L’électricité d’origine solaire pour alimenter des tablettes éducatives: la stratégie d’Akon Lighting Africa révélée au Bénin
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L’électricité d’origine solaire pour alimenter des tablettes éducatives: la stratégie d’Akon Lighting Africa révélée au Bénin

mardi, 11 août 2015 15:25
L’électricité d’origine solaire pour alimenter des tablettes éducatives: la stratégie d’Akon Lighting Africa révélée au Bénin L’électricité d’origine solaire pour alimenter des tablettes éducatives: la stratégie d’Akon Lighting Africa révélée au Bénin Crédits: DR

Au début des années 1990, de nombreux villages se sont tournés vers l’énergie solaire. C’est au Zimbabwe que le plus ambitieux de ces projets a sans doute été mené, avec le soutien financier du PNUD et dans le cadre du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

La tournée d’été d’Akon Lighting Africa vient de se terminer au Bénin, où les trois cofondateurs de l’initiative, Akon, Thione Niang et Samba Bathily, ont visité hier soir en compagnie du Premier ministre Monsieur Lionel Zinsou les lampadaires installés dans l’arrondissement de Pahou, proche de la capitale, Cotonou. Cette étape béninoise conclut une tournée de 15 jours et a donné l’occasion aux cofondateurs de dévoiler leur vision de long terme pour passer de la fourniture l’énergie à celle de technologies éducatives via des tablettes connectées.

« Avec l’électricité d’origine solaire que nous proposons, on peut connecter toutes sortes d’appareils, téléphones pour communiquer, réfrigérateurs pour conserver la nourriture, et pourquoi pas des ordinateurs. Nous avons présenté à Cotonou les contours d’un nouveau projet visant à fournir des tablettes d’apprentissage et mettre en place des classes intelligentes destinées aux étudiants, que nous espérons lancer dans les prochains mois », ainsi que l’a expliqué Akon. « Akon Lighting Africa est un projet qui vise en priorité le développement de l’Afrique ; c’est bien l’accès à l’énergie qui permettra la transformation rapide du continent ; et logiquement, après l’électrification vient l’éducation», a ajouté Thione Niang. 

Cette étape béninoise était également l’occasion d’un point à date sur l’avancée du projet solaire dans ce pays.  Le partenaire principal de l’initiative, la société Solektra International, termine en effet l’installation de 1500 lampadaires solaires et 2200 kits solaires, suite à un appel d’offre remporté il y a quelques mois et ciblant un total de 124 localités. « Nous avons exécuté plus de 75% de la commande et les autorités ont exprimé toute leur satisfaction devant le travail réalisé par nos équipes sur le terrain », a expliqué Samba Bathily, en sa qualité de Président de Solektra. « Le Benin est un pays stratégique, car nous avons démontré la solidité de notre démarche et la qualité de nos solutions dans le cadre d’un appel d’offre. Nous remercions les autorités de nous avoir fait confiance».

Cotonou était la dernière étape d’une tournée commencée le 24 juillet lors du Global Entrepreneurship Summit et qui a traversé le Kenya, le Rwanda, le Congo-Brazzaville, le Nigéria, le Niger et le Bénin. Des échanges productifs ont eu lieu, en particulier avec des  agences locales en charge de l’électrification rurale, afin d’identifier les possibilités de déploiement des solutions solaires proposées par Solektra International. Les différentes autorités rencontrées manifestent un intérêt certain pour ce projet et le modèle économique proposé, structuré autour de préfinancements. Via l’extension de projets pilotes ou la participation à des appels d’offres, Akon Lighting Africa et Solektra International espèrent ainsi atteindre rapidement leur objectif, à savoir une présence dans 25 pays d’ici la fin 2016.

Akon Lighting Africa souhaite apporter une réponse concrète à la crise énergétique du continent africain et construire le futur du continent africain. Cette initiative, lancée en février 2014 par l’artiste international Akon, le leader Thione Niang et l’entrepreneur Samba Bathily, poursuit un objectif clair : électrifier les villages africains par une solution solaire innovante, propre et accessible. En moins d’un an, grâce à un modèle fondé sur le partenariat public-privé et un réseau de partenaires de premier plan, Akon Lighting Africa a favorisé dans 14 pays l’installation de solutions adaptées aux besoins des populations rurales - lampadaires, kits communautaires et domestiques.

Installée à New-York aux Etats-Unis et disposant de bureaux dans de nombreuses villes africaines, la société Solektra international se concentre sur deux métiers stratégiques pour le développement de l’Afrique : la fourniture d’eau de qualité et la fourniture d’énergie, en recourant aux technologies solaires. Fondée par Samba Bathily, Akon et Thione Niang, Solektra international fait partie de la nouvelle génération d’entreprises africaines qui investissent dans la croissance et l’emploi du continent, en associant de nombreux partenaires internationaux de premier plan. Solektra International est actuellement présent dans 14 pays - Mali, Sénégal, Niger, Bénin, Sierra Leone, Burkina-Faso, République de Guinée, Guinée Equatoriale, Gabon, Congo-Brazzaville, Nigéria, Madagascar, Namibie, Kenya.

 Une énergie peu coûteuse

L’électrification des zones rurales présente des défis particuliers pour les gouvernements africains car il est souvent coûteux et peu pratique de relier au réseau d’électricité des foyers éloignés et éparpillés. Dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), les pays africains cherchent de nouveaux moyens de permettre aux familles rurales de cuisiner et de s’éclairer. Des sources d’énergie autonome — solaire, éolienne ou hydraulique (avec des mini-générateurs) — peuvent constituer une solution.

Le NEPAD part du constat selon lequel il faut, pour parvenir à la prospérité sociale et économique, renforcer l’accès à des sources d’énergie moins coûteuses et plus fiables. En dehors de l’Afrique du Sud et de l’Egypte, seuls 20 % des Africains (et dans certains pays seulement 5 %) ont l’électricité. Dans les régions rurales où vivent la majorité des Africains, ce chiffre n’est que de 2 % en moyenne, ce qui est nettement inférieur au taux d’au moins 35 % que comptent atteindre les dirigeants africains.
‘Le soleil est gratuit’

Cet objectif est tout à fait réaliste, explique M. Garai Makokoro, directeur de l’Energy Technology Institute du Zimbabwe. Les cours d’eau (au potentiel hydraulique) et les réserves de pétrole, de charbon et de gaz de l’Afrique sont après tout parmi les plus importants du monde. Pour faire progresser le NEPAD, ajoute-t-il, il faut que les pays trouvent des sources d’énergie moins coûteuses, en minimisant les risques pour l’environnement et en en assurant la viabilité. De l’avis de ce spécialiste de l’énergie, l’énergie solaire, propre et renouvelable, satisfait cette équation.

“Les pays africains doivent faire preuve de créativité. Le soleil est gratuit et inépuisable. Les panneaux photovoltaïques convertissent directement les rayons du soleil en électricité, sans pollution et sans nuire à l’environnement. Ils peuvent produire suffisamment d’électricité pour alimenter des cuisinières, pomper de l’eau, éclairer des dispensaires et faire fonctionner des téléviseurs. L’Afrique a l’un des meilleurs climats pour ce type d’énergie”, a expliqué M. Makokoro à Afrique Renouveau.

Mais malgré les avantages incontestables de l’énergie solaire, la majorité des Africains dépendent encore de sources d’énergie traditionnelles. Le bois ou d’autres formes de biomasse comme les résidus des récoltes constituent les principales sources d’énergie pour la cuisine — ce qui a des conséquences très néfastes sur l’environnement.

Au début des années 1990, de nombreux villages se sont tournés vers l’énergie solaire. C’est au Zimbabwe que le plus ambitieux de ces projets a sans doute été mené, avec le soutien financier du PNUD et dans le cadre du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

Cette initiative financée par le FEM (à hauteur de 7 millions de dollars) et le Zimbabwe (à hauteur de 400 000 dollars) a consisté à installer quelque 9 000 systèmes d’énergie solaire dans l’ensemble du pays, dans le but d’améliorer les conditions de vie de la population mais également de réduire la dégradation des terres et la pollution.

Situé près de Shamva, à 70 kilomètres de Harare, la capitale du Zimbabwe, la communauté de River Estate a l’un des meilleurs systèmes solaires locaux du pays. Cinquante deux exploitations agricoles familiales se partagent des générateurs d’électricité solaire, à raison d’un pour deux foyers.

Chaque famille a deux lampes, ainsi que la possibilité de brancher une radio ou un petit téléviseur. Ces nouveaux systèmes d’éclairage ont amélioré la qualité de vie de la communauté : les élèves peuvent ainsi étudier plus longtemps, l’exode rural est réduit dans la région et les soins de santé se sont améliorés grâce à l’électrification d’un dispensaire.

Financement novateur

“Malgré tous leurs avantages, l’installation de ces systèmes solaires est d’un coût élevé, explique M. Jem Porcaro, analyste du Groupe de l’énergie et de l’environnement du PNUD. En Afrique subsaharienne, il faut compter de 500 à 1 000 dollars en moyenne pour équiper un foyer, c’est-à-dire éclairer de trois à six pièces et faire fonctionner un téléviseur noir et blanc tous les soirs. La plupart des foyers africains n’en ont pas les moyens”.

Le recours à de nouvelles modalités de financement, comme la facturation à l’usage, est un moyen de surmonter le problème des coûts initiaux prohibitifs, indique M. Porcaro. L’installation de panneaux solaires alimentant plusieurs foyers à la fois peut également permettre de réduire les coûts. D’après la Banque mondiale, un plus grand nombre de foyers africains pourrait bénéficier de l’énergie solaire si les pouvoirs publics supprimaient certains obstacles, par exemple les droits d’importation.

La volonté de faire bénéficier les foyers ruraux de cette forme d´énergie est manifeste chez les dirigeants africains. Par exemple, d’après un rapport du PNUD et du FEM sur le financement et les modes de distribution, le marché de l’énergie solaire était à l’origine dominé en Afrique du Sud par le secteur privé, c’est-à-dire des concessionnaires.

Mais le Gouvernement, l’un des principaux artisans du NEPAD, a par la suite lancé un grand programme hors réseau qui est maintenant entièrement opérationnel. Le Botswana, la Namibie, le Swaziland, la Zambie et la plupart des pays de la région ont développé les marchés de l’énergie solaire, souvent avec des fonds spéciaux visant à faciliter les crédits à la consommation.

Une aide pour les entreprises

L’énergie solaire sert également à faire fonctionner de petites entreprises. Abina Lungu, entrepreneur, gère une fabrique de pilage du maïs à Nyimba, dans l’Est de la Zambie. Source d’énergie fiable, l’électricité solaire lui permet de travailler tard dans la nuit pour répondre à toutes les commandes de ses clients. M. Lungu est l’un des nombreux villageois desservis par Nyimba Energy Service Company (NESCO), une entreprise financée par l’Agence suédoise de développement international.

NESCO installe dans les résidences ou ateliers un système comprenant un panneau, une batterie, un contrôleur de charge et des points d’alimentation. Le coût s’élève à 33,33 dollars, frais de contrat inclus. Par la suite, les consommateurs doivent s’acquitter de frais de location mensuels.

Il n’est pas difficile de convaincre les Africains de recourir à l’énergie solaire et la demande est importante. NESCO a environ 360 personnes sur sa liste d’attente. “Nous avons du mal à répondre à la demande”, admet M. Stanislas Sankhani, chef de projet. Les efforts concertés du NEPAD devraient permettre aux Africains de ne plus attendre longtemps. D’après la Banque mondiale, l’électricité solaire, convient aussi bien que les réseaux électriques aux foyers ruraux, car leur consommation est faible.

Arsène Kanga
(Source: Nepad et akonlightingafrica )

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