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Se faire soigner ici ou ailleurs ?

samedi, 24 mars 2018 00:40
Se faire soigner ici ou ailleurs ? Crédits: DR

Annoncée sans tambour ni trompette, la nouvelle a tout de même eu un sacré écho, au Niger comme dans la sous-région.  

De quoi s’agit-il ? Hé bien à l’issue du Conseil des ministres qui s’est tenu le 16 mars dernier à Niamey, le ministre de la Santé publique Idi Illiassou Maïnassara a annoncé qu’avant toute évacuation sanitaire à l’extérieur du pays, l’Hôpital de Niamey donnerait son avis concernant « la nécessité ou pas de faire recours aux hôpitaux étrangers ».

Et le ministre d’ajouter, après avoir vanté les mérites d’un personnel local hautement qualifié: « pour montrer le bon exemple, il a été décidé que désormais, les ministres et les députés ne feront l’objet d’évacuation aux frais de l’État que dans la mesure où les prestations concernées ne peuvent être fournies par l’Hôpital général de référence ».

En filigrane, la volonté des autorités du Niger de réduire la facture des évacuations sanitaires à l’étranger, qui a coûté en 2016 quelque 7,5 millions d’euros à l’État. Alors que dans le même temps, le président Mahamadou Issoufou inaugurait, en août 2016, l’Hôpital général de référence à Niamey, financé par la Chine à hauteur de 68 millions d’euros, disposant d’une capacité de 500 lits ainsi que d’une douzaine de blocs opératoires.

« Le Niger montre la voie », a aussitôt titré L’Observateur Paalga, le quotidien d’information du Burkina Faso, qui espère « que nos autorités en prendront de la graine, ne serait-ce qu’en pensant à ériger un centre de santé de bonne qualité ». Tout en rappelant que « pas un mois ne passe sans qu’on apprenne par les canaux officiels ou officieux qu’un bonze de l’État est parti dans tel pays, la plupart du temps occidental, pour se soigner ou pour, excusez du peu, un check-up, entendez par là un bilan de santé. Et aux frais du contribuable ! ». Quant au site d’information Seneweb, il a aussitôt titré: « Évacuations sanitaires des ministres: et si Macky imitait Issoufou du Niger ? ».

La question n’est pas nouvelle. Mais il semble que c’est la première fois, à notre connaissance, qu’un gouvernement africain demande à ses ministres et à ses députés de se faire soigner dans leur propre pays, en l’occurrence au Niger, avant de songer à une évacuation sanitaire du côté de Paris, Rabat, Barcelone ou Johannesburg. L’exemple vient en tout cas de tout en haut: la plupart des présidents africains s’empressent de s’envoler en direction de l’ancienne métropole pour la moindre opération, voire même un simple contrôle.

Les élites francophones se pressent dans les meilleurs cliniques et autres hôpitaux militaires de la région parisienne. Tandis que les en-haut d’en haut d’Afrique anglophone s’envolent en toute discrétion du côté de la Grande-Bretagne, des États-Unis, mais aussi de l’Afrique du Sud ou de Singapour.

Mais est-ce bien raisonnable que les responsables politiques et économiques snobent les hôpitaux de leurs propres pays pour aller se faire soigner à grands frais sous d’autres cieux ? Imaginons un instant le président français Emmanuel Macron aller se faire soigner à Dubaï, ou le roi d’Espagne envoyer son épouse accoucher à Nairobi ? Leurs compatriotes seraient choqués par une telle défiance à l’égard de leurs propres infrastructures sanitaires. Sur le continent africain, ce sont précisément les responsables politiques, élus pour veiller au bien-être de leurs populations, qui migrent pour se faire soigner ailleurs, tout en condamnant leurs compatriotes à des hôpitaux-mouroirs, ou à se tourner vers des charlatans, par manque de moyens.

Il y a tout juste deux ans, un article choc publié sur le site Le Monde Afrique, intitulé « Présidents africains, pourquoi ne restez-vous pas mourir au pays ? », avait braqué ses projecteurs sur cette réalité qui choque et exaspère les populations. La décision du Conseil des ministres du Niger est peut-être un premier pas pour améliorer les structures sanitaires dans le pays, et ainsi renoncer à un tourisme sanitaire de luxe réservé à une élite, qui coûte cher à la collectivité.

Catherine Morand

Lu 829 fois Dernière modification le samedi, 24 mars 2018 00:41