Recherche sismologique en Côte d’Ivoire: La Station de Lamto passe de l’analogie au numérique

mardi, 27 janvier 2015 18:09

La station géophysique de Lamto est un centre de recherche en sismologie et climatologie, de renommée internationale, peu connu des Ivoiriens. Situé dans la réserve scientifique de Lamto, d’environ 2500 ha, en zone de transition forêt-savane,  dans le département de Taabo, ce centre a été créé en 1962 par deux Français, Maxime Lamotte et Jean-Luc Tournier (d’où le nom Lamto).

Recherche sismologique en Côte d’Ivoire : La Station de Lamto passe de l’analogie au numérique

La station géophysique de Lamto est un centre de recherche en sismologie et climatologie, de renommée internationale, peu connu des Ivoiriens. Situé dans la réserve scientifique de Lamto, d’environ 2500 ha, en zone de transition forêt-savane,  dans le département de Taabo, ce centre a été créé en 1962 par deux Français, Maxime Lamotte et Jean-Luc Tournier (d’où le nom Lamto).

Il est doté d’une technologie et de personnel qualifié,  lui permettant d’avoir des informations géophysiques, comme  le moindre tremblement de terre, tsunami et cyclone. Les tremblements de terre qui se sont produits en Haïti, Chili, aux Pyrénées y sont enregistrés.

 Considérée comme un centre national de données, cette station est sous la tutelle des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et des Affaires étrangères. Pour la gestion des projets, elle est l’interface entre les bailleurs de fonds et la Côte d’Ivoire. Les chercheurs français et ivoiriens y effectuent régulièrement des études scientifiques.

En effet, la station compte un laboratoire équipé, logé au sein d’un long bâtiment, d’une bibliothèque, des logements pour les  chercheurs et des étudiants et un système d’adduction d’eau propre à elle. Elle dispose également d’une variété d’instruments performants.

Il s’agit, entre autres, des sismomètres (appareils captant et enregistrant les tremblements de terre, essais nucléaires souterrains et tirs de carrière); d’une cave sismique composée de plusieurs appareils, d’une station infrason, qui sert à mesurer les perturbations atmosphériques causées par les orages, Front intertropical (Fit) et explosions nucléaires aériens.

De même qu’un pluviomètre servant à mesurer la quantité de pluie tombée, un anémomètre à coupelles qui sert à déterminer la vitesse du vent, un picaro ? instrument de mesure du gaz à effet de serre (dioxyde de carbone : Co2, méthane : Ch4). Et les logiciels de visualisation de signaux Jade et de localisation d’évènement Onyx et de Sig GsVieW.  

Avec ce matériel, Dr. Diawara Adama, directeur de la station géophysique de Lamto a, lors de cette mission de l’Ascad, fait savoir que sa structure enregistre les  mouvements du sol de magnitude inférieur à 3, qui ne sont pas ressentis par les populations. «  Ils ne sont ressentis qu’à partir d’une magnitude d’ordre 3. Tel est le cas à Boundiali, en 2001 », a-t-il précisé.

Un réseau sismique dense et dynamique

 Le directeur du centre de sismologie a, dans sa présentation, identifié deux types de station en Côte d’Ivoire : des stations sismiques et une seule station infrason. Il  y en a de type français et américain. Cependant, il a révélé l’inexistence de radionucléaire. Selon lui,  le réseau sismique ivoirien utilisé comporte des stations Lic, Tic, Kic qui collaborent entre elles. Les sismomètres sont tous installés au centre du pays, principalement à Lamto, Kossamboka, à Toumodi et à Assébrokro non loin de Toumodi. 

Ils alertent, quelle que soit la région, sur les cas de tremblements de terre, indiquent leurs dates d’enregistrement, les coordonnées et leurs magnitudes. La station géophysique de Lamto, centre de traitement où est installée la station Lic, est distante de 46 km de la station Tic  et de 35km de celle de Kic. Entre les stations Tic et Kic, il y a 44 Km. La station infrason dénommée Dbic (Dimbokro, Ivory Coast) est, quant à elle, une station américaine implantée dans la région de Dimbokro.

Elle est reliée à Lamto par le relais radio de Lomo Sud (Toumodi). Elles sont distantes 53 Km Dr. Diawara Adama, la station Dbic mesure surtout les petites perturbations de l’atmosphère et détecte les essais nucléaires aériens. Il a, en outre, rassuré que les différentes stations sont certifiées, donnant ainsi plus de crédibilité et de notoriété à la station géophysique de Lamto. Qui assure la surveillance en tout temps; 24h/24, de l’activité sismique du territoire ivoirien.

 De l’analogie au numérique

La station géophysique, indique le 1er responsable du centre, est passée du stade de l’analogie à l’ère du numérique. En effet elle utilise des sismomètres numériques offrant des opportunités de traiter des centaines d’enregistrement très rapidement contrairement aux sismomètres mécaniques sensibles au déplacement qui font des enregistrements analogiques, en représentant  directement les signaux de tension sur feuilles.

Qualifiés de sismomètres modernes, ceux-ci comportent, en plus, un système d’amortissement nécessaire pour obtenir une bonne restitution du mouvement du sol, en tenant compte de sa vitesse et l’accélération. Ils transforment  les mouvements du sol en des signaux électriques qui sont transmis à un numériseur qui les échantillonne en des points de mesure.

Le signal numérique est ensuite enregistré sur une  mémoire informatique sous forme de fichier de points de mesure. C’est une suite de nombres représentant la tension mesurée à intervalles réguliers. Afin d’obtenir une bonne restitution des vibrations du sol, le centre dispose de sismomètres verticaux et horizontaux.

Par ailleurs, Dr Diawara a souligné que pour que la station géophysique confirme un tremblement de terre, les trois stations sismiques (Tic, Kic, Lic) doivent absolument, émettre au même moment, des vibrations qui sont visualisées à l’ordinateur à Lamto. 

A la présence de plusieurs antennes paraboliques dans ce centre de recherche, les signaux numériques sont  soit transmis par voie satellitaire, soit par  Internet ou radio.

Lamto outillée pour l’élaboration d’une base de données d’évènements sismologiques.

Toutes ces technologies permettent à la station de mener plusieurs activités. On peut citer, au niveau de la géophysique interne, la participation au système de surveillance international du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice), l’élaboration d’une base de données d’évènements sismologiques, la formation d’étudiants de 3ème cycle ( Dea et thèse), la détermination des normes de constructions parasismiques, l’alerte en cas de risque de séisme (tremblement de terre ou tsunami).

Au plan interne, Lamto est outillé pour mener des études sur le changement climatique et ses impacts, notamment sur l’agriculture, l’élaboration d’une base de données climatiques (en continue depuis 1962), la formation d’étudiants de 3ème cycle (Dea et thèse), la prévision des récoltes, l’alerte en cas de risque d’évènements climatiques extrêmes (sécheresse, inondation etc.)

 Les chercheurs de ce centre ont également fait des travaux dont les résultats sont disponibles. A titre d’exemple, on peut citer le séisme de Boundiali enregistré sur le réseau sismique, le 7 mars 2001, dont les secousses ont été ressenties par les populations. Tout comme le séisme de Haïti enregistré par cette station, le 12 janvier 2010, à 22 heures 3 minutes 59 secondes.

A cela s’ajoute des études  sur les diagrammes ombrothermiques qui donnent des informations sur l’évolution annuelle de la quantité d’eau tombée ainsi que la température annuelle et  l’amplitude thermique (différence entre la température la plus élevée et la température la plus base). Autant de données qui orientent les activités agricoles dans le pays.

La Côte d’Ivoire à l’abri des cyclones et séisme mais

Des travaux ont été également faits pour savoir si la Côte d’Ivoire est à l’abri de catastrophes naturelles, notamment des cyclones tropicaux et des tremblements de terre. Selon Dr. Diawara Adama, directeur de la station géophysique de Lamto un cyclone tropical est une large zone de nuages orageux en rotation autour de son centre, accompagnée de vents violents avec une vitesse supérieure à 118 kilomètres par heure.

Ce cyclone est appelé ouragan (mer des caraïbes) ou typhon (mer de chine. La formation d’un cyclone tropical requiert un certain nombre de conditions météorologiques dont le plus important est le réchauffement de la mer : la température de la mer doit dépasser 26,5°C jusqu’ à une profondeur d’au moins 60 mètres. Cela suppose que l’eau chaude est donc source d’énergie des cyclones tropicaux.

« Excepté Madagascar, le continent africain est situé hors des trajectoires moyennes des cyclones tropicaux. De plus, la force de Coriolis qui donne aux cyclones leur rotation initiale, est si faible à l’équateur que les cyclones tropicaux se forment rarement à moins 10° de l’équateur, c’est-à-dire dans la zone latitudinale où se situe la Côte d’Ivoire (4 à 11° Nord) », explique-t-il.

Par ailleurs, poursuit le directeur, les conditions d’échauffement de l’eau de mer, nécessaire à la formation des cyclones tropicaux ne sont pas réunies en Côte d’Ivoire. En effet, sur les des Côtes ivoiriennes, la température de surface de l’océan varie en moyenne entre 22 et 23°C en période d’upwelling (remontée d’eau froide), c’est-à-dire de mi-juillet à mi-septembre, et de 26°C le reste de l’année. « La Côte d’Ivoire est donc à l’abri des cyclones tropicaux », conclue-t-il.

Les inondations, l’érosion côtière, conséquences du réchauffement climatique

L’autre préoccupation est de savoir si la Côte d’Ivoire est à l’abri des séismes et des tsunamis. Le séisme ou tremblement de terre se traduit par des vibrations au niveau de la surface du sol. Cette perturbation, localisée au départ, au point d’origine appelé hypocentre, se propage dans l’ensemble du volume terrestre, puis à la surface du sol.

Les études du centre ont montré que le pays est situé sur le craton ouest-africain qui est une zone stabilisée depuis 1.600 millions d’années. De plus, le pays est relativement éloigné de la faille séparant la plaque africaine des plaques voisines. Ces données ont permis de conclure que la Côte d’Ivoire est à l’abri des tremblements de terre majeurs,  tels que ceux qui ont frappé Haïti, en janvier 2010 (magnitude 7,2) ou le Chili, en avril 2014 (magnitude 8,2).

A « néanmoins, du fait de l’existence de plusieurs failles intra plaques sur notre territoire, telles que la faille majeure de Sassandra, qu’on retrouve en Amérique du Sud, et l’accident majeur des Lagunes, la terre tremble de temps en temps en Côte d’Ivoire, avec de faibles magnitudes », ajoute cette étude.

La Côte d’Ivoire n’est donc pas soumise aux puissants séismes sous-marins (tsunamis). Cependant, elle n’est pas à l’abri de certaines conséquences du réchauffement climatique telles que les inondations, l’érosion côtière (à l’image de ce qui s’est produit à Grand-Bassam et Port-Bouët en août et septembre 2011), la baisse des rendements agricoles, etc.

Au niveau de son fonctionnement, la station de Lamto rencontre quelques difficultés : faiblesse de financement de l’Etat, nombre insuffisant de travailleurs (la masse salariale supportée par la station est élevée) et problèmes d’infrastructures (piste dégradée, difficulté d’entretien du système d’adduction d’eau, liaison téléphonique défaillante, instabilité de la connexion Internet).

ALFRED KOUAME

BERLARMIN YAO KAN

CORRESPONDANTS

 

 

 

 

 

 

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