Recherche sur la banane plantain: De nouvelles variétés et techniques de transformation disponibles

lundi, 30 septembre 2013 16:32

Sur le terrain, les témoignages des producteurs sont édifiants. De l’avis d’Ado Joseph, planteur de banane à Amangbeu, dans le département d’Agboville, le Pita 3 produit entre 6 et 7 mois et le Fiha 21 entre 7 et 8 mois.

Recherche sur la banane plantain: De nouvelles variétés et techniques de transformation disponibles

La banane plantain est  la 3ème  production vivrière de la Côte d’Ivoire avec 1500 000 tonnes produites chaque année par 2 500 000 actifs agricoles, dont 80% de femmes. L’exportation de ce produit représente près de 10% de la production nationale. Au regard donc de ce qu’il représente dans la recherche de la sécurité alimentaire en Afrique, le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (Ppaao/Wapp) l’a choisie pour faire partie des variétés alimentaires dont-il finance la promotion. En tant que Centre national de spécialisation (Cns), la Côte d’Ivoire a le devoir de générer et diffuser  des  technologies innovantes permettant d’améliorer la productivité de la banane plantain d’abord pour elle-même, ensuite au profit des producteurs de la sous-région, à savoir les treize pays bénéficiaires du Ppaao.

Des variétés améliorées à haut rendement.

Pour accroître le niveau de production de chaque acteur de la chaîne des valeurs de la filière banane plantain,le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca), en sa qualité d’Unité de coordination technique et  fiduciaire, a fait appel à des partenaires techniques (Cnra, Inphb, Centre suisse de recherche scientifique, Anader) pour l’exécution du projet.  A ce jour, la recherche a permis de mettre à disposition trois variétés de banane plantain que sont : le Fiha 21 ; le Pita 3 et la variété Ebig-Banga. La consommation par habitant étant de 120kg de banane plantain par an, l’un des objectifs assignés à ces variétés est d’améliorer considérablement les rendements pour accroitre in fine l’offre mais aussi résoudre l’épineux problème de pénurie saisonnière.

Présentées comme des variétés à haut rendement, le Fhia 21 et le Pita 3 sont des variétés hybrides. Mises au point par le Cnra, ces variétés répondent au soucis  de l’augmentation de la production par la mise à la disposition des agriculteurs  du matériel végétal amélioré, robuste, résistant aux maladies et aussi au déficit en eau qui est l’une des sources majeures des pénuries saisonnières. Quant à l’Ebing-Banga, variété d’origine camerounaise, elle a été introduite en Côte d’Ivoire avec la contribution d’un opérateur privé en France. Quoiqu’elle s’apparente à la variété corne (variété locale), l’Ebing-Banga a un rendement supérieur à la variété corne.

 Productivité potentielle des nouvelles variétés

Sur le terrain, les témoignages des producteurs sont édifiants. De l’avis d’Ado Joseph, planteur de banane à Amangbeu, dans le département d’Agboville, le Pita 3 produit entre 6 et 7 mois et le Fiha 21 entre 7 et 8 mois. Alors que la variété locale met  9 mois avant de produire. Mieux, à la récolte un régime de Fiha 21, dans sa parcelle expérimentale, pèse 22 kg et le régime de  Pita 3 pèse 18kg quand le régime de la variété locale a un poids de 7kg. Un petit calcul montre bien que la productivité potentielle du Fiha à l’hectare (1666 plants/ha) est de 21 tonnes contre 14 tonnes pour le Pita 3 et 7 tonnes pour la variété locale.  « Nous avons pris  la variété locale pour faire une comparaison avec les nouvelles variétés. Nous avons appliqué la même technique sur la variété locale », précise-t-il. Démontrant ainsi que ces deux nouvelles variétés constitue un atout majeur à l’amélioration des rendements et par voie de conséquence, à l’accroissement de l’offre sur les marchés. Mais encore faut-il que les rejets de ces nouvelles variétés soient disponibles et accessibles à tous ceux qui en demandent.

Multiplier et vulgariser   les rejets

Dans l’optique de vulgarisation des nouvelles variétés, le Centre national de spécialisation (Cns) s’appuie sur  l’Anader. A ce jour,  selon le responsable technique du Waapp, il existe dix parcelles tests pour la banane plantain. Un chiffre qui devrait passer très bientôt à 200 parcelles tests, avec la multiplication de rejets en cours. « Dans notre stratégie, nous ambitionnons d’installer des pépiniéristes privés », a fait savoir le responsable technique, Amani Emmanuel, au cours d’une visite de parcelle dans la région de l’Agnéby. Pour aider à résoudre la problématique de disponibilité des rejets, des pépiniéristes seront installés.  « Nous avons une technique qui permet de produire les plants hors sol. Nous allons dessoucher le pied du bananier pour mettre dans un germoir et là un pied va donner 100 à 150 plantules. Ce qui va aider à résoudre le problème de disponibilité de plants parce qu’on s’est rendu compte que beaucoup de personnes veulent faire la banane mais les plants manquent. Cette technique de multiplication concerne les deux variétés que sont le Fiha 21 et le Pita 3. Donc, avec un hectare que nous multiplions par la technique que je viens de présenter, nous obtenons des plants pour 100 à 150 hectares », a-t-il ajouté. Par ailleurs,  le nombre de pépiniériste pourrait passer à 200 compte tenu des besoins. Quant à la disponibilité de la variété Ebig-Banga, plusieurs pépiniéristes ont été formés par le Cnra et l’Anader. Depuis le mois de mai, ces derniers ont reçu des vitroplants avec pour objectif de produire des plants souches destinés à faire la multiplication des rejets de cette variété. « J’ai décidé d’être pépiniériste de  banane, parce qu’en tant que contrôleur semencier interne de l’association  des semenciers de la région, je sais que la valeur de la semence fait près de 40% dans la productivité. Or dans la région de Tiassalé, les gens consomment plus la banane mais cette denrée manque le plus souvent. Je suis donc acteur pour déclencher un processus qui fera en sorte qu’il y ait plus de banane dans la région de Tiassalé », a confié, pour sa part Abou Bamba.

 

Maîtriser les techniques culturales et le cycle de production

Le choix de la parcelle à cultiver doit se faire en tenant compte des facteurs d’accessibilité à un point d’eau et du nivellement du sol. Les techniciens conseillent qu’il soit de préférence un terrain plat ou à pente faible. Riche en éléments fertilisants pour faciliter un développement des plants, le sol ne doit pas être pour autant hydromorphe. En outre, il doit être facile et si possible irrigable. Une fois ces conditions respectées, l’agriculteur peut passer à l’étape de préparation de son terrain en suivant les conseils avisés des agents de l’Anader.

 La préparation du terrain

Cette étape commence avec le défrichage du terrain choisi. Ensuite, intervient le piquetage afin que les bananiers soient alignés. Une fois les lignes de base obtenues, le planteur peut passer à la trouaison. Ces trous doivent être de 60 cmX60 cm X 60cm. Cette norme permet de lever les obstacles  à la pénétration des racines  du bananier  dans le sol. Outre la profondeur des trous, le planteur  doit aussi avoir à l’esprit le respect de la distance entre les lignes qui est de 3 mètres et de 2 mètres entre les pieds afin d’obtenir à la densité 1666 plants à l’hectare. Il peut alors mettre les rejets en terre. Cette opération se fait à tout moment de l’année.

5 mois après le planting,  intervient le désherbage qui peut se faire manuellement ou chimiquement la fréquence de traitement dépend de la rémanence du produit. En général, trois à quatre passages sont  nécessaires au cours d’un cycle de culture.

L’apport de Fertilisants

En règle générale, la fertilisation des parcelles est nécessaire. Cet amendement permet au sol d’éviter d’épuiser toutes ses réserves organiques. La fertilisation maintient de ce fait, le potentiel nutritif du sol en y apportant  l’ensemble des éléments nutritifs indispensables au développement des cultures. Dans le cas de la banane plantain, deux types de fertilisation s’offrent au planteur. Il s’agit de la fertilisation organique qui peut être fait à base d’éléments peu onéreux tels que les pailles, branches, fumiers, parches de café, coques de cacao, bourre de coco, les feuilles et faux tronc des bananiers plantains, etc. En plus de la matière organique qu’elle apporte, les techniciens indiquent que ces substrats contribuent à la préservation de l’humidité du sol. C’est pourquoi, ils conseillent son application en début de plantation, soit 1 à 2 mois après le planting, en dose unique par cycle de culture. L’autre type de fertilisation, se fait avec les fertilisants minéraux. Les engrais les plus utilisés sont l’Urée, le Dolomie, le sulfate d’ammoniaque et  le chlorure de potassium. Pour le bon développement des plants de bananiers, le Dolomie doit être appliqué en début de plantation à raison de 150 à 300g par plant. Par ailleurs, l’apport de l’Urée doit se faire 4 à 6 fois en raison de 35 grammes par plan et le NPK (20-10-10) à raison de 100g par plant  un à trois mois après le début de la plantation.

 Comment faire une bonne récolte

Plusieurs techniques pour faire une bonne récolte ont été mises au point parmi lesquelles le paillage et le tuteurage. Le paillage consiste à mettre des feuilles mortes, des parches de café ou des coques de cacao autour du pied de bananiers (sur environ 30 cm). Cette opération permet de maintenir le sol à un taux  d’humidité qui favorise le développement normal de la plante. Le paillage est indispensable en culture de contre-saison sans irrigation. Le tuteurage est nécessaire dès la floraison (6-7 mois après plantation) afin d’éviter les pertes de fruits et des plants par verse sous l’effet du vent. Il se pratique avec un bambou placé verticalement du côté opposé au régime et attaché au plant par du fil et un cordon placé sur le bananier à l’opposé du régime et fixe à un support (sol ou autre bananier).

 

De la génération  des technologies liées à la conservation et la transformation.

Les technologies post-récolte sont l’affaire de la Société Ivoirienne de Technologie Tropicale (I2T). Qui réfléchit sur la conservation au-delà de la durée maximale de quinze jours connu jusque-là. Selon Pascal Konnie, chef de service essai et procédés de cette société d’Etat, par ailleurs point focal du WAAPP au sein de cette structure, l’une des missions de I2T est de générer des technologies pour transformer les produits agricoles en vue de leur donner une valeur ajoutée. Dans sa démarche, l’I2T vient de mettre en œuvre des greniers couverts de paille  pour la conservation de la banane. En phase d’expérimentation, ces greniers permettent une conservation pendant 80 jours de la banane. En outre, l’I2T travaille sur la transformation de la banane en farine pour des mets… « L’opération de bouture qui permet de recueillir la farine. Nous avons beaucoup de potentialité avec la farine de la banane. Le projet wapp a bien fait de nous de trouver des partenaires transformateurs. Cela nous a permis de développer toute une gamme de produits dérivés de la farine banane (gâteau, pizza,  etc). Dans quelques mois, nous mettrons à la disposition de la population des mets et plats à base de la farine de banane », a promis Pascal Konnie.

 En effet, dans le cadre du Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAO/WAAPP), I2T est chargé de la réalisation de deux (2) projets qui portent sur : à savoir, la standardisation et la formulation de mets locaux à base de banane plantain, en vue de leur amélioration et du transfert de ces résultats aux consommateurs et aux transformateurs. L’autre volet est la conservation de la banane plantain à l’état vert : il s’agit de générer des technologies de conservation capables de prolonger la durée de conservation à l’état vert et accroître la disponibilité de cette denrée alimentaire pour les populations, car les pertes de produits pendant les périodes de forte production se situent entre 30 et 40 %. Ce sont des pertes importantes pour les producteurs agricoles et qui sont aussi source d’insécurité alimentaire.

La réalisation de ces deux projets donnera lieu à la création d’entreprises à incuber dans les domaines de la conservation en frais de banane à l’état vert et de la transformation.

ALFRED KOUAME

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Interview

Kouakou Amani Emmanuel (responsable technique du Ppaao/waapp):« Couvrir 70% des superficies par des semences et plants sélectionnés »

 

Vous venez d’effectuer des visites de parcelles de production de plusieurs cultures vivrières dans le cadre du Programme de productivité agricole en Afrique de l’ouest  (Ppaao). Quels sont les missions assignées au Ppaao ?

Le Waapp signifie Programme de productivité agricole en Afrique de l’ouest. C’est un programme sous-régional  décidé par 13 pays sur 15 de la Cedeao. Ce programme a été conçu avec l’appui financier de la  Banque mondiale,  ainsi que le gouvernement espagnol. Il a pour objectif de promouvoir la coopération sous régionale d’une part, d’autre part de générer et de diffuser des technologies innovantes permettant d’améliorer la productivité agricole. La notion de productivité signifie accroître le niveau de production de chaque acteur dans la chaine des valeurs. Si on prend les producteurs, il faut qu’ils arrivent à améliorer leur niveau de production ou leurs rendements de façon globale. Si on prend les transformateurs, il faut qu’à partir des technologies et des techniques qui seront mises à leur disposition, ils arrivent eux aussi à améliorer  leurs rendements. Le Waapp ambitionne donc d’améliorer la productivité sur l’ensemble des maillons de la chaîne des valeurs au niveau des populations  cibles.

Quels sont les spéculations qui sont prises en compte dans le cadre du Ppaao/Waapp ?

Le programme concerne cinq spéculations végétales et deux animales. Les  spéculations végétales sont : la banane plantain, le maïs, le manioc, l’igname et le riz. Les deux spéculations animales  concernées sont,  la volaille traditionnelle et le porc. Au niveau des filières agricoles, nous avons ciblé les filières qui touchent le plus grand nombre de producteurs et qui ont un impact significatif sur l’amélioration du niveau de revenus des producteurs. En effet, il y a une étude qui a été réalisée dans le cadre du Programme national d’investissement agricole (Pnia) qui a  montré qu’au niveau des filières agricoles, trois se dégagent en ce qui concerne leur impact en matière de réduction de la pauvreté en milieu rural. Il y a l’igname, le manioc et la banane plantain. Donc ces trois filières ont le plus grand impact en matière de réduction de la pauvreté en milieu paysan. C’est dire que si on investit dans ces filières, on a plus de chance d’atteindre cet objectif.

 

Quels sont les différents acteurs de la chaine des valeurs dont vous parliez tantôt ?

Le Firca assure la fonction d’unité de coordination technique et fiduciaire du projet. Il fait appel à des partenaires techniques pour exécuter le projet, en l’occurrence des structures de recherche qui sont le Cnra, les Universités et les grandes écoles qui travaillent sur les problématiques de la recherche. Ensuite,  on a les structures de vulgarisation et la structure  nationale en la matière qui est  l’Agence national de développement rural (Anader) pour tous les programmes de diffusion. Il y a aussi les Ong et les organisations professionnelles qui sont impliquées à un certain niveau. Donc l’ensemble des programmes est exécuté par des acteurs identifiés  qui les exécutent  au profit des producteurs et leurs groupements.

Quelle est la stratégie adoptée pour chacune des filières ciblées et quoi consiste-t-elle ?

 Pour chacune des filières ciblées, la stratégie consiste à développer l’ensemble de la chaine des valeurs. Pour  les différents maillons, nous avons la production qui est gérée par les producteurs, nous avons la recherche qui s’occupe de générer les technologies ensuite les transformateurs qui font passer les produits bruts en produits finis ou semi-finis. Ils sont également dans  le programme. Il y a également les commerçants, les transporteurs donc l’ensemble de ces maillons est impliqué dans le programme pour développer les activités. Chaque acteur  joue pleinement son rôle.  Toute chose  qui permettra la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire.

 La Côte d’Ivoire a été choisie comme Centre national de spécialisation (Cns) concernant la banane plantain. Pouvez-vous présenter les technologies générées concernant cette culture ?

En effet, c’est un élément clé du Waapp. En fait, il permet de générer les techniques et les technologies pour développer les spéculations choisies. Etant donné que c’est un programme sous régional, la Banque mondiale, dans sa vision de mutualiser les ressources,  a décidé d’attribuer à chaque pays une filière et c’est dans ce cadre que la Côte d’Ivoire a été désignée pour abriter le Cns de la banane plantain. Qui à terme va devenir un centre d’excellence au niveau de la sous-région concernant  cette culture vivrière. Le Ghana, par exemple, travaille sur les tubercules qui sont le manioc, et l’igname. Le Sénégal sur les céréales sèches. Le Mali sur le riz irrigué. Donc, chaque pays qui abrite un centre national de spécialisation doit travailler les thèmes concernant la spéculation pour générer les technologies.

Qu’entendez-vous par les technologies générées ?

On entend par les technologies générées, les semences et  l’ensemble  des techniques de production qui permettent d’accroitre la productivité. En ce qui concerne la banane plantain, déjà le Cnra a travaillé  sur de nouvelles variétés  avant que le Waapp ne soit implanté. Ces variétés avaient fait l’objet de recherche depuis les années 95 et sélectionnées comme des variétés performantes capables de s’adapter à notre environnement. Bien sûr ces variétés avaient été déjà testées avec le concours de certains producteurs  retenus dans une approche participative. Ces variétés étant déjà sélectionnées, il a été proposé qu’elles passent au niveau de la diffusion. Donc, nous avons ces deux variétés qui sont des hybrides performantes qui sont en cours de diffusion (Fiha 21 et Pita 3). Il y a une troisième variété que nous avons fait venir du Cameroun via un opérateur privé en France. C’est l’ebig-banga qui est une variété  qui s’apparente à la variété corne (variété locale). Nous avons décidé de l’introduire. Cette variété fait l’objet de diffusion au niveau des pépiniéristes qui sont en train de conduire la culture pour nous développer des vivo-plants. Une fois cette phase terminée, ils  seront distribués à tous les producteurs.

 

Et quels sont les autres technologies dans l’agenda du Ppaao concernant la banane plantain ?

Au-delà de ces variétés, nous avons les techniques de production. Le Cnra est en train de travailler sur les doses de fertilisation à appliquer à ces variétés et aussi pour identifier les densités optimales qui sont adaptées aux deux autres variétés (fiha21 et pita3). En outre, ce centre travaille ausi pour générer des fiches techniques concernant l’irrigation car jusque-là, il convient de noter que l’irrigation est peu utilisée  en Côte d’Ivoire dans la production de la banane plantain. Si ces nouvelles techniques d’irrigation sont validées, elles permettront aux producteurs de faire la contre-saison par exemple afin d’augmenter leur niveau de revenus. Il y a également la problématique liée à la conservation et à la transformation.  Actuellement, la société Ivoirienne de technologie tropicale (I2T) travaille sur deux technologies dont l’une concerne la conservation post récolte et l’autre qui concerne les mets locaux à grande valeur ajoutée. Comme vous le voyez bien, le programme est à sa deuxième année d’activité et il y a des technologies qui sont déjà disponibles que nous sommes en train de vulgariser. Mais, il y a aussi beaucoup  de technologies en cours de génération.  Il y a huit technologies qui sont ciblées comme résultats à atteindre. On peut les dépasser, bien sûr, en tenant compte des priorités au niveau national comme sous régional. Car nous sommes appelés à générer l’ensemble des technologies qui permettent de développer la banane plantain, non seulement pour la Côte d’Ivoire mais aussi au profit de l’ensemble des producteurs de la sous-région.

Si les techniques culturales que vous conseillez sont respectées, combien d’années garantissez-vous pour faire l’autosuffisance de la banane plantain ?

On ne peut pas s’en prévaloir en tant que programme à durée déterminée (le waapp a une durée déterminée de cinq ans renouvelables une fois). On ne peut pas prétendre développer l’ensemble des filières pour atteindre la sécurité alimentaire quand bien même nous reconnaissons que nous avons une très forte contribution qui peut concourir dans le cadre du programme national agricole (Pnia) d’atteindre la sécurité alimentaire. En ce qui concerne les spéculations sur lesquelles nous travaillons, nous nous sommes fixés comme objectif de mettre à la disposition des producteurs des semences  pour couvrir à peu près 70% des besoins en matière de semences et plants sélectionnés. Et du point de vue de la recherche, si, avec les semences et plants améliorés,  nous arrivons à couvrir 70% des superficies, il va sans dire que nous allons absolument augmenter la production. Aujourd’hui, c’est notre challenge.Nous travaillons à mettre à la disposition des producteurs des semences et plants performants. Nous pensons que le Waapp rentre dans la politique national d’investissement agricole (Pnia) et si l’ensemble des projets est développé comme le gouvernement  le souhaite, je pense qu’à l’horizon 2015-2020, nous pouvons être autosuffisants dans plusieurs spéculations agricoles. 

 

Interview réalisée par

ALFRED KOUAME

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Des stratégies élaborées pour éradiquer les maladies des bananiers

En 2012, le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca)  a conduit des projets de recherche sur la banane en Côte d’Ivoire. Ces projets ont porté sur l’inventaire des parasites et ravageurs du bananier, l’incidence des mouches des fruits sur la banane dessert et la 10ème campagne monitoring cercosporiose du bananier.  Ces projets de recherche ont pour objectif de faire une description actualisée des maladies et des parasites de la bananeraie ivoirienne ainsi que leur importance par zone de production, connaitre l’efficacité des principales familles de fongicides utilisées dans la bananeraie ivoirienne pour lutter contre les maladies.

Les résultats de ces recherches conduites par une équipe du laboratoire de physiologie végétale de l’Ufr biologie de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan ont été  communiqués en juin 2013 au cours d’un atelier de restitution à Abidjan. Il a réuni les partenaires du Firca, les représentants des unités agro-industrielles, des producteurs,  des responsables des organisations de la filière banane et les structures d’encadrement des planteurs. En plus des projets, le Firca a produit en 2012, avec le concours des experts de la filière banane et du Cnra, des supports didactiques de formation concernant la bonne utilisation des pesticides et la lutte contre les maladies et parasites du bananier sous forme de CD room interactifs et de film. Ils devront servir de boussole pour les acteurs de la filière notamment les producteurs.  Pour la même filière, d’autres projets sont en cours d’exécution. Ils portent sur la lutte intégrée contre le charançon noir, la protection et la restauration des sols en culture de banane dessert.

C’est le lieu de signaler que plusieurs maladies peuvent menacer les plantations de banane plantain dont les conséquences sont des pertes énormes pour les producteurs.

Il s’agit premièrement des Cercoporioses. Selon les chercheurs, ce sont des champignons très redoutables qui provoquent cette maladie : la cercosporiose noire est la plus répandue, la cercosporiose jaune existe le plus souvent en haute altitude. La cercosporiose a une forte incidence en saison pluvieuse. Elle se manifeste par le jaunissement puis par le flétrissement des feuilles. Elle peut entrainer jusqu’à 60% de perte de rendement.

Pour lutter contre la cercosporiose, deux techniques se dégagent. Ce sont la lutte chimique (par pulvérisation sur les feuilles du bananier plantain). Pour ce faire,  trois familles de fongicides,  à savoir les Benzimidazoles, les Triazoles et les Morpholines sont utilisées. Il est également recommandé de réaliser 7 à 10 passages au cours d’un cycle de culture ; alterner les produits utilisés ou les familles de produits pour éviter l’apparition de souches de champignons.  Toujours selon les chercheurs, un système d’avertissement climatique permet de limiter les traitements chimiques contre les cercosporioses. Et la lutte agronomique qui consiste à limiter l’incidence sur le rendement en enlevant systématiquement les feuilles nécrosées.

En seconde position les Nématodes. Ce sont des vers microscopiques qui pénètrent et se multiplient dans les racines des bananiers. Elles se manifestent par la pourriture des racines et la sensibilité l’averse. Elles peuvent entrainer également jusqu’à 60% de perte de production. La lutte contre les nématodes est essentiellement chimique (Par épandage de nématicides autour des plants).

Elle est effectuée avec Rugby 10g (cadusofos), Némacur 10g (phénamiphos), Furadan (carbofuran), etc.

Trois traitements contre les nématodes sont nécessaires au cours d’un cycle de culture.

Pour éviter la pullulation des nématodes en plantation, il est conseillé d’utiliser un matériel végétal sain (vitroplant ou vivoplant). A défaut, parer les rejets ou souches (élimination des racines et autres débris sur le bulbe), et faire le pralinage (trempage des rejets dans une bouillie contenant de l’argile, de l’eau et un nématicide).

En troisième position, les Charançons. Le charançon le plus redouté en culture de

Banane se nomme Cosmopolites sordidus. Les larves de cet insecte se nourrissent du bulbe (tige) du bananier plantain. Elles rendent le plant très vulnérable aux  vents.

Ontraite les charançonsavec Régent 2g (fipronil), Rugby 10g

(cadusofos), etc.

 La méthode mécanique consiste à piéger les charançons en déposant au pied des bananiers, des faux-troncs (troncs de bananier) tranchés longitudinalement. Le planteur ramasse alors les charançons adultes qui s’attaquent à ces faux-troncs, extirpe les larves des souches et rejets et réalise le pralinage avant la plantation.

A.K

 

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