Mathilde Moreau: La prêtresse "Vohou-Vohou"

Mathilde Moreau: La prêtresse "Vohou-Vohou"

lundi, 25 mars 2013 19:06
Mathilde Moro Mathilde Moro Crédits: rchives

Mathilde Moreau: La prêtresse "Vohou-Vohou"

Diplômé de l’École nationale des Beaux-arts d’Abidjan, Mathilde Moreau est la femme peintre ivoirienne la plus visible sur les cimaises en Côte d’Ivoire et dans le monde.

En 1987, elle rejoint le mouvement ‘’Vohou-vohou’’ aux côtés d’autres anciens étudiants de ladite école que sont Youssouf Bath, Théodore Koudougnon, N’guessan Kra, Yacouba Touré dit Yack.

L’expression ‘’Vohou-vohou’’ est un terme gouro (une ethnie du centre-ouest de la Côte d’Ivoire) qui a été employé pour la première fois par l’étudiant Bony Guemian Jean des Beaux-arts en architecture, originaire de cette région, dans les années 1970. A cette époque, « l’histoire de l’art moderne était plus enseignée que l’histoire de l’art africain. Il n’y avait pas de modèles africains », se rappellent les anciens de l’École nationale des Beaux-arts.

A cela, vient s’ajouter en 1972, le manque de matériel à l’École des Beaux-arts d’Abidjan alors qu’avant et jusqu’en 1970, la peinture à huile, la gouache, les crayons, les papiers canson, etc. étaient distribués gratuitement aux étudiants.

Face à cette situation, le Pr Serge Hélénon, un Martiniquais de l’école « Négro caraïbe » qui enseignait aux Beaux-arts d’Abidjan, encouragea les étudiants à recourir à des matériaux de récupération. Ce recours aux sources va amener les étudiants à manipuler des assemblages souvent hétéroclites sur châssis avec des colories dans des gammes traditionnelles d’ocre, brun, rouge, noir, etc. issues des pigments naturels des végétaux ou des minéraux. Toute chose qui donne naissance à ce que des critiques ont appelé l’école d’Abidjan.

Riche de cette expérience du mouvement « Vohou-vohou », Mathilde Moreau adulée par ses pairs, reçoit le surnom de prêtresse « Vohou ». Sa thématique au début de sa carrière va s’articuler autour de la termitière où elle « africanise » sa peinture.

Grâce à son travail, Mathilde Moreau devient un grand nom de la peinture en Côte d’Ivoire.

À sa première exposition individuelle en 1987 intitulée « Varig » du nom d’une compagnie aérienne dont un avion a fait un crash à Alépé, elle se distingue déjà comme une artiste qui a du talent à revendre. La prêtresse ‘’vohou’’ ne s’arrêtera donc plus et fera le tour du monde pour présenter son travail.

En 1996, avec le critique d’art Mimi Errol Auguste et les peintres Yacouba Touré, Ignace Mensah, Tiébena Dagnogo, Issa Kouyaté, elle porte sur la scène artistique ivoirienne le groupe Daro-Daro, un atelier de création qui donnera un nouveau souffle à l’art pictural ivoirien.

Mathilde Moreau effectuera, en 1998, dans le cadre d’un programme d’études et de recherche à Bejing, une formation qui va susciter chez elle une rupture d’avec ses premières démarches. Ainsi, elle présentera au public dès son retour les acquis de ce programme à travers « Zhongguo », la porte du soleil en chinois.

Aujourd’hui, directrice de l’École nationale des Beaux-arts d’Abidjan, elle a tissé des partenariats avec les différentes écoles des Beaux-arts en France qui ont permis à de nombreux étudiants d’Abidjan d’effectuer des études de troisième cycle dans ce pays.

En attendant « Les printemps de Mathilde Moreau», une exposition qu’elle prépare actuellement, elle entend, à travers les partenariats qu’elle tisse, assurer ainsi la relève à l’École nationale des Beaux-arts.

 

CHEICKNA D. Salif

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