Paludisme: Un piège à entonnoir pour lutter contre les moustiques

samedi, 13 décembre 2014 15:53

Des chercheurs burkinabé ont conçu un nouveau piège qui pourrait aider à lutter efficacement  contre les moustiques, sans provoquer la résistance aux insecticides. L'information est donnée par le journal en ligne Anglais spécialisé dans les informations sur la science et les technologies de l'information et de la communication (Tic), Scidev.net.

Selon le journal les résultats de l’étude, publiés dans la revue « Malaria Journal » du 12 juin 2013, devraient permettre  de réaliser des avancées  dans la lutte contre le paludisme au Burkina Faso et en Afrique de l’ouest, une zone endémique.

Selon les statistiques de l’OMS,  le paludisme tue chaque année près d’un million de personnes dans le monde et 80 % de ces décès sont enregistrés en Afrique.
La sous-région ouest-africaine représente 45 % de la population du continent et le paludisme y est endémique dans 15 des 17 pays couverts par l’OMS.

Selon Abdoulaye Diabaté, de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé de Bobo-Dioulasso (IRSS), au Burkina Faso, l’un des auteurs de l’étude, le piège,  en forme d'entonnoir, a été testé dans des zones à faible et forte prévalence de moustiques vecteurs du paludisme.
 « Les études ont été réalisées à Soumousso et VK3. Soumousso est un village traditionnel dans la zone de savane du Burkina Faso, où la densité du vecteur du paludisme est faible. Cependant, le village de VK3 est dans la zone rizicole de Bama, une localité où la densité du vecteur du paludisme est très élevée », a-t-il indiqué à SciDev.Net.

Abdoulaye Diabaté a révélé que dans l’ensemble, les chercheurs ont observé que les pièges ont permis de réduire de 70 à 80%  la densité des moustiques dans les maisons.

« Les moustiques capturés dans les pièges et dans les maisons étaient très résistants aux insecticides », a-t-il souligné.
Le piège, avec une entrée en forme d’entonnoir, est constitué d'un cadre en métal de, 69 cm de largeur et 51 cm de profondeur, sur 165 cm de haut. Il est muni du bas vers le haut d’une moustiquaire régulière afin d'éviter que les moustiques et autres insectes ne s'échappent une fois piégés.

Un entonnoir, également en métal, est inséré à la partie supérieure de la trappe, de sorte que les moustiques peuvent pénétrer à travers l’ouverture.

M. Etienne Bilgo, de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé de Bobo-Dioulasso, membre de l’équipe de recherche, a quant à lui expliqué qu’une approche qui a été développée ces dernières années dans la lutte contre le paludisme repose sur la réduction des moustiques vecteurs dans les maisons, dans le but de réduire la transmission de la maladie.

« Le piège à entonnoir combine en un seul outil, le dépistage et la capture par piège. Le piège ne nécessite pas d’insecticide. Cependant, il capture efficacement les moustiques résistants et les tue », a-t-il souligné.

Selon Etienne Bilgo, il reste encore des efforts à fournir pour une adhésion des populations à cet outil. Mais le chercheur se veut confiant : « Vu le grand nombre de moustiques piégés chaque matin, les habitants des villages expérimentaux ont donné un avis favorable pour l'adoption de cet outil de capture des moustiques », a-t-il fait valoir.

M. Bilgo a également indiqué que des travaux sont toujours en cours pour réduire la taille des pièges. Deux prototypes sont en cours de réalisation. « Le premier prototype sera toujours posé aux fenêtres, tandis que le second sera utilisé en plein air », a indiqué  Etienne Bilgo.

Les chercheurs ont évalué le coût de fabrication du piège à moustiques à 42 $ US. « La charpente métallique alourdit les frais de fabrication. Si la taille de la charpente est réduite de moitié, le coût estimatif du piège sera  12 US $ », a précisé M. Bilgo.


Pour le journaliste scientifique burkinabé  Boureima Sanga, interrogé par SciDev.Net,  le coût du piège peut être un obstacle à son utilisation par la population, surtout en milieu rural.

"Selon la Banque mondiale, 46% de la population vit sous le seuil de la pauvreté au Burkina-Faso. Ainsi la plupart des populations des zones rurales qui vivent avec moins d'un dollar par jour ne peuvent pas acquérir ce piège. 42 ou 12 dollars restent très chers pour les populations rurales pour mettre en place un piège ", a-t-il expliqué à SciDev.Net.

Pour lui, il serait souhaitable que  le gouvernement offre une subvention pour mettre en place les pièges et les rendre disponibles à travers le pays.

Pour le médecin chef du centre de santé de N’Douci, en Côte d’Ivoire, cette trouvaille est une bonne chose. « Elle va permettre de mieux gérer les vecteurs du paludisme et réduire sensiblement les transmission. Cependant, il faudrait que les programmes nationaux de lutte contre le paludisme les intègrent dans les actions qu’ils mènent sur le terrain », a-t-il conclu.

Arsène Kanga
Correspondant régional

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