Sortez (très) couvertes, Mesdames !

Sortez (très) couvertes, Mesdames !

mardi, 02 juillet 2013 08:44

Je vous donne un conseil qui vaut son pesant d’or, Mesdames. Si vous devez traverser une gare routière ou simplement un point de chargement des cars communaux (gbakas) et autres taxis communaux (wôrô-wôrô), à Abidjan, dans les communes d’Adjamé ou d’Abobo, conformez-vous aux goûts vestimentaires des quidams de ces lieux. Si vous allez dans les marchés achalandés, faites très attention à ce que vous portez, sinon…

 Sinon vous risquez au mieux d’être escortées et moquées avec tous les noms d’oiseaux; au pire, de petits libidineux, eux-mêmes torses nus le plus souvent, bermudas et pantalons sur la moitié des fesses ou plus bas, exposant le spectacle de culottes crasseuses aux couleurs indéfinissables, en véritables gardiens du temple de la pudicité vestimentaire, vous mettront en tenue d’Eve, vous filmeront et quelquefois vous violeront. Il y a une dizaine de jours,  à la gare Gbêba, à Adjamé, une jeune dame a vu ses habits arrachés et a échappé de justesse à un viol ‘’correctif’’ et collectif, en pleine journée, pour non-respect du dressing code de ses bourreaux.

Que faut-il faire pour éviter de telles offenses et humiliations ? Porter plainte ? Que non, l’enquête n’aboutira pas ! Vous ne serez ni les premières ni sûrement les dernières puisque cette traque aux femmes ne date pas d’aujourd’hui. Et personne n’a jamais été inquiété pour cela. C’est vaste une gare, et entre copains et coquins, on est solidaires. Il faut plutôt s’habiller long et ample. Ne rien laisser deviner de la poitrine. Pas de maquillage, pas de chichis d’escarpins bruyants, rien que de la sobriété extrême. Il faut faire simple. C’est beau et c’est sans risque. Ces règles de la chasse aux dames pas comme les autres fait écho à une classification écœurante qui cherche, à tout prix, à présenter deux types de femmes: celles qui ne méritent que d’être violées et les respectables à l’abri des agressions physiques et verbales. Plus grave, la justification des viols par la légèreté des vêtements exprime une approbation assumée ou révèle une inconscience inavouable. Rien ne justifie ni ne doit justifier ces viols à ciel ouvert, commis dans des lieux connus par des pervers bien identifiables.

L’incohérence, c’est qu’à longueur de journée, l’image de la femme qui est véhiculée la présente très peu vêtue ou vêtue de sorte à mettre en relief ses atouts physiques. Regardez les clips de musique, les pas de danse ou plutôt les tourneurs et tourneuses de fesses à la télé, l’accoutrement de nos stars, la promotion des concours où le physique assure la réussite, etc. Qui s’en plaint ?

Et pourquoi n’arrive-t-on pas à dissuader des pouilleux de ne pas faire écran à ce que l’on promeut au quotidien ?

Des goûts et des couleurs, c’est connu, ça ne fait pas discuter ! Il faut éviter de donner des prétextes à ceux qui sont en passe de devenir des violeurs en série, vu la complaisance dont ils bénéficient. Ce qui se passe ici, rappelle, à rebours, ce qui a été décidé en France : le voile intégral y est interdit dans les lieux publics, autant dire partout puisque la voilée niqab s’enveloppe pour se préserver du regard des autres. La passion suscitée par le débat sur l’interdiction du voile à l’école, dans le prolongement duquel il y a eu l’interdiction des symboles religieux à l’école laïque, laisse présager une volonté farouche d’imposer aussi un dressing code où il faut utiliser peu de tissus. A mon avis, se sont les femmes qui sont attaquées à travers ces postures d’intolérance.

Ici, l’alibi c’est « elles sont dénudées, c’est contraire à nos coutumes », là-bas, c’est « elles sont trop couvertes, cela ne cadre pas avec notre culture ». Quand comprendront-ils que chacun est propriétaire de son corps et qu’à ce titre, il ne doit pas être perçu comme le lieu de l’expression d’un quelconque diktat ?

par Oumou D

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Lu 1843 fois Dernière modification le jeudi, 04 juillet 2013 07:58