, notamment l’Institut de Technologie Alimentaire.

La phase de test était circonscrite à la région de Dakar avec une cinquantaine de boulangers partenaires. Désormais, les technologies mises au point seront déployées dans la quasi-totalité des régions du Sénégal, avec l’appui de 150 boulangeries.

Pour le président de la Fédération nationale des boulangers du Sénégal, Amadou Gaye, le recours aux céréales locales est la seule alternative pour mettre fin aux crises récurrentes dans le secteur de la production du pain.

"Nous partons du constat que d’ici à 10 ou 20 ans, les importations de blé vont augmenter, a-t-il confie a SciDev.Net. On était à 200.000 tonnes en 2000, on sera à 1 million en 2020. Il arrivera qu’avec 1000 francs, le Sénégalais ne pourra pas acheter son pain. Nous n’allons pas forcer les Sénégalais à changer leurs habitudes alimentaires, mais nous voulons juste varier et enrichir l’offre pour que les générations futures puissent s’habituer aux types de pain à base de céréales locales."

Cette initiative vise en effet à réduire la dépendance vis-à-vis du blé pour assurer la sécurité alimentaire et promouvoir le secteur agricole.
 
Selon la FAO, c'est en Afrique de l’Ouest – qui ne produit pratiquement pas de blé, contrairement à l'Afrique australe et orientale où la production de blé sur les plateaux couvre un  peu moins de 50% des besoins – que le déficit en blé est le plus préoccupant.
 
La consommation par tête explose, passant de 9,5 kg à 21,8 kg en 2005 avant de baisser à 18,2 kg en 2007, du fait de la flambée des prix, soit une hausse annuelle de 8,6% de 1995 à 2005 ou de 5,5% de 1995 à 2007!
 
Si la croissance de la consommation par tête se poursuivait à ce dernier taux, elle serait de 184 kg en 2050, impliquant des importations totales de 115 Mt en 2050, ce qui serait impossible à financer et impliquerait que les agriculteurs d'Afrique de l’Ouest voient baisser drastiquement leurs ventes de céréales locales et tubercules.
 
Pour ce qui concerne le Sénégal, le riz et le blé constituent les céréales les plus importées. Les importations de blé ont atteint 45 milliards CFA en 2007 pour un volume de 300.000 tonnes, alors qu'elles ne représentaient que 5 milliards dans les années 80, pour un volume de 100.000 tonnes.

Selon les promoteurs, le pain à base de céréales locales est un excellent pourvoyeur d’énergie, faible en graisse, et riche en glucides. Il contient également des protéines, des vitamines (B1), du fer, du magnésium et des fibres, informe le texte. Comparé aux pains blancs, celui à base de céréales locales renferme également plus de vitamines, de minéraux, et de fibres alimentaires.

Les organisations de producteurs ont été dotées de matériel pour assurer un nettoyage, un conditionnement et un stockage qualitatif de la matière première. Les transformateurs ont été équipés en lignes de transformation permettant d'obtenir une farine à granulométrie fine.
 
Pour le respect du processus de qualité, l'Association sénégalaise pour la promotion du développement à la base (Asprodeb) a procédé à une évaluation des risques d'hygiène, de sécurité, de santé et d'environnement de toute la chaine de valeur.
 
L’opération a montré que les sites des organisations de producteurs font surtout face à des risques de santé et sécurité ; les lignes de transformation présentent surtout des risques de sécurité ; et les boulangeries rencontrent essentiellement des risques d'hygiène.
 
Des recommandations précises ont été faites pour prendre en charge ces aspects dans le cadre de la nouvelle phase qui est en cours de lancement.
 
Comme ce fut le cas durant la phase pilote, les transformateurs de céréales seront encore une fois dotés d'équipements adéquats permettant de fabriquer de la farine très fine : moulins à cylindre, épierreurs, nettoyeurs, "entoleters" pour enlever les germes.
 
Mais ils relèvent certaines difficultés que l’Asprodeb doit prendre en charge pour le bon succès de cette diffusion à grande échelle. "Nous avons rencontré des difficultés au niveau de l'approvisionnement du fait qu'il n'y avait aucune banque pour  accompagner le processus de contractualisation entre les différents partenaires (entre producteurs et transformateurs ; entre transformateurs et boulangers).
 
Il est nécessaire de stocker des tonnages élevés, ce qui demande un important fond de roulement ou l’appui d’une banque pour faire face aux charges financières. Les transformateurs ont également eu des difficultés pour trouver des moulins à cylindre localement et ils ont dû en importer", explique Mme Aissatou Deme, directrice de Free Work Services, une structure qui a participé au projet pilote en tant qu’entreprise de transformation de céréales locales.
 
Selon elle, pour "booster la consommation des produits locaux, il faut la disponibilité des produits sur le marché et à des prix compétitifs. Il est aussi important que certaines taxes soient allégées sans parler d’une communication institutionnelle générique en faveur des produits locaux. Nous devons favoriser la création de magasins de référence destinés à ces produits."

Arsène Kanga
(Source: Scidev.net)

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