Guillaume Kigbafori Soro : Un destin souvent forcé

dimanche, 10 février 2019 14:09

Il est aujourd’hui un véritable poids lourd de la politique nationale. Très structuré et organisé.

Guillaume Kigbafori Soro : Un destin souvent forcé

« Je n’ai pas une âme d’héritier». Lorsque Soro Guillaume lâche la boutade, il fait référence à son passé. Une vie que ses proches narrent,  souvent avec passion, comme un conte de fée. Une vie qui lui  a, jusque-là, réussi même si les organisations qui l’ont accueilli ont toutes souffert de terribles divisions.

Né en 1972 à Kofiplé (Département de Ferkessédougou), Guillaume Soro a effectivement un peu forcé son destin. Avec des succès indéniables. Même si sur sa route, il y a eu beaucoup de palabres et de sang, l’étudiant en anglais à l’université de Cocody (actuel Félix Houphouët-Boigny) va se démarquer de tous ses camarades en briguant le poste de secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (fesci).

Il sera, entre 1995 et 1998, celui qui fera oublier le mythique premier secrétaire général, Ahipeaud Martial. Farouche adversaire d’Henri Konan Bédié – dont il est aujourd’hui le « protégé » (dixit le sphinx de Daoukro) - Soro Guillaume et ses camarades feront voir de toutes les couleurs à son régime. En ce moment, il était le chouchou des hommes de gauche et principalement du Fpi, parti politique tirant une bonne partie de ses cadres à l’ouest du pays. Une région qui, du reste, va offrir au jeune leader estudiantin, celle qui va partager sa vie, Mlle Sylvie Tagro.

Quand Soro part de la Fesci, c’est une organisation exsangue, profondément divisée et dont les militants se déchirent, se découpent à la machette. Le mouvement ne se relèvera réellement plus et ses successeurs n’auront point la même aura. Quand il s’enregistre en 2002 à la rébellion, c’est encore en forçant. Il n’en était pas le leader, il n’était point à la base du mouvement militaire clandestin mais il saura sauter au micro à un moment où justement personne, parmi les initiateurs, n’avait prévu de porte-parole. Et rechignait à sortir au grand jour. Soro était là, il a eu le courage de prendre la parole, de donner la première image des auteurs des coups de feu des 28 et 29 septembre 2002. Il en tirera les usufruits.

Certains de ses anciens amis de la gauche et mentors  du Fpi ne lui pardonneront pas cette «traîtrise ». D’autres n’ont pas caché qu’ils sont moins gênés que la rébellion qui les attaque soit dirigée par quelqu’un qu’ils connaissent bien. L’un d’eux, assez proche de l’ancien président Laurent Gbagbo, me disait que «notre assurance vie, c’est Soro.

Tant qu’il dirige la rébellion,  elle ne nous emportera pas. Soro a besoin de cette crise pour prendre du coffre et s’imposer. Plus nous resterons au pouvoir, plus il atteindra son objectif. Il est très intelligent et n’a pas envie de rentrer au placard. On l’a pratiqué, il est ambitieux, mais pas kamikaze». A-t-il fait une belle analyse ? Toujours est-il que le Fpi a fait dix ans au pouvoir avec un seul mandat et le secrétaire général de la rébellion a gagné en notoriété et en coffre.

Il est aujourd’hui un véritable poids lourd de la politique nationale. Très structuré et organisé. Comme à la Fesci, la présence de Soro à la rébellion va conduire le mouvement à de profondes divisions. Des pro et anti IB. Avec une crise militaire interne et des morts. Au Rdr où il a réussi à prendre  pied, l’enfant de Ferké, devenu depuis hier « ancien président de l’Assemblée nationale, simple député », le parti semble avoir été secoué par une division. Des pro et des anti Soro. Quel avenir lui prédire ?

Premier ministre en 2007 et président de l’Assemblée nationale en mars 2012. Un parcours. Quand on voit les associations créées ou suscitées  qui se réclament de lui, quand on connaît l’organisation mise en place par ses proches, notamment au niveau des médias et réseaux sociaux avec un système  performant (certainement le plus performant de Côte d’Ivoire) sa connaissance approfondie de l’utilisation des médias et surtout des réseaux, la force qu’il a de toujours trouver «un petit» quelque chose pour être à la une, on ne peut que le soupçonner de vouloir briguer la magistrature suprême. Mais probablement pas pour 2020. Sauf qu’il saura faire en sorte qu’il compte. Pour cette échéance.

BLEDSON MATHIEU