Réconciliation nationale: La stricte justice semble inopérante pour y aller...

mardi, 10 octobre 2017 07:47
Réconciliation nationale:  La stricte justice semble inopérante pour y aller... Crédits: D.R

« Notre grande erreur est d’essayer d’obtenir de chacun, en particulier les vertus qu’il n’a pas et de négliger de cultiver celles qu’il possède. » Marguerite Yourcenar (Mémoires d’Hadrien)

La real justice

La real justice. Commençons par un terme qui lui ressemble de par sa composition : la realpolitik. Depuis le temps qu’on en parle, on a fini par avoir une idée de ce que c’est que cette « politik ».

Pour les plus optimistes, c’est celle qui est fondée sur la recherche de l’intérêt national, au-delà des clivages idéologiques ; pour les autres, ce terme est employé pour dénoncer l’abandon des principes fondamentaux et souvent éthiques, au bénéfice des intérêts économiques et/ou de positionnement. Dans la même perspective, la real justice serait ou pourrait être une sorte de justice par provision qui s’appliquerait à changer nos désirs de vengeance plutôt que l’ordre du monde.

J’avais écrit une Matinale (A cœurs et bras ouverts) où il était question de la nécessité d’ouvrir les cœurs et les bras pour favoriser des relations fraternelles et briser le mur de la méfiance, après la crise post-électorale et son bilan macabre. La réaction d’un lecteur que voici a particulièrement retenu mon attention : « Cela vous honore d’inviter les uns et autres au pardon et à la réconciliation et vous avez beau jeu de faire la colombe. Mais pensez-vous, par exemple, que ce vieil homme qui a vu tous ses quatre fils assassinés, dans sa maison, en l’espace d’une heure, puisse faire son deuil quand ceux qui ont incité au meurtre ont encore la gouaille des prétentieux ? Pensez-vous que tous ces fantômes qui rôdent, parce que trop tôt rendus au silence, acceptent de sortir de notre quotidien, nous qui les avons trop tôt et trop violemment conduits au royaume des ténèbres ? »


Le pardon, un défi pour la paix

Je n’ai pas de réponses à ces questions et peut-on en avoir véritablement quand on pense à toutes ces horreurs ? Mais le fait est qu’il faut avancer. Résolument. En Côte d’Ivoire, de quelque bord que l’on soit, on évoque ou invoque toujours la justice. Tout le monde veut qu’elle fasse son travail d’équité (surtout quand on pense qu’elle penchera en notre faveur) pour pouvoir regarder l’avenir plus sereinement. Alors, chacun désigne des périodes où il a subi les foudres de l’autre et, au nom de ces exactions, attend réparation et souvent nourrit ses amertumes au point de vivre uniquement pour cela. Or, à l’heure actuelle, la stricte justice semble inopérante, si nous voulons nous donner des possibilités d’aller à la réconciliation.

Bien évidemment, il n’est pas question, sous prétexte de real justice ou de justice accommodante, de donner un blanc-seing à toutes sortes de perversions, mais nous devons sortir de la parenthèse sanglante que nous avons connue et nous mettre dans la résonance de cette pensée de Yourcenar: « Ce qui nous rassure du sommeil, c’est qu’on en sort, et qu’on en sort inchangé, puisqu’une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l’exact résidu de nos songes ». Puissions-nous considérer nos guerres et guéguerres comme des moments de sommeil et voir notre présent comme un défi à relever pour la paix. Malgré tout.

Par OUMOU D.

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