Enseignement su périeur: L’accès à l’université est de 7% en Afrique subsaharienne

lundi, 16 mars 2015 15:05
L’accès à l’université est de 7% en Afrique subsaharienne L’accès à l’université est de 7% en Afrique subsaharienne Crédits: DR

La présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkasazana Dlamini-Zuma, abonde dans le sens du président Macky Sall lorsqu’elle affirme que "Notre continent ne peut pas se développer si nous n’accordons pas une place essentielle à l’enseignement supérieur".

Le président Macky Sall du Sénégal a brossé ce mardi, 10 mars 2015 à Dakar, un tableau peu flatteur de l’éducation en Afrique. A l’en croire, "l’accès à l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne n’est que de 7% en moyenne, contre 76% en occident et 29% dans le monde."

Il s’exprimait ainsi à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du sommet sur l’enseignement supérieur en Afrique qui s’achève ce jeudi, 12 mars 2015. "Beaucoup d’enfants, notamment ceux issus de milieux modestes, et de filles, restent encore en marge de l’école et de l’université", a-t-il notamment précisé.

Regrettant au passage que "en dépit des progrès appréciables déjà réalisés, les Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD) liés à l’éducation pour tous ne sont pas atteints par la majorité des pays africains."

“La question de l’éducation et de la formation doit rester au cœur des politiques publiques. C’est un impératif de premier ordre.” Aussi le chef de l’Etat sénégalais lance-t-il une interpellation : "Il convient d’engager les transformations que requiert l’urgence de la situation." Pour lui, "la question de l’éducation et de la formation doit rester au cœur des politiques publiques. C’est un impératif de premier ordre."

Car, dit-il, "C’est par la maîtrise du savoir et du savoir-faire, par l’appropriation de la science et de la technologie que nous pourrons relever tous les autres défis du développement. Qu’ils tiennent à l’agriculture pour l’autosuffisance alimentaire, aux infrastructures pour améliorer la circulation des personnes et des biens, à l’énergie et aux services sociaux de base… Bref, l’éducation et la formation réunies forment une sorte de préalables pour asseoir les bases du développement et du bien-être du peuple."

La présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkasazana Dlamini-Zuma, abonde dans le sens du président Macky Sall lorsqu’elle affirme que "Notre continent ne peut pas se développer si nous n’accordons pas une place essentielle à l’enseignement supérieur".

 Elle en a profité pour lancer un appel à la "domestication" de l’Agenda 2063 de l’UA qui "couvre tous les domaines", y compris l’éducation où un accent particulier est mis sur la science, la technologie et l’innovation (STI).

En effet, on peut lire dans l’un des documents officiels du sommet, que la stratégie de l’UA pour la science, la technologie et l’innovation pour la prochaine décennie (STISA-2024) "prend en compte la nécessité de revoir l’infrastructure des STI en Afrique, de renforcer les compétences techniques et professionnelles, et également de fournir un environnement propice aux STI en tant que conditions préalables pour réaliser sa mission."

D’où l’insistance de Nkasazana Dlamini-Zuma : "Nous ne pouvons pas atteindre les objectifs de l’agenda 2063 de l’Union africaine sans investir sur la formation de nos peuples qui sont notre plus précieuse richesse."

Aicha Bah Diallo, Présidente du conseil d’administration de Trust Africa, structure organisant ce sommet, fait remarquer que depuis les années 1990, les Etats ont surtout investi dans l’enseignement primaire et dans une certaine mesure dans le secondaire.

"Il n’y a pas longtemps qu’on a commencé à investir dans l’enseignement technique et la formation professionnelle. Maintenant, nous disons que le secteur de l’éducation doit être vu d’une manière globale. Il ne faut pas le découper ; chaque pays doit avoir un plan et on ne peut pas négliger l’enseignement supérieur." Ajoute-t-elle.

Le sommet sur l'enseignement supérieur à Dakar a pour objectif de créer une plateforme continentale pour définir les stratégies à même de transformer l’enseignement supérieur en Afrique.

Par exemple en développant une vision partagée de l’avenir de cet ordre d’enseignement sur le continent ; ou encore en encourageant l’innovation dans l’enseignement supérieur en Afrique.

Ce sommet de Dakar enregistre la participation de plus de quatre cents participants composés d’universitaires, de travailleurs du secteur public et privé, de membres de gouvernements de plusieurs pays, d'associations d’étudiants, de chefs d’entreprises, etc.

Les Africains en rangs dispersés

Le sommet de Dakar sur la revitalisation de l’enseignement supérieur en Afrique (10-12 mars 2015) a été l’occasion pour les quelque 500 participants, de se pencher sur les maux qui minent l’enseignement supérieur en Afrique, de l’insuffisance des moyens aux questions de gouvernance, en passant par la nécessité de faire de l’enseignement supérieur le fer de lance du développement.
 
Dans une Afrique fracturée, avec la tentation des extrémismes, incarnés, entre autres, par le groupe Boko Haram et sa philosophie de l'obscurantisme, ainsi que les différences d'approche entre francophones et anglophones, le sommet de Dakar venait à point nommé, pour raviver la flamme de l'espérance.
 
Toutefois, l’un des objectifs de la rencontre, qui était de créer une vision partagée sur les lignes directrices de l’enseignement supérieur en Afrique au cours des prochaines décennies, semble avoir pris un sérieux coup dès l’ouverture du sommet, avec la publication, par un collectif d’ONG, d’un mémorandum aux accents dissidents (même si les auteurs s'en défendent) sur les enjeux de l’enseignement supérieur sur le continent.
 
Si la plupart des spécialistes s’accordent pour diagnostiquer les causes du mal-être de l’enseignement supérieur en Afrique, en revanche, ils peinent à s’entendre sur les remèdes.
 
Tandis que la présidente de la Commission de l'Union Africaine annonçait les grandes lignes d'une nouvelle initiative pour l'appui à l'éducation et à l'enseignement supérieur, en vue de soutenir la science et la technologie, que le professeur Adebayo Olukoshi, directeur de l'Institut des Nations unies pour le développement économique et la planification appelait à des solutions intégrées aux problèmes africains et que Aïcha Bah Diallo, présidente de Trust Africa, célébrait devant les caméras le retour d'une vision holistique de l'éducation qui ne privilégierait plus l'enseignement primaire, le Réseau International d’Universités Ouvertes et Citoyennes, la Coalition des Organisations en synergie pour la défense de l’Education Publique (COSYDEP), le Réseau International Enda Tiers Monde (Enda T-M) et le Groupe de Recherche Action sur les Initiatives Éducatives et Sociales (Graines) soumettaient des propositions parallèles et annonçaient la tenue, le 25 mars, d'un séminaire sur l'enseignement supérieur en Afrique.

A première vue, un de plus.
 
Mais selon les initiateurs, il s'agit d'un appel à sortir les débats sur l'enseignement supérieur du cadre sacro-saint de l'université et à y associer l'ensemble des parties prenantes, en Afrique et ailleurs, à commencer par la société civile, dont l'université ne peut se dissocier.
 
Le collectif des quatre organisations à l'origine du séminaire de Tunis déplore ainsi que "les débats sur l'avenir de l'enseignement supérieur, aujourd'hui très animés, apparaissent à nouveau enfermés dans les discussions entre certains acteurs de la communauté universitaire et les autorités publiques, dans une confrontation constante."
 
Il estime par conséquent que l’avenir des universités africaines est largement tributaire d’une refondation profonde et de la redéfinition de leurs relations avec les sociétés civiles.

Il propose plusieurs pistes de réflexion, dont la mise en place de dispositifs fédérateurs, notamment l’équivalent d’un programme Erasmus à l’africaine, sur le modèle mis en place en Europe; le lancement d’un agenda africain "Responsabilité sociale des établissements d’enseignement supérieur"; le lancement d’une initiative portant sur la "Convergence dans la gouvernance des établissements" et le lancement d’un agenda africain "Recherches coopératives, citoyennes et participatives."
 
Les quatre organisations considèrent que le lien au corps social s'effiloche dans l'espace universitaire et la rupture de ce lien serait à l'origine de moult problèmes que connait l'enseignement supérieur en Afrique.

Pour Lionel Larqué, coordinateur de l'Alliance Sciences-Société, une organisation ayant pour but de valoriser et de promouvoir les interactions sciences-recherche-société, "l'université doit s'occuper du rapport à la société, parce que la crise sociale touche aussi l'université et parce qu'il y a aujourd'hui une crise profonde du projet d'université, qui trouve ses racines dans la société."
 
"Il faut des acteurs tiers beaucoup plus présents dans les discussions et pas simplement une rencontre où 80% des acteurs sont des universitaires. Il ne s'agit pas seulement de réunir les établissements, mais aussi d'inviter un grand nombre d'acteurs de la société civile."
 
Pour autant, tout comme l'université peut redouter les immixtions du politique dans ce qu'elle considère comme son espace réservé, elle appréhende tout autant l'invasion d'acteurs civils non-universitaires.
 
Mais pour Lionel Larqué, le mal est plus profond et il y va de la survie de l'institution universitaire: "Il y a des signaux extrêmement préoccupants du rapport de l'étudiant à l'université, du fait qu'aujourd'hui, dans plusieurs pays à travers le monde, plus on est diplômé, plus on est chômeur" et il s'ensuit que le pacte d'intérêt que peuvent avoir les familles ou les étudiants à suivre des études supérieures peut s'en trouver affecté.
 
Moussa Mbaye, secrétaire exécutif d'Enda-Tiers Monde, ajoute pour sa part que les vraies questions de l'enseignement supérieur n'ont pas été abordées de manière approfondie lors du sommet de Dakar.
 
Selon lui, les organisateurs auraient gagné à focaliser la rencontre sur le besoin d'un agenda réellement africain.
 
Chefs d'Etat absents

Or, regrette-t-il, sur la plupart des questions en débat, notamment le financement des universités, la gouvernance et l'innovation dans l'espace universitaire, "ce qui est proposé aux Africains, c'est ce qui a déjà été expérimenté ailleurs et qui a produit des impasses, avec aux Etats-Unis, une dette des étudiants qui atteint des sommes astronomiques et menace le tissu social, ainsi que cette tendance qui consiste à privilégier les questions de recherche au détriment du contenu et de la pertinence de la recherche."
 
Moussa Mbaye souligne aussi la nécessité de "faire porter la voix des sociétés civiles africaines, de manière suffisamment forte pour faire plier la logique des institutions financières internationales."
 
Par ailleurs, de manière générale, un certain nombre d'acteurs soulignent l'absence, lors du sommet de Dakar, de la plupart des chefs d'Etat du continent.
 
De fait, sur les 53 chefs d'Etats membres de l'Union Africaine, seul le président sénégalais, Macky Sall, dont le pays était l'hôte du sommet, est venu l'honorer de sa présence; certes, une dizaine de ministres de l'Education en fonction et un nombre important d'anciens ministres étaient présents, mais cette sous-représentation du personnel politique de premier plan entache, selon plusieurs participants, la légitimité du "sommet" de Dakar à prendre des décisions au nom de l'ensemble du continent.
 
Mais pour Lionel Larqué, il ne s'agit pas d'un phénomène propre à l'Afrique. 
 
"Depuis une trentaine d'années, estime-t-il, la question de l'enseignement supérieur est devenue une question technique, qui n'est quasiment plus traitée au niveau politique."
 
"Depuis les années 1980, dans les campagnes électorales, au niveau mondial, soutient-il, la question de l'enseignement supérieur, les questions liées à la recherche et à l'enseignement, supérieur ne préoccupent pas les politiques. Certes, on parle de politique de l'emploi, de l'économie, mais la recherche est reléguée au second plan et traitée à un niveau technique. Le sens de l'aventure et du rapport à la connaissance n'est plus discuté dans aucun appareil politique, à l'échelle mondiale. Ceci, à mon avis, est une tragédie préjudiciable pour l'enseignement supérieur. Et puisqu'il s'agit de questions considérées avant tout comme techniques, aucun chef d'Etat n'a rien à gagner ou à perdre en allant à ce type de rassemblement."
 
Selon Lionel Larqué, "si les organisations de la société civile s'emparent du sujet et exercent une pression appropriée, il y aurait peut-être une lueur d'espoir que les gouvernements prennent la question plus au sérieux."
 
Pont
 
Autre fait marquant lors du sommet sur la revitalisation de l'enseignement supérieur en Afrique: l'absence de représentants de l'Afrique du Nord.
 
Dakar, à cet égard, aura raté une occasion en or d'établir un pont entre le nord et le sud du continent, pour se pencher sur ce qu'une collaboration pourrait rapporter en termes d'échanges d'expériences et d'ouverture.
 
Le séminaire du 25 mars à Tunis, du fait qu'il se tient dans un pays du Maghreb, pourrait être une occasion d'élargir le débat sur l'harmonisation et d'explorer les pistes d'une meilleure intégration des systèmes éducatifs sur le continent.
 
Toutefois, Dakar aura au moins permis de se rappeler que l’éducation et la transmission du savoir constituent des composantes-clés du développement, par lesquelles les hommes sont investis de la capacité d’acquérir le savoir, pour ensuite le mettre au service du mieux-être de la communauté et créer des activités génératrices de revenus.
 
Dans des sociétés africaines marquées par des crises récurrentes dans le secteur de l'éducation, en général, et en particulier dans le supérieur, il semble en effet qu'il y ait une certaine urgence à agir, pour mettre en place un système d'enseignement supérieur qui réponde aux exigences des temps modernes, tout en tenant compte des spécificités propres au continent et à cet égard, l'apport de tous est indispensable.
 
Il est trop tôt de dire, à l'instar de certains observateurs, se basant surtout sur le fait que ses conclusions n'ont pas encore été rendues publiques, que le sommet de Dakar aura accouché d'une souris.
 
Il est aussi évident qu'en 72 heures, les participants n'ont sans doute pas eu le temps d'aborder en profondeur tous les problèmes auxquels l'enseignement supérieur est confronté en Afrique.
 
L'utilité de la rencontre se mesurera sans doute à l'aune de l'effort de prise de conscience qu'elle aura suscitée et, surtout, à sa capacité à susciter de l'action utile.
 
Il serait intéressant, à cet égard, de suivre de près le séminaire du 25 mars à Tunis et d'apprécier ensuite la qualité de sa contribution au débat sur la renaissance de l'enseignement supérieur en Afrique.
 
En attendant, ici comme ailleurs, il semble bien que l'Afrique est partie, une nouvelle fois, en rangs dispersés.
 
Dakar aurait probablement gagné à inviter toutes les parties prenantes à l'enseignement supérieur en Afrique et à explorer en profondeur tous les points de vue exprimés.
 
Tunis – et peut-être aussi d'autres forums – s'apparente à une séance de rattrapage, pour enrichir le débat et prouver que la différence peut être synonyme de richesse..
 
Alfred Kouamé
Correspondant

(Source: Scidev.net)

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