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Maternité précoce: Des filles-mères racontent leur calvaire

mardi, 05 novembre 2013 16:36
Maternité précoce: Des filles-mères racontent leur calvaire Maternité précoce: Des filles-mères racontent leur calvaire Crédits: DR

La pauvreté n’est qu’une des facettes des difficultés du phénomène des jeunes mamans célibataires. La démission des parents est une autre épreuve à laquelle elles doivent faire face.

Maternité précoce: Des filles-mères racontent leur calvaire

Elle aurait pu être une belle jeune dame, épanouie, si les deux enfants qu’elle a eus, juste à peine sortie de l’adolescence avaient eu un père responsable. A défaut  d’être  soutenue par celui qui a mis fin, précocement, à son enfance, rejetée par sa famille et ses proches, et sans domicile fixe avec deux enfants sous les bras. Awa. K,  âgée seulement  de  22 ans, au visage grave et au regard perdu, habillée d’un ensemble pagne fané, fait penser à une femme d’âge mûr qui ploie sous le poids des difficultés.

Comme elle, nombreuses sont les jeunes filles
  célibataires à Abidjan qui se retrouvent, presque qu’à leur insu dans le statut de fille-mère. Rejetées et confrontées à des difficultés financières, une fois qu’elles donnent naissance  à un enfant. Qui le plus souvent est indésiré. Reportage.

A Yopougon, une commune populaire du district d’Abidjan, le phénomène des filles-mère est récurrent, du fait de la pauvreté. Le cas de Mlle Adjoua, une adolescente âgée de 18 ans et résidant au quartier Banco II de ladite commune. Adjoua est récupérée à l’âge de 6 ans par son oncle. Très vite,
  elle s’est intégrée dans sa famille d’adoption, jusqu’au décès de son bienfaiteur. Elle était âgée alors de 15 ans. Déscolarisée et vulnérable financièrement, elle accepte, malgré elle, les avances d’un homme marié. Cet amant  avait relativement l’âge de son défunt oncle, a-t-elle témoigné. Dès les trois premiers mois de leur idylle, Adjoua se retrouve enceinte. « Redoutant la réaction de son épouse (qui résidait dans le même quartier que moi), mon amant a déménagé  un matin, sans m’en avertir », a-t-elle expliqué. « Mon monde a basculé depuis ce jour, avec cette grossesse non planifiée ». A défaut de réunir l’argent pour subir clandestinement  un avortement, Adjoua s’est résolue à garder la grossesse de M. Yao kan, ouvrier dans une société de la place.

Au bout d’un an, la jeune fille gracieuse qu’elle était, s’est retrouvée défraichie, après sa première maternité… L’enfant qui porte le nom de famille de
  Adjoua, parce que abandonné de son père est né, avec des malformations. « C’est normal », reconnait Adjoua, «  à défaut d’argent, je n’ai suivi aucun soin prénatal », a-t-elle déploré. Pour subvenir aux besoins de son fils, Adjoua propose ses services comme fille de ménage dans une entreprise de la place, les matins. Dans la soirée, elle s’érige en serveuse dans un night-club. « Ce travail est pénible. Surtout quand il s’agit de gérer les humeurs des clients ivres », a-t-elle jugé. Avec  l’argent qu’elle collecte à la fin du mois, environ 50.000 Fcfa (soit…), elle doit s’occuper de son enfant, s’acquitter des frais de loyer… « Il m’est impossible d’épargner à la fin du mois. Mes charges sont supérieures à mes revenus », a constaté Adjoua.

La situation précaire d’Adjoua ne la décourage pas pour autant. Optimiste, malgré tout, elle compte se battre pour réserver un meilleur avenir à son enfant. Aussi
  essaie-t-elle tant bien que mal de s’insérer dans le tissu social, en exerçant les petits métiers.

La pauvreté n’est qu’une des facettes des difficultés du phénomène des jeunes mamans célibataires. La démission des parents est une autre épreuve à laquelle elles doivent faire face.

Kady, une vendeuse ambulante rencontrée à Abidjan Adjamé , également fille-mère a raconté son expérience. «
  J’ai passé plusieurs nuits  à dormir à ciel ouvert dans une gare du marché Gourou, à Adjamé, avec mon enfant et la seconde grossesse que je portais. Mes parents m’avaient expulsé de la maison ». 

« Maman » Justine ne dit pas autre chose. «  Quand mes parents ont appris la nouvelle de ma grossesse, alors que je vivais encore en famille, il m’ont manifestement fait savoir que j’étais indésirable. Finis l’argent de poche, adieu les études…J’ai dû improviser un commerce de - attiéké poisson - pour assurer les frais de consultation à la maternité.»

Justine reconnait que, la naissance de son fils Ezéchiel a rompu tous les liens affectifs qui la liaient à ses parents. «
  J’ai tellement essuyé des paroles méchantes et dévalorisantes que j’ai fini par croire que la vie était un échec ». Il lui fallait pourtant rebondir, a reconnu Justine. « Grâce à l’aide  de jeunes chrétiens, j’ai pu collecter une somme importante pour débuter un commerce ».  Aujourd’hui, âgée de 48 ans, j’ai réussi à me faire une place au soleil. Mais je porte encore les séquelles  de cette période sombre de mon histoire ».

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Aujourd’hui plus que jamais la situation de la fille est de plus en plus préoccupante. Elle fait face à des fléaux insurmontables, et est souvent victimes de traitements injustes, de discriminations et de violences de tout genre imposés par des personnes âgées, des communautés et malheureusement quelques fois même par sa famille.

La Journée Internationale de la Jeune Fille, instituée depuis 2011 par les Nations Unies, nous donne l’occasion, d’attirer une fois encore l’attention individuelle et collective sur la nécessité d’aborder les difficultés qu’elle rencontre, et de promouvoir ses Droits Humains afin de lui assurer protection et sécurité.

Isabelle Somian

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