Michèle Yakice: Alice merveille du pays attié

lundi, 19 février 2018 19:16

Si le bleu court ses vêtements c’est en revanche le vermeille qu’elle tient pour couleur de prédilection de  son peuple chromatique.

Michèle Yakice : Alice merveille du pays attié

« BozéAblokikpêkalou han lé que hé kadio » traduit de l’Attié, ce propos donne en  substance : « Tu es allée en Europe et tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de confectionner des habits ».

Coudre, découper, utiliser le métier, est à l’époque où la jeunesse fille à  l’encontre de qui ces propos blessants sont tenus, est bien pire qu’un sentiment d’échec, une certitude  d’humiliation. Il est donc reproché à la fille de Jean-Baptiste Yapo et d’Apo Elisabeth de n’avoir pas embrassé une carrière plus valorisante. Ainée de famille, elle ne permet pas à son père planteur et sa ménagère de  mère d’avoir le port altier, le buste droit et clamer : ma fille est juriste, architecte, médecin bref un métier convenu.

On ne passe pas son temps en compagnie d’étoffe, épingle, bobine de fil, ciseau et aiguille surtout quand on a été première de classe, major pour l’entrée en 6e de toute la sous-préfecture d’Alépé, ville  natale de Yapo Akochi Alice de Montezo. Ses compagnons de classe, elle en compte dans le rang des personnalités de ce pays qui de sa prestance scolaire se souviennent encore. Mais des années plus tard et aujourd’hui encore, les propos issus de ce même pays sont antinomiques et le tout pays attié d’accourir non plus auprès d’Akichi mais auprès de Michèle Yakice et de lui dire : « Non gbouyé ! Odzoboué » entendons : « Prends la avec toi et fais d’elle une femme qui te ressemble ».

Ainsi parlent désormais, les Attié qui confient leurs enfants à Michèle Yakice. Mieux, le métier de styliste et couturier est baptisé « la chose d’Akichi »

Que s’est-il passé ?

Il s’est passé une transformation en série. La petite Akichi part tôt,- quand elle est à peine jouvencelle- en France pour suivre des études classiques. Une fois là-bas, s’opère  une première transformation : elle devra suivre des cours de couture dans un établissement professionnel où son oncle l’a inscrite. Elle n’aime pas vraiment le métier. Mais le  lycée Albert de Mum forme bien pour obtenir un Cap, un Bep grâce à un effectif réduit. Il est aussi une école de la vie car la petite Akichi y croise Chinois, Américains, Tchadiens se faisant ainsi à l’apprentissage de la différence et du vivre ensemble. Avec l’aide de sa formatrice qui partage pour de vrai leur vie, (repas, transport, rire, secrets, on eût dit une sœur ou une mère) elle prend goût au métier dont elle connait les ficelles. Son sens du beau s’affine. Elle devient aussi une sorte de canal de transmission car une fois rentrée au pays, elle veut appliquer tout ce qu’elle a appris en France. Michelle De Villiers qu’elle rencontre en Côte d’Ivoire, renforce ses capacités dans ce métier qui a changé sa vision du monde. Et au moment où le peuple attié ne comprend pas son choix professionnel qu’il moque, elle se fait un point d’honneur à en vivre.

Transformatrice tout terrain

Elle transforme son nom construit sur la base de YapoAKIchiAliCE pour devenir Yakice et emprunte à dame De Villiers son prénom Michèle. Michèle Yakice vient de naître après une longue nuit de réflexion.Et avec elle, un label qu’elle protège. Et avec elle aussi la volonté de transformer son matériau de travail. Tête baissée, tel un bélier, cette dame née un 28 mars 19..(on ne dit pas l’âge d’une femme), fonce. Elle créé, commande et fait faire ses propres tissus dans un atelier de tissage, mécontente qu’elle est, des tissus vendus qui dégorgeaient. Elle recherche ses propres longueurs de bande, sa propre diversité de couleurs grâce à une  équipe de tisserins formée de jeunes filles issues de 5 régions après avoir visité Waragnéné et Bomizambo, des sols réputés en tissage. Elle transforme le bronze en objet de décoration avec  des motifs. Transforme les 30 cartons de coton contenant chacun 10 bobines de 50 grammes en des motifs de fierté vestimentaires.

Peuple de vermeilles

Si le bleu court ses vêtements c’est en revanche le vermeille qu’elle tient pour couleur de prédilection de  son peuple chromatique. « Ça fait habillé» se justifie-t-elle. Aujourd’hui Yakice travaille, après  avoir débuté dans un garage à Marcory, sur une surface de 3000 m2 à Angré où elle a construit une école professionnelle et où elle traine même malade, sa silhouette. Elle n’est plus seule. Rejointe par une de ses filles -l’aînée des 4- qui comme  elle s’appelle Michèle, elle tient mieux qu’une entreprise, une prêtrise om elle doit passer la foi à chacun de faire, comme elle, mentir les détracteurs de ce métier qui la vit, qu’elle vit et dont elle vit. Ses élèves en  plus du professionnel, sont issus du milieu classique et offrent des résultats satisfaisants. En 2017 83,33% d’admis au Bac G2, 100% au Cap esthétique, même pourcentage au Cap couture etc. Mais il en faut plus  pour combler Yakice qui en dépit d’exportation des articles de décoration et d’usage (abat-jour, meuble, rideau, toile murale, couvre lit, taie d’oreillers…) à travers le monde, de confection de tenues de marié, de chemises et robes reconnues en veut encore plus. Plus pour comme son prénom l’y prédestinait, se sentir au pays des merveilles que pour faire fortune. Des meilleurs, c’est le propre de n’être jamais satisfait.

ALEX KIPRE

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