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Félix Edoh Kossi AMENOUNVE, actuel Directeur Général de la BRVM : UNE VIE, UNE HISTOIRE…

dimanche, 17 juin 2018 12:39

Passionné, Emerveillé, Engagé

Félix Edoh Kossi AMENOUNVE, actuel Directeur Général de la BRVM : UNE VIE, UNE HISTOIRE…

Ils ne font pas la Une des journaux et des magazines. Ou si peu. Ils ne donnent pas de leçon, ils donnent l’exemple. Fraternité Matin a décidé d’ouvrir ses pages à ses femmes et à ses hommes qui redessinent, avec patience, persévérance et intelligence, l’Afrique d’aujourd’hui et de demain.

«Le monde de demain sera sans aucun doute meilleur que celui d’aujourd’hui si nous sommes attentifs, réceptifs et positifs par rapport aux changements profonds que nous vivons en étant plus acteurs que spectateurs.» 

Premier de la classe depuis les bancs de l’école primaire jusqu’à la dernière marche à l’université ; et même bien après ! Félix Edoh Kossi AMENOUNVE figure dans le classement 2016 parmi les cent personnalités qui ont contribué à la transformation de l’Afrique. Grâce à l’impact de ses idées et de ses actions sur son environnement, ou encore à ses performances professionnelles, il séduit, épate, intéresse.

Sous sa houlette, la structure commune aux huit pays de l’UEMOA* comptabilisant 100 millions d’habitants, qu’il dirige depuis le mois d’octobre 2012, la BRVM*, a battu des records, obtenu plusieurs distinctions, renforcé sa notoriété internationale et affirmé, au fil des années, son rôle dans le financement des économies de l’UEMOA. L’homme qui célèbre cette année ses 50 ans est considéré aujourd’hui comme l’un des spécialistes de la finance les plus influents en Afrique.

Félix Edoh Kossi AMENOUNVE est quasiment né … dans une classe d’école. Avec un père et une mère, tous deux enseignants, et directeurs l’un après l’autre, de la même école, difficile d’en douter. Dès les premiers jours de sa vie, son berceau est, pour ainsi dire, transporté dans l’établissement scolaire avec Papa et Maman. Son enfance, déjà studieuse, se confond aux  rythmes scolaires successifs. Pour les classes primaires, il est l’élève de sa mère, pour celles des cours moyens, celui de son père, ainsi de suite, jusqu’à l’entrée au Collège.

Cette originalité dans son apprentissage de la vie a façonné son éducation et son style de vie, puisque de fait, ses parents lui ont donné les bases nécessaires pour avoir un extraordinaire cursus scolaire et universitaire.

A chaque fois, les choix de ce spécialiste en courbes boursières ont été déterminants dans le tracé de son cursus.  Ayant de bonnes aptitudes pour les mathématiques et la physique, il s’oriente au collège vers une série scientifique. Il obtient son baccalauréat série C avec la mention «bien» ; une série réputée difficile et considérée en ces temps-là comme une filière d’excellence. L’élève se fait brillamment remarquer dans l’un des meilleurs collèges en matière de formation et de discipline, le  Collège catholique Saint Joseph de Lomé au Togo ; qui a accueilli de nombreux élèves devenus plus tard des hauts cadres togolais et africains.

Puis le destin a fait le reste et mis sur son chemin tantôt des professeurs, tantôt des parents ou des amis, ou encore des épreuves qui lui ont appris la méthode, le courage, le sens du sacrifice et de l’anticipation, la clairvoyance, la simplification et la résolution des problèmes difficiles, la confiance en soi, le respect pour autrui… Avec Dieu pour guide.

Passionné et perfectionniste. Le sens du travail bien fait, l’effort, l’endurance et cette rage de toujours être le meilleur, sont incontestablement les clés qui lui ont ouvert les portes de son actuel statut social et professionnel. Son père lui disait sans cesse : «Fais bien ce que tu fais». Ou encore : «l’homme est un apprenti, la douleur est son maître, nul ne connaît tant qu’il n’a pas souffert» citant ainsi Alfred de Musset. Et sa mère, admiratrice de Jean de la Fontaine, d’entonner de son côté : «ne t’attends qu’à toi seul. Dans la vie, il n’y a pas meilleur ami ni parent que soi-même», tiré de la fable l’Alouette et ses petits….

Alors résumons un peu tout cela. Différents prix reçus chaque année comme premier de la classe jusqu’au CM2. Un baccalauréat C obtenu avec mention. Un prix d’excellence délivré par l’Université du Bénin (actuelle Université de Lomé) pour s’être montré particulièrement brillant durant tout son cursus universitaire. Un MBA (Master of Business Administration), obtenu à Laval au Canada en seulement seize mois. Un Doctorat (Ph.D) en Finance acquis  en 1995 à 28 ans. Pour ne citer que cela ! Il a réussi avec brio ses études doctorales en trois ans et neuf mois que son Université n’a pas hésité à lui offrir une bourse d’excellence pour poursuivre ses études postdoctorales dans un centre de recherche, le CIRANO, à Montréal.

Etudiant au Doctorat, plongé dans la modélisation financière et les tests empiriques, celui qui étudiait déjà «le comportement de la Bourse de New-York (NYSE) et des bourses asiatiques» et se préparait à une carrière de professeur et de chercheur rencontre de manière anodine en 1994, au cours d’un déjeuner, un dirigeant de banque qui lui apprend le projet de création d’une  bourse dans la sous-région de l’UEMOA. Ce dernier lui propose par la même occasion de venir à Lomé pour y travailler. «Je pense, se rappelle-t-il, que c’est à partir de ce moment que mon destin a basculé».

Malgré un écart négatif considérable au niveau de sa rémunération, un nouveau cadre de travail diamétralement opposé à celui du milieu universitaire au Canada où il évoluait, le projet le passionne. Tant et si bien que les choses s’accélèrent. Le 18 décembre 1996, soit un an après son retour dans son pays, le Togo, les Assemblées Générales Constitutives de la BRVM et du DC/BR ont lieu. En l’absence de la nomination d’un Directeur Général, il seconde, en tant qu’Assistant, le Président des Conseils d’Administration (PCA). Il se retrouve, le 15 janvier 1997, à Dakar, au siège de la BCEAO*, pour récupérer le dossier BRVM qui commande que le siège soit établi à Abidjan, pour la mise en place de la Bourse. Il s’y installe provisoirement.

En moins de dix ans, Félix Edoh Kossi AMENOUNVE connaît une trajectoire professionnelle vertigineuse. Il est l’assistant du PCA de la BRVM  quand, à 30 ans, soit en octobre 1997, il est nommé pour la première fois, Directeur Général de société : la Société de Gestion et d’Intermédiation du Togo (SGI-TOGO) qu’il crée de toutes pièces. Cette nomination l’oblige à faire l’aller-retour entre Abidjan et Lomé. Il créera par la suite en 2002, une Société de Gestion d’Actifs, OPTI ASSET MANAGEMENT, avec trois Fonds Communs de Placement (FCP). Un an plus tard, le poste de Secrétaire Général du Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers se libère. Un concours régional est organisé en juillet 2003 pour recruter un nouveau secrétaire général. Félix Edoh Kossi AMENOUNVE, une fois de plus, arrive en tête des candidats.

Retour à Abidjan en septembre 2003. Il occupera le poste de Secrétaire Général de l’Autorité de Régulation pendant plus de 9 ans et sera l’artisan des plus grandes réformes du Marché Financier Régional de l’UEMOA (Réforme des garanties et introduction de la notation, mise en place du marché hypothécaire et de la titrisation, harmonisation de la fiscalité des valeurs mobilières, revue de la tarification, revue des règles d’allocation des OPCVM, etc.).  Puis en août 2012, la BRVM et le DC/BR cherchent un Directeur Général. Il accède au poste le 2 octobre. De challenges transformés en réussites, ce chef d’entreprise dans l’âme, vivra dès l’âge de 30 ans, des expériences riches et pleines d’enseignements, avec les angoisses de l’entreprenariat et les joies des contrats signés ou des marchés gagnés.

On a du mal à déceler chez cet homme à qui tout réussit, des insuffisances, des maladresses, voire des manquements, mais il rassure tout de suite et reconnaît que : «comme tout être humain j’ai des défauts et je cherche constamment à les rétrécir tout en élargissant mes qualités…  j’essaie tout simplement d’appliquer l’excellence dans tout ce que je fais, comme mes parents me l’ont enseigné ». Amoureux de la vie et de ce qu’elle promet, cet homme de 50 ans, exalté face à la marche du monde, voit pour l’humanité, une évolution perpétuelle.

Pour lui, «l’évolution rapide de l’économie industrielle vers l’économie du savoir  est tout simplement extraordinaire. Depuis que Gutenberg en s’inspirant des Chinois, a inventé l’imprimerie, il y a eu celle de la machine à vapeur, puis du téléphone, de l’avion à moteur, les inventions se sont accélérées pour aboutir à internet et aux drones. Et l’avenir nous annonce encore de nombreux changements voire des révolutions avec leur lots d’excitations et de craintes.» annonce-t-il, émerveillé.

Si, en effet, il a beaucoup d’admiration pour les pères des indépendances africaines tels que Félix Houphouët-Boigny, Modibo Kéita, Kwamé N’krumah, et les grands penseurs africains comme Cheick Anta Diop ; ainsi que pour les acteurs contemporains des révolutions technologiques comme Bill Gates ou Steve Jobs, il rêve d’une Afrique «plus prévisible et plus cohérente pour les générations futures». Pour cela,  selon lui, les hommes et les femmes de sa génération doivent tirer les leçons des chocs culturels et socio-économiques qui affectent le continent, pour mieux appréhender les défis futurs.

Prêt à rendre service. Félix Edoh Kossi AMENOUNVE, déjà auteur d’articles scientifiques en finance publiés dans le «Applied Financial Economics» en collaboration avec des chercheurs béninois, ivoiriens et camerounais, veut également apporter son savoir et son expérience aux étudiants et jeunes entrepreneurs africains à travers des programmes de formation. Conscient du fait que l’éducation est la meilleure arme à utiliser pour changer le monde comme le disait Nelson Mandela. Plus tard, il envisage de créer une Fondation pour l’Excellence en milieu scolaire, qui portera le nom de ses deux parents pour pérenniser leur action.

Marquer son temps,  être une référence pour les autres et donner de l’espoir ! C’est sans doute les empreintes de vie de cet homme qui « a su à chaque fois saisir sa chance» Son nouveau paradigme ? « Une bonne éducation axée sur l’excellence, la création d’entreprise et non la recherche d’emploi, le partage du savoir et une meilleure redistribution des richesses. » Pour lui, «chaque Africain doit apporter sa contribution au développement du continent selon ses moyens. Ceux qui ont la chance de réussir dans leur domaine doivent pérenniser cette  réussite en ayant à l’esprit de passer le relais aux générations futures.  Il faut éviter le travail de Sisyphe : la course au développement et au bien-être des populations africaines ne doit pas être un éternel recommencement. Les Africains doivent désormais bâtir pour trois ou quatre générations au moins. C’est seulement à ce prix  que nous transformerons durablement notre continent avec les richesses qui se transmettront de génération en génération…». Un condensé de sa vie et de son histoire en quelque sorte.

Par Dominique Mobioh Ezoua   

 

BRVM : Bourse Régionale des Valeurs Mobilières

DC/BR : Dépositaire Central/ Banque de Règlement

BCEAO : Banque  Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest

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