Recherche Agricole : Des stratégies élaborées pour éradiquer les maladies des bananiers

Recherche Agricole : Des stratégies élaborées pour éradiquer les maladies des bananiers

dimanche, 19 juillet 2015 10:20
Recherche Agricole : Des stratégies élaborées pour éradiquer les maladies des bananiers Recherche Agricole : Des stratégies élaborées pour éradiquer les maladies des bananiers Crédits: DR

La pulvérisation des bananeraies par le fongicide naturel Neco est un moyen efficace de lutter contre la maladie des raies noires.

 

 

 

Le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricole (Firca)  a conduit des projets de  recherche sur la banane en Côte d’Ivoire depuis 2012. Ces projets ont porté sur l’inventaire des parasites et ravageurs du bananier, l’incidence des mouches des fruits sur la banane dessert et la 10ème campagne monitoring cercosporiose du bananier.  Les  recherches ont pour objectif de faire une description actualisée des maladies et des parasites de la bananeraie ivoirienne ainsi que leur importance par zone de production, connaitre l’efficacité des principales familles de fongicides utilisées dans la bananeraie ivoirienne pour lutter contre les malades.

Les résultats de ces recherches conduites par une équipe du laboratoire de physiologie végétale de l’Ufr biologie de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan ont été  communiqués en juin 2013 au cours d’un atelier de restitution à Abidjan. Il a réuni les partenaires du Firca, les représentants de unités agro-industrielles, des producteurs des responsables des organisations de la filière banane et les structures d’encadrement des planteurs.

En plus des projets le Firca a produit en 2012 avec le concours des experts de la filière banane et du Cnra, des support didactique de formation concernant la bonne utilisation des pesticides en culture de banane et la lutte contre les maladies et parasites du bananier ont été produits sous forme de CD room interactifs et de film. Ils devront servir de boussole pour les acteurs de la filière notamment les producteurs.  Pour la même filière d’autres projets sont en cours d’exécution. Ils portent sur la lutte intégrée contre le charançon noir du bananier, la protection et la restauration des sols en culture de banane dessert.

C’est le lieu de signaler que plusieurs maladies peuvent menacer les plantations de la banane plantain dont les conséquences sont  des pertes énormes pour les producteurs.

Il s’agit premièrement des Cercoporioses. Selon les chercheurs, ce sont des champignons très redoutables qui provoquent cette maladie : la cercosporiose noire est la plus répandue, la cercosporiose jaune existe le plus souvent en haute altitude. La cercosporiose a une forte incidence en saison pluvieuse. Elle se manifeste par le jaunissement puis par le flétrissement des feuilles. Elle peut entrainer jusqu’à 60% de perte de rendement.

Pour lutter contre la cercosporiose, deux techniques se dégagent. Ce sont la lutte chimique (par pulvérisation sur les feuilles du bananier plantain). Pour ce faire trois familles de fongicides à savoir les Benzimidazoles, les Triazoles et les Morpholines sont utilisées. Il est également recommandé de réaliser 7 à 10 passages au cours d’un cycle de culture ; alterner les produits utilisés ou les familles de produits pour éviter l’apparition de souches de champignons.

Selon toujours les chercheurs, un système d’avertissement climatique permet de limiter les traitements chimiques contre les cercosporioses. Et la lutte agronomique qui consiste à limiter l’incidence sur le rendement en enlevant systématiquement les feuilles nécrosées.

En seconde position les Nématodes. Ce sont des vers microscopiques qui pénètrent et se multiplient dans les racines des bananiers. Elles se manifestent par la pourriture des racines et la sensibilité à la verse. Elles peuvent entrainer également jusqu’à 60% de perte de production. La lutte contre les nématodes est essentiellement chimique (Par épandage de nématicides autour des plants).

 Elle est effectuée avec Rugby 10G (cadusofos), Némacur 10G (phénamiphos), Furadan (carbofuran), etc.

 Trois traitements contre les nématodes sont nécessaires au cours d’un cycle de culture.

Pour éviter la pullulation des nématodes en plantation, il est conseillé d’utiliser un matériel végétal sain (vitroplant ou vivoplant). Adéfaut, parer les rejets ou souches (élimination des racines et autres débris sur le bulbe), et faire le pralinage (trempage des rejets dans une bouillie contenant de l’argile, de l’eau et un nématicide).

En troisième position, les Charançons. Le charançon le plus redouté en culture de banane est  le sordidus. Les larves de cet insecte se nourrissent du bulbe (tige) du bananier plantain. Elles rendent le plant très vulnérable aux coups de vents.

On traite les charançons avec Régent 2G (fipronil), Rugby 10G (cadusofos), etc. C’est la lutte chimique.

La méthode mécanique consiste à piéger les charançons en déposant au pied des bananiers, des faux-troncs (troncs de bananier) tranchés longitudinalement. Le planteur ramasse alors les charançons adultes qui s’attaquent à ces faux-troncs. Extirper les larves des souches et rejets et réaliser le pralinage avant la plantation. Utiliser les vivoplants ou vitroplants pour éviter les pullulations de charançons.

 

Un biofongicide pour lutter contre la maladie des raies noires

Une étude réalisée par des chercheurs ivoiriens a montré que l'utilisation du fongicide naturel NECO dans la pulvérisation des bananeraies constitue un moyen efficace de lutte biologique contre la maladie des raies noires.

Selon les chercheurs, le NECO peut être aussi associé dans un système de lutte intégré contre cette maladie qui entraine chaque année de sévères pertes de rendement chez les planteurs de banane plantain en Côte d'Ivoire et dans de nombreux pays africains.

La banane plantain est un produit très prisé en Côte d'Ivoire et dans le reste de l'Afrique. Les statistiques du Centre National de Recherche Agronomique (CNRA) indiquent que la Côte d'Ivoire a une production annuelle de banane plantain de 1.500.000 tonnes.

"C'est la troisième culture vivrière ivoirienne, pour une consommation de 120 kg/habitant/an. Sa forte demande intérieure est accentuée par un marché sous-régional et international en constitution", a expliqué  à SciDev.Net, Amani Kouakou, directeur de la station de recherches sur les cultures vivrières.

Le principal auteur de l'étude, Fernand Kassi, du laboratoire de physiologie végétale de l'Université Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan-Cocody, explique que "cette maladie également appelée cercosporiose noire, est causée par un champignon (Mycosphaerella fijensis)."

"Elle peut causer des pertes de rendement pouvant atteindre 100 % de la production", a-t-il confié à SciDev.Net.

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont travaillé sur la période d'août 2010 à avril 2011 sur deux cultivars de bananiers plantains en condition d'infestation naturelle dans une plantation expérimentale de l'Université Felix Houphouët-Boigny d'Abidjan-Cocody.

"Le pesticide naturel est pulvérisé sur les feuilles de bananiers dans les parcelles traitées, tandis que des bananiers témoins ne bénéficient d'aucun traitement", explique M. Kassi. Le chercheur révèle aussi que le NECO est obtenu par entrainement à la vapeur d'eau des feuilles fraiches de l'Ocimum gratissimum.

Quatre applications du NECO ont été réalisées au cours de la période d'évaluation. Les chercheurs ont observé qu'après chaque traitement, il y a une réduction de la vitesse d'évolution de la maladie chez les bananiers traités, tandis que la maladie évoluait de façon rapide sur les plantes témoins.

L'Ocimum gratissimum, appelé aussi Basilic Africain, est de la famille des Lamiacées. Il est répandu autour des villages en Côte d'Ivoire et peut prendre une forme de buissons jusqu'à deux mètres de hauteur.

Souvent cultivé à des fins médicinales ou aromatiques, le basilic africain entre également dans la composition de nombreux produits cosmétiques. Les feuilles servent localement à parfumer les infusions et les aliments.

Mme Eboulé Somala Yao est la présidente du groupement ''Main dans la main'' de Niablé, dans l'est de la Côte d'Ivoire. Elle dirige une coopérative de petits producteurs de banane plantain.

Pour elle, le NECO va permettre d'accroitre la production de produits bio qui vont en plus de la sous-région s'exporter convenablement vers le marché européen. "Nous souhaitons pénétrer le marché européen avec des produits bio très en vue", a-t-elle confié à SciDeV.Net.

Cependant, elle souhaite un soutien de l'Etat à la vulgarisation du NECO, afin que tous les producteurs de banane plantain puissent avoir accès à ce biofongicide pour pulvériser leurs exploitations.

 

ALFRED KOUAME

CORRESPONDANT

 

 

 

 

 

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