Une démocratie apaisée

lundi, 03 février 2014 12:17

« Chasse au loin ta détresse, laisse entrer le printemps, le temps de la tendresse et de l’apaisement », Hubert Félix Thiéfaine.

Une démocratie apaisée

Un vent printanier souffle sur la Côte d’Ivoire, ces derniers jours. Et ce n’est ni à cause de l’atterrissage de l’A380, ni à cause de la venue de quelque 500 investisseurs français et américains sur la terre d’Éburnie pour participer au forum ICI 2014. Il s’agit simplement du climat calme sur le front politique qui augure d’élections générales apaisées en 2015. Des exilés issus des rangs du Fpi sont rentrés récemment au pays, volontairement, sans être inquiétés par les autorités policières ni judiciaires, encore moins par les autorités politiques. Et l’on fait allusion ici à de gros poissons et non du menu fretin. Marcel Gossio et Alain Dogou, ci-devant ex-Directeur général du Paa et ancien ‘’ministre’’ du ‘’gouvernement’’ illégal et illégitime du Professeur Gilbert Marie Aké N’Gbo, étaient, en effet, du premier cercle de l’ancien régime.

En plus de ces faciès connus, il y a eu, dernièrement, de nombreux retours d’exilés militaires et de civils anonymes. Tout cela ressemble à un renouveau printanier pour ce pays qui a payé un lourd tribut à sa saison hivernale de 2010 à 2011 où les balles de mitrailleuses lourdes et autres obus tombaient sur les citoyens comme de la grêle. Et tout ce massacre n’avait de justification que notre refus de jouer le jeu de la ‘’démocratie apaisée’’, comme disait le Président Bédié en 1995 déjà.

Parallèlement à cette brise récente qui nous berce tendrement, on se réjouit de ce que M. Affi N’Guessan et le Fpi semblent, enfin, retourner à la politique: ils auront réussi à mettre un bémol aux invectives gratuites, à l’injure publique, aux appels à l’insurrection pour s’inscrire dans un processus politique. On les voit à présent parler des élections générales de l’année prochaine; on les voit constituer un autre regroupement de partis politiques d’opposition pour affronter la coalition Rhdp dans les urnes. Au même moment, on les voit discuter enfin avec le pouvoir actuel sans poser de préalable intenable comme l’élargissement de l’ex-Président Laurent Gbagbo, de Simone Gbagbo ou de Charles Blé Goudé. C’est heureux que le Fpi comprenne enfin que l’on peut discuter de tous les sujets lorsqu’on accepte de s’asseoir autour de la table de négociations.

La politique des exigences et des préalables n’est qu’un leurre! Si le pouvoir et son opposition entretiennent cette atmosphère jusqu’aux prochaines élections générales, alors notre pays sortira définitivement de l’ornière et pourra se hisser au rang des nations qui ont déjà expérimenté des transitions démocratiques et des élections apaisées suivies d’une passation des charges entre un président sortant et son successeur fraîchement élu. Et cette dynamique heureuse ne se romprait point, même si le président était réélu, car en 2020 au plus tard, notre loi fondamentale le contraindrait à procéder à une telle passation des charges avec son successeur. Et ce serait une première dans les annales politiques de la Côte d’Ivoire.

C’est l’éclosion de ce printemps qui nous remplit d’espérance, bien au-delà de toutes les infrastructures socio-économiques que l’équipe du Président Ouattara s’échine à bâtir concomitamment et parallèlement. Car, enfin, dans un pays comme le nôtre, qui sort d’une décennie de turbulence guerrière, c’est sans doute aussi urgent  qu’important de bâtir la paix que de reconstruire les routes et les ponts.

La réconciliation nationale est, en effet, ce qui urge, si nous voulons dompter nos vieux démons et tuer la bête en nous. Bien heureusement, les développements récents de l’actualité nationale montrent que nous sommes sur la bonne voie. C’est le lieu de féliciter notre classe politique qui fait preuve de responsabilité en s’élevant au-dessus de ses intérêts particuliers pour prendre en compte ceux des braves femmes et des mômes qui, baluchons sur la tête, sont les premiers à prendre le chemin de l’exil intérieur en cas de déflagrations politiques.

P
ar le Dr FAMAHAN SAMAKÉ