Michel Baldino(Ancien formateur): "Mes 27 ans de passion"

samedi, 27 juillet 2013 10:37
Michel Baldino Michel Baldino Crédits: P. Bagnini

Par ses qualités de technicien hors-pair, Michel Baldino a marqué de son emprunte le handball ivoirien.

MICHEL BALDINO (Ancien formateur) : « Mes 27 ans de passion »

Quand un monument se met à égrener son passé, cela provoque  souvent des frissons. C’est le cas de  Michel Baldino. Une référence  dont l’histoire se confond avec celle du handball ivoirien. Pendant plus de 27 ans, il a servi de toute sa passion la petite balle et a fabriqué de grandes championnes nationales et internationales avant de se retirer dans l’Hexagone en 1987.

De passage à Abidjan récemment, sous invitation du général Lassana Palenfo, président du Comité national olympique (Cno) et de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (Acnoa), Baldino nous a ouvert son cœur.

 «Cela fait 27 ans que j’ai quitté la Côte d’Ivoire. Après 24 ans de travail assidu, d’expérience  qui  se sont avérés enrichissants pour le sport ivoirien, je suis, à 80 ans,  à la retraite et je passe  mes vieux jours chez moi, en France en compagnie de mon épouse et mes deux enfants. Je n’étais pas seul à construire le bâtiment. J’étais l’architecte qui  a bénéficié du soutien de tout un groupe pour bâtir la maison. Je pense notamment à M. Angaman, qui était, à l’époque, directeur de l’Office national du sport (Ons).

Ensemble nous avons constitué une équipe qui a été plusieurs fois championne d’Afrique. C’est inoubliable », indique-t-il, pour expliquer ce qu’il est devenu après son aventure ivoirienne.   Avant de révéler qu’avant son départ en 1987, M. Balla Kéita, le ministre de l’Education nationale d’alors, après l’avoir décoré lui a demandé si la Côte d’Ivoire pouvait compter sur  lui, à l’avenir. «Je lui ai répondu par l’affirmative. Car, je me considère comme un Ivoirien de cœur et d’esprit ».

Parcours

Pour revenir à son passage en Côte d’Ivoire, il faut indiquer que Michel Baldino est arrivé en 1962 à Bouaké. Où il était directeur d’Education physique et sportive au Lycée des jeunes filles. Un établissement dans lequel il a découvert de jeunes filles aux immenses qualités techniques et physiques.  « J’ai eu du plaisir à les encadrer.  

Quand on sait faire tout cela, on peut pratiquer le handball, le basket-ball et le volley-ball. Je me suis aperçu, une année, lorsqu’on a battu Bingerville (championne de l’Académie) qu’on pouvait devenir, un jour champion d’Afrique avec nos équipes d’Air Afrique, Abinader et Tuturaf.

Nous avons fait un mode de recrutement qui s’appelait les jeux d’avenir. Sur 4000 élèves présélectionnées, nous n’avons retenu que 400. C’est avec elles que nous avons été champions d’Afrique des cadets, juniors et seniors. Ce fut le fruit d’un travail de longue haleine », souligne-t-il.

Le secret de la réussite des enfants de Baldino, c’était le travail intense, sans relâche : « Nous faisions 10 h de travail physique par jour. La matinée était réservée à l’athlétisme et la soirée au sport collectif », appuie-t-il.

Quelle comparaison peut-on faire de la génération Baldino et de celle d’aujourd’hui ?  Pour l’ancien directeur de l’Education physique et sportive, l’on ne peut pas comparer une équipe qui se prépare une fois par semaine et celle qui le fait 10h par jour.

« A Bouaké, on constituait une famille. On sortait, mangeait, voyageait, riait et pleurait ensemble. Une grande équipe, c’est cela. Il faut vivre ensemble pour s’apprécier et se connaître. Mes filles étaient complémentaires, homogènes, se retrouvaient les yeux fermés sur le terrain.  C’était le fruit de nos différentes combinaisons qu’on faisait. Et de grandes  équipes comme le Cara de Brazzaville et l’Etoile du Congo en ont fait les frais. Moi, en tant qu’entraîneur, j’étais sûr de moi et je savais transmettre cette assurance à mes joueuses. Je leur inculquais  l’esprit de la gagne. Scientifiquement et intelligemment, j’avoue que l’équipe travaillait », se souvient-il si comme c’était hier.  

Toutes les filles qui constituaient le groupe l’ont marqué. Le sport, dira-t-il, est la base de réussite aussi bien pour une femme que pour un homme. C’est une base incontournable de tous les métiers. 

Mais quand on lui parle de l’émergence de certaines de ses championnes telles Nadège Namama Fadiga et Mariam Koné, dans la vie active, Baldino se tient bien sur sa chaise et d’un air sérieux,  lâche. « La Côte est en marche grâce à ces grandes dames. Elles sont responsables dans la société. Elles occupent de hautes responsabilités dans ce pays. Cela me fait énormément plaisir.  Kandia Camara (une des grandes championnes de tous les temps) par exemple, est aujourd’hui ministre de la République. Elle m’a reçu à bras ouverts. Ce fut un grand moment entre le père et sa fille ».

Quant à  Namama Nadège, elle est, selon le formateur émérite, sa fille spirituelle qui a été capitaine de  son équipe junior qui a été, à l’époque, reine d’Afrique.  « Un soir, après notre sacre africain, j’ai sympathisé avec ses parents. Depuis ma famille est devenue sa deuxième famille. Namama se distinguait, entre autres,  par sa gentillesse et  sa douceur. On l’appelait la tendresse. Sur  l’aire de jeu, elle était habile, très douée et savait se mettre en valeur quand elle avait le ballon dans les mains. Namama aimait marquer en finesse. Elle ne cognait pas comme Mariam Koné, Zomi Elisabeth et Désiré Kramo par exemple ».

Le mécène Abinader

En sport, le talent seul ne suffit pas pour bâtir une grande équipe. Il faut y ajouter des moyens conséquents. Et à l’époque, Michel Baldino et ses filles bénéficiaient de la largesse, la passion d’un homme : Roger Abinader.  « Il déboursait  plus de 50 millions F cfa par an pour nos besoins. Il a joué un grand rôle dans l’épanouissement de l’équipe. C’était un grand mécène que nous n’oublierons jamais. Je le salue au passage ».

   En 1986, la mission de Baldino prend fin. Il retourne  en France, son pays natal. Cela entraîne l’éclatement de l’équipe.  Les dirigeants de Bassam, du Red star, du Stella et de l’Africa se partagent les championnes d’Afrique.  La suite on la connaît. Avec  Namama, Mariam Koné, Ahoua Zoromou et autres, le club vert rouge qui a, entre-temps bénéficié de renforts extérieurs dont Olivia Auta, Nadia Loubacky, Chantal Mbon, Mbah Ursule, domine les compétitions nationales et africaines pendant plus d’une décennie.  L’on peut affirmer que l’effet Baldino a fait son effet. « Quand je suis parti, le handball n’a pas cessé. Les championnes parties monnayer leur talent à Abidjan, ont explosé.  Le noyau resté à Bouaké constituait une relève mais, les conditions n’étaient pas réunies pour son épanouissement, son évolution », regrette-t-il. 

C’est pourquoi, le formateur  français, lance un appel pressant aux autorités ivoiriennes et bonnes volontés de doter le sport ivoirien d’infrastructures fiables et viables. « Car, sans salles par exemple, les sports de main n’évolueront pas. Il faut éviter de jouer sur du goudron. C’est suicidaire et ne fait pas honneur au pays ».

A la question de savoir s’il était disposé à revenir  pour reprendre la main, Baldino a répondu. «Tout dépend des autorités sportives de la Côte d’Ivoire... ».

Jean Baptiste Béhi

  

 

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