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Liberia / Georges Weah ou Joseph Boakai: Deux "indigènes", deux parcours opposés

jeudi, 28 décembre 2017 15:34

La Commission électorale continue de collecter les résultats du scrutin de mardi dernier. En attendant, zoom sur les deux candidats.

Liberia / Georges Weah ou Joseph Boakai: Deux "indigènes", deux parcours opposés

Le prochain président du Liberia aura une particularité : il sera un indigène. A Monrovia, ce sera une grande première. Jusquelà, le pays a toujours été dirigé par un Afro-Américain, ces descendants d’esclaves affranchis, qui représentent environ 5 % de la population mais qui ont longtemps constitué l’élite politique et économique du pays. Ce sont eux qui ont la gestion économique et politique du pays. Sauf que cette fois, les deux candidats sont des « natifs ». Entre Georges weah et Joseph Boikai, c’est le seul point commun.

Le reste les éloigne. Âge, carrière, alliances politiques... Le vice-président sortant et l’ancienne star du football n’ont pas grand-chose en commun. George Weah, 51 ans, le gosse des bas quartiers, l’illettré mais l’ami du peuple A Morovia, Mister Geoges, le gamin des bidonvilles. La star du football dont l’anglais est souvent l’objet de raillerie (on se moque de lui pour sa non maitrise de la langue officielle du pays), a fait l’école de la vie. Il n’a jamais fait d’études. C’est sur des terrains vagues sablonneux qu’il s’entraînait avant d’être repéré et de devenir l’une des plus grandes figures du football africain. Seul Africain à avoir remporté le prestigieux Ballon d’or, l’ancien attaquant de Monaco et du Paris Saint-Germain n’a cessé de rappeler sa trajectoire à ses supporters, assurant qu’il n’oubliait pas d’où il venait. Il a ainsi réussi à séduire l’électorat des quartiers pauvres.

Il a aussi avec lui sa très bonne éducation, son humilité. Qui ont fait que dans les milieux huppés, on l’a facilement adopté. Georges weah a aussi réussi à s’allier à des poids lourds de la politique. Qui trainent certes de grosses casseroles, mais qui ont encore de l’audience. Ainsi, il a choisi pour colistière Jewel Howard Taylor, l’ancienne femme de Charles Taylor, condamné à 50 ans pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il a aussi passé un coup de fil calculé à Taylor lui-même. Avant d’obtenir le soutien d’un autre poids lourd du Liberia de la guerre, Prince Johnson. L’homme qui s’est fait connaître pour s’être fait filmer en sirotant une bière et en ordonnant à ses hommes de couper les deux oreilles au président Samuel Doe, en 1990.

Ces sulfureuses accointances politiques de George Weah ont eu un impact électoraliste net au premier tour. En tête dans onze des quinze comtés du pays, «Mister George» pourrait en effet remporter le deuxième comté le plus peuplé du pays au second tour, celui de Nimba, d’où est originaire Prince Johnson. Sleep Jo, 73 ans, Au Liberia, Joseph Boakai a deux surnoms. L’intellectuel et.Sleep Jo. Ou Jo le dormeur.

Pour avoir plusieurs fois somnolé en public lors de cérémonies officielles. C’est que vice-président, il s’est beaucoup ennuyé durant les douze ans de mandat de d’Ellen Johnson Sirleaf. Originaire du comté de Lofa, au nord-ouest du pays, Joseph Boakai vient, lui aussi, d’une famille modeste (ses deux parents étaient illettrés) mais il a effectué une scolarité exemplaire. Il est ainsi parvenu à accéder à l’Université du Liberia, où il a obtenu un diplôme en gestion des entreprises.

À 73 ans, il a mené sa carrière tant dans la sphère publique que privée. En 1983, il est ainsi appelé par le président Samuel Doe et devient ministre de l’Agriculture. Il sera ensuite directeur exécutif de l’entreprise de raffinerie du pétrole libérien, puis consultant pour la Banque mondiale. En 2005, il est le colistier d’Ellen Johnson Sirleaf et est ainsi élu vice-président du pays. Rassurant, notamment pour les milieux économiques, le vice-président sortant aurait pu incarner la continuité. Sauf que pendant sa campagne, il n’a cessé de se démarquer d’Ellen Johnson Sirleaf, notamment en s’attaquant à mots à peine voilés à son bilan.

Dénonçant la corruption, l’un des principaux fléaux auxquels le pays est confronté sous le pouvoir actuel. A force de mettre la présidente sortante à l’index, il a fini par agacer ses proches. Au point de perdre certains soutiens proches d’elle. Notamment au sein de son parti, le Unity Party dont certains cadres soutiennent ouvertement George Weah au second tour.

Les résultats situeront sur la justesse des stratégies des deux candidats. Georges Weah a-t-il bien fait de se rapprocher des anciens chefs de guerre ? Joseph Boakai a-t-il vu juste en s’éloignant du bilan de la présidente sortante ? Les Libériens ont déjà décidé. Reste la publication des résultats.

BLEDSON MATHIEU

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