Sécurité routière : Une question de santé publique en Côte d'Ivoire

jeudi, 05 octobre 2017 14:36
Sécurité routière : Une question de santé publique en Côte d'Ivoire Sécurité routière : Une question de santé publique en Côte d'Ivoire Crédits: DR

Il fut une période où l’Office de la sécurité routière faisait ses campagnes en tenant compte du rang pitoyable qu’occupait notre pays dans le classement mondial en matière d’insécurité routière et de l’effarant palmarès de pertes en vies humaines. Je ne serai guère surprise si l’exploit macabre est réédité à cause de nos bons chauffeurs autoproclamés. Qui sont-ils, ces chauffeurs chevronnés ?

Ne vous attendez pas à ce que je vous décline les critères qui font d’un conducteur d’automobile un as du volant, un Sébastien Loeb, le champion sept fois vainqueur du rallye mondial. Les pilotes dont il question ici, sont ceux qui ont décidé de narguer la mort en se livrant à d’invraisemblables exhibitions sur nos routes. Ils mettent en danger la vie de tous ceux qui ont le malheur de se retrouver sur leur parcours, surtout quand Cupidon a touché l’un des leurs de sa flèche.

Des scènes surréalistes de conduite dangereuse et délirante sont jouées dans la circulation publique par des minicars (gbakas), taxis communaux (wôrô wôrô), taxis compteurs, sous le prétexte de célébrer de nouveaux mariés. La fête commence dans la matinée du jeudi. Des amis, collègues et parents du futur marié appartenant au monde élargi du transport (mécaniciens, chauffeurs, syndicalistes, chargeurs, etc.) ne se gêneront pas pour vous faire partager une douche froide, dans une guérilla des sachets d’eau ( eau glacée en général, savonneuse, sale) ou encore de vous badigeonner d’huile de vidange pour manifester leur joie. Si vous vous trouvez dans les gares ou les espaces réservés au chargement, ruisselant d’huile et d’eau sale, c’est que vous vous en tirez à bon compte.

En effet, au crépuscule, le clou de la fête risque de vous donner un infarctus. Des chauffeurs, les doigts à peine posés sur le volant, à défaut de gâchette, testeront leur témérité en circulant à très vive allure dans des engins poussifs et bondés de passagers hurlant et se livrant à de folles acrobaties sur le toit. Après avoir été témoins de telles scènes, si vous vous en sortez, malgré les embouteillages monstres causés par ces cortèges bruyants, c’est que vous avez encore de la chance.

Les bons chauffeurs chargés de convoyer la « kognonmousso » (la nouvelle mariée) au domicile conjugal, eux, avant d’accomplir leur mission, se livreront à des démonstrations déroutantes sous les vivats de ‘’la corporation’’. Par exemple, une cible est visée, soit un poteau électrique ou même un mur. Le bon chauffeur, fonce vers la cible et freine juste à quelques petits centimètres en faisant ronfler le moteur de son engin. Ou encore, deux ‘’bons chauffeurs’’, dans deux voitures qui se font face, roulent et freinent brusquement, juste avant que les deux véhicules ne se percutent. Dans un déferlement de joie hystérique.

Il y a déjà eu plusieurs drames. Des passagers ont eu le crâne fracassé ou des membres fracturés en tombant du toit des automobiles. Mais, le coût en vies humaines, en nombre de blessés, en dégâts matériels, en séquelles psychologiques, bien malin qui pourra l’établir ! Cette volonté de puissance née le plus souvent dans une ignorance inconsciente, doit être sanctionnée. Les accidents de la circulation sont habituellement perçus comme une fatalité, un destin inéluctable. Cependant, quand la route devient le lieu d’expression d’une poussée d’adrénaline, d’un désir de se «  rendre maîtres et possesseurs » de la circulation et de nos vies, il y a lieu de sévir.

La route n’est pas une arène où le gladiateur, sous le regard ivre, concupiscent et voyeuriste d’un souverain en manque de sensations fortes et sordides, viendrait lui donner caution. Il faut aborder le sujet des accidents de la route comme une question de santé publique. Cela relève de la responsabilité de l’État et de notre degré de conscience citoyenne. Les syndicats de transporteurs gagneraient aussi à sensibiliser leurs adhérents, à leur faire prendre conscience du spectre de la mort violente qu’ils font planer sur nos vies. C’est peut-être bien de fêter des noces mais ayons la décence d’épargner le pire aux autres.

Par Oumou D.

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