Vœux sincères

lundi, 23 décembre 2013 18:57

« Bien que tout vice verse dans le cœur humain le poison de l’adversaire, c’est l’envie qui permet au serpent de cracher son venin le plus secret et de vomir la peste de sa méchanceté, pour la faire partager » Grégoire le Grand

Vœux sincères

C’est la saison. La fin de l’année, avec dans son cortège nos moments de joie et de malheur, nous met souvent dans la disposition d’espérer mieux, demain. Les enfants souhaitent avoir des cadeaux et les plus chanceux en auront certainement. Les autres, pas forcément les plus poisseux, devront se contenter des guiliguilis des parents. L’important, c’est que cela vienne du cœur et que nous ne transformions pas nos chérubins en adultes bonzaï ou plus précisément en gamins ayant perdu le sens des projections qui font encore rêver, par des promesses non tenues et des responsabilités esquivées. Car, le rêve a cela de magnifique qu’il permet, parfois, à défaut de le rendre effectif, de se consoler sur des nuages douillets.

L’hypocrisie souriante

Les adultes, eux, sont plus prompts à se faire des vœux. Le plus répandu est celui que nous prononçons chaque matin: «Bonjour», version simplifiée d’une formule plus longue: « Je vous souhaite le bonjour ». Pourtant, ce serment est dit, bien des fois, à rebours de ce que nous pensons sincèrement. On dit bonjour avec le sourire et le bisou en prime, alors qu’on a des envies de meurtre. Ainsi, ça commence par le chuchotement malveillant, qui donne des allures de scoop, de ‘’secret’’ qu’on révèle. Ensuite, quand les murmures enflent, le ‘’secret’’ devient comme celui de Polichinelle qui ne savait guère parler à voix basse, et on en arrive ouvertement à la diffamation.Quand on y réussit, on jubile de voir l’autre dans des difficultés, grâce à notre ‘’science’’ et à la meute des seconds couteaux qu’on aura dressé pour la cause du siècle. Quand on échoue, le bonjour-injure et l’hypocrisie souriante se transforment en haine. Par l’alchimie de la frilosité des tontons-flingueurs et des défenseurs de la chasse gardée.

Tour à tour donc, la palette du bizutage se présente sous cette forme : malveillance, dénigrement, jubilation de voir les difficultés de l’autre, déception de constater qu’il a le cuir épais, haine. On l’aura compris, et pour reprendre Paulo Coello, « les bateaux sont bien au port, mais ce n’est pas pour cela que les bateaux ont été construits », au gré du vent, ils voguent. Car, qu’est-ce qu’un bateau qui ne navigue pas ? Un amas de planches.

La saison se prête, dis-je, aux vœux. Sincères. Le bonhomme à la barbe fleurie fera, comme toujours, rêver les enfants. Au ciel, ils imagineront à Père Noël sa demeure merveilleuse, abri des trésors les plus inimaginables. Et les couleurs vermeil et blanc seront encore l’étendard de la joie, du partage, de la convivialité. Sentiments que l’on voudrait aussi retrouver dans la classe politique bientôt trois ans après la crise post-électorale. Mais là aussi, il semble que le louvoiement soit la chose la mieux partagée. Officiellement, aucune chapelle politique ne rechigne à aller à la réconciliation mais nous traînons encore les pas pour avancer rapidement vers l’union.

Si la crise ivoirienne a été effarante par le nombre des victimes, il n’en demeure pas moins qu’en réalité, les populations ne se regardent plus en chiens de faïence. Les politiciens aussi, devant les caméras, semblent bien être de ‘’bons copains’’, se faisant l’accolade ou les épaules amicales sur le dos. Pourquoi alors tardons-nous à nous retrouver? A cause de la qualité des vœux que nous formulons.

Que la Noël et la Saint-Sylvestre soient des moments de vœux sincères pour une année 2014 de paix, de prospérité, de foi et de bonne santé pour tous. Amine !

Par Oumou D.

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