Vigilance, monsieur le Président !

samedi, 21 décembre 2013 13:17
Le Président Alassane Ouattara Le Président Alassane Ouattara Crédits: D.R

Au député de Botro et professeur de philosophie, Adolphe Saraka.

Les visites et autres tournées présidentielles ont leur rituel: protocole réglé à la baguette, accueil par les populations, discours et autres comportements de circonstance: parole des officiels (députés, maires, président du Conseil régional, etc.), enfin, tout le clan actif et activiste des hauts dignitaires de l’administration étatique.

La récente tournée du Chef de l’État ivoirien dans le centre du pays (le Gbêkê et le Bélier) a obéi, à tous les points de vue, à ce rituel en vigueur pour l’accueil d’un Prince. Bien évidemment, il faut y ajouter son pesant de représentations artistiques et folkloriques : chants, danses et musiques — les talents jamais démentis de la négraille... Ce qui m’a particulièrement frappé dans les récentes tournées du Chef de l’État dans le pays baoulé, ce sont les présents offerts au couple présidentiel et la teneur des discours.


1 – Les présents.

80 cabris, 37 moutons, x pagnes Kita, x poulets, x chèvres et autres bovins. Au bout du compte, des milliers de bêtes et de pagnes offerts au couple présidentiel. Franchement dit et entre nous: je doute fort que Monsieur et Madame Ouattara aient vraiment besoin d’une telle version négro - africaine de l’arche de Noé qui dépasse même toutes les capacités d’imagination des poètes de la Genèse. Que pourrait vraiment bien faire Madame Dominique Ouattara de tous ces cabris et autres bêtes domestiques bizarres dont l’on devine que l’auguste et délicat palais serait peu réceptif à la chair… sauvage ?! Et puis, — et chose étrange —, pourquoi tous ces donateurs enthousiastes et exaltés n’ont-ils pas pensé à la suite présidentielle (toute la famille si industrieuse des conseillers, secrétaires, aides de camp, gardes du corps, photographes particuliers) qui contribuent à nous faire aimer le pouvoir, ce pouvoir ? Non, je suis certain que le couple Ouattara n’avait pas besoin de tous ces présents, à lui seul. Un cabri, un mouton, un bœuf, un pagne… symboliques eurent suffi à faire plaisir au couple présidentiel qui a déjà connu toutes les satisfactions matérielles de ce monde.

Une particularité, cependant, a attiré mon attention: le comportement du Professeur Adolphe Saraka, député de Botro. Sans l’avis de personne, l’illustre professeur de philosophie et député de son état s’est donné la liberté d’attribuer à la Première dame 69 pagnes Kita sur les 70 prévus (par les Botrolais) pour le couple présidentiel ! Le Président Ouattara, en époux aimable et chef condescendant, a accepté de bon coeur ce don visiblement et injustement réparti. C’est qu’en réalité, le Chef de l’État et le député se sont compris, sans avoir eu à discuter de cette injuste répartition: la femme est au centre de la sociologie du pouvoir chez les Baoulé. Ceux-ci doivent, en effet, leur posture politique et leur actuelle solide structuration sociale à l’action et la pensée d’une femme : la Reine Abla Pokou.

Pour tout bon Baoulé, « toutes les femmes sont des Reines», comme le dit si bien l’habile chanteur sénégalais, Ismaël Lô. Le professeur Adolphe Saraka, en ‘’dépouillant’’ notre Président des pagnes réservés au couple présidentiel au bénéfice de Madame Dominique Ouattara, venait là d’honorer la femme, cette beauté ultime, cet être si cher et si présent dans l’imaginaire et la représentation du pouvoir chez les Akan, notamment les Baoulé. Et le philosophe-député a eu raison d’opérer ce choix individuel et solitaire, sans l’avis de personne. Et le Chef de l’État a été bien avisé de n’avoir pas remis en cause ce choix…


2 - Les discours.

Le second aspect qui a attiré mon attention, c’est le contenu des discours. Passons outre les commentaires (très ou mal inspirés) des commentateurs de presse et autres bonimenteurs de circonstance. Ce qui m’a frappé, ici, ce furent les discours historiques des mercredi 27 et jeudi et 28 novembre, sur la place publique de Botro et à la résidence présidentielle, à Bouaké notamment où le Chef de l’État avait décidé de rencontrer les cadres du centre. Moments historiques de forte densité émotionnelle, exceptionnelle. Tenues vestimentaires de rigueur et de circonstance. Mines composées. Silence grave. Entrée du Chef de l’État. Poignées de mains saisies dans l’instantané d’appareils photographiques euphoriques. Puis le Chef de l’État s’est assis, grave, beau et prêt à écouter et à être écouté, comme tout bon Prince digne de ce nom.

Jeudi prochain
: polysémie de discours de circonstance.

Par Tiburce Koffi

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