Igname et Manioc : Comment accroitre la production par l'urine

Igname et Manioc : Comment accroitre la production par l'urine

jeudi, 20 novembre 2014 10:13

Situé à 80 km d’Abidjan, le village de Petit Badien est dans la sous-préfecture de Dabou, au Sud de la Côte d’Ivoire. Forte d’une population de 1000 habitants, cette localité abrite depuis quelques années le site de recherches sur la valorisation de l’urine comme fertilisant dans la production du manioc et de l’igname, les deux principaux produits intervenants dans l’alimentation des ivoiriens.

Igname et Manioc : COMMENT ACCROITRE LA PRODUCTION PAR L’URINE

Ce projet de recherche s’inscrit dans le Projet d’assainissement écologique (Ecosan, mis en place par le centre régional pour l’eau potable et l’assainissement à faible coût (CREPA).

Les chercheurs du projet ‘’Ecosan’’, dans la première année, ont recueilli 5000 litres d’urine. Sur cette quantité, 2000 litres ont permis de fertiliser un espace cultivable de 500m2 d’hectares d’igname quand les 3000 autres ont servi de fumure pour une parcelle de 800m2 de manioc.

Les résultats des recherches menées depuis quelques années ont montré que la fertilisation des plantes à partir de l’urine a amélioré les différentes productions de 37% pour le manioc et 42% pour l’igname.

En fait, la récupération de l’urine se fait selon un dispositif spécial. Il s’agit de la décantation. Ainsi les fèces (partie organique) sont séparées de l’urine (partie azotée).
 
«La contamination bactérienne étant réduite, le fertilisant est utilisable après 45 jours d’hygiénisation », insiste le professeur Houenou Pascal, directeur du réseau pour l’environnement et le développement durable en Afrique (REDDA).
                                             
Une irrigation de goutte à goutte

Un litre d’urine représente une production journalière par individu. Ce qui contient entre 7 et 10g d’azote assimilable par les plantes. L’urine est apportée goutte à goutte par un système d’irrigation gravitaire, composé d’un fût de stockage qui assure la charge hydraulique et d’un réseau de distribution. Afin d’éviter une concurrence nutritionnelle avec les adventices, des désherbages réguliers ont été nécessaires jusqu’à la récolte.

Ainsi, une population de 1000 habitants permet de disposer 365 kg d’azote équivalent à 16 sacs de 50 kg. Cet engrais peut fertiliser 18 ha de tomates et 10 ha d’igname.

Sur le terrain, les cultivateurs qui ont participé pleinement aux projets pilote étaient très sceptiques au départ.
 
« Au début du projet, nous ne croyions pas réellement à la réussite des essais agronomiques, surtout que le site expérimental choisi se trouve être un sol pauvre. Mais quelle ne fut notre surprise à la vue des produits de la récolte. C’est avec humilité que je me suis confessé à l’équipe de recherche », relève le chef- adjoint du village de Petit Badien.

En effet, très émerveillé par les résultats de la recherche le chef- adjoint du village à personnellement mené une campagne de sensibilisation dans le village afin ses compatriotes  s’impliquent davantage dans le projet ECOSAN.
                                               
Un succès franc

À la récolte des tubercules de manioc et d’Igname, Alexis Noumé, un cadre du village, se souvient que les villageois présents sur les champs d’expérimentations n’ont pas hésité à s’emparer des tiges de manioc des parcelles fertilisées à l’urine.

Fort étonné de la grosseur des racines tubérisées, « le président des parents d’élèves du village  est entré au village, torse nu, portant sur la tête un fagot de tige de manioc et tenant dans ses mains un pied de maniocs. Ce fut une curiosité pour tout le village », explique-t-il.

Avant de souligner que ce geste a occasionné la ruée de la population sur le site expérimental pour mieux admirer les produits et en acheter pour la consommation.
Le hic,  c’est que l’acceptation par la population de ce projet à mis les initiateurs en difficulté. En effet, face aux sollicitations des paysans la quantité d’urine recueillie se trouve être insuffisant.
 
Aujourd’hui comptent étendre le projet dans le milieu urbain en vue de récolter une quantité suffisante d’urine pour fertiliser les productions agricoles dans le milieu rural.
Ainsi, plusieurs localités du pays sont identifiées pour abriter la suite du programme ‘’Ecosan’’.

Il s’agit dans le milieu urbain d’Abidjan et de Bingerville. Dans le milieu rural ce sont les départements de Dabou, Sikensi et Katiola qui sont retenus. Outre le manioc et l’igname, les chercheurs du projet Ecosan comptent élargir leur champ d’action aux cultures de rente. Ainsi ils veulent mener des recherches pour savoir si l’urine peut aussi jouer le même rôle de fertilisant au niveau de la caféiculture, la cacaoculture, l’hévéaculture la culture du palmier à huile, la culture du coton…
Les chercheurs du projet ‘’Ecosan’’ travaillent également sur les possibilités de valorisation de l’urine dans la production du biogaz comme combustible pour la cuisson du semoule de manioc, communément appelé ‘’attiéké’’ en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.

Arsène Kanga
Correspondant régional


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