Quand Macky Sall rime avec magistral

lundi, 26 août 2013 09:33

Je vois déjà le jour où l’on va demander aux gouvernements africains d’accueillir les femen sous peine d’être jugés rétrogrades et de se voir supprimer protection et subventions.

Quand Macky Sall rime avec magistral

Elles sont venues de nulle part et les voilà de tous les fronts. J’en parlais déjà, il y a peu, mais ne puis m’empêcher d’y revenir en passant. Je me souviens comment la concomitance entre la démission du pape et la Journée de la femme semblait leur avoir donné une tribune et un intérêt particulier.

Je rêve et j’espère n’être pas le seul, chères sœurs du monde entier et d’Afrique en particulier. Ces gorgones exhibent à tire-larigot des seins nus plus ou moins palatables. Les femmes apprécient, je l’espère, puisque les furies sont supposées les défendre; les hommes aussi, pourquoi pas, le voyeurisme est gratuit ! Moi, je n’apprécie pas ! Ça me fait gerber. Mais le pire est à venir. Les hommes politiques français encensent.

Je vois déjà le jour où l’on va demander aux gouvernements africains d’accueillir les femen sous peine d’être jugés rétrogrades et de se voir supprimer protection et subventions. Qui veut parier ? Cette entame, tout juste pour que vous compreniez à quel point cette décadence d’un certain monde m’écœure et comment j’aimerais nous en protéger. Mon propos, cette semaine, est orienté vers le Président sénégalais, Macky Sall, que j’ai rencontré à la fin du mois de juillet au Forum Forbes Afrique qui se tenait à Brazzaville, en présence de nombreux chefs d’État et sous la houlette de Denis Sassou Nguesso dont la diplomatie mérite un coup de chapeau.

Je me suis alors souvenu de son échange avec Barack Obama au cours de la récente visite du Président américain au pays de Senghor et des Signares. Ce qui surprend, de prime abord, c’est que nous sommes au Sénégal, une terre d’une richesse historique exceptionnelle. Nous sommes en Afrique où Obama dont c’est la terre d’origine ne vient que pour la deuxième fois. Nous vivons une période où les sujets brûlants, du Mali à la Palestine, en passant par la Syrie, l'Égypte ou l’Iran, se ramassent à la pelle. Mais la première question que l’on trouve à poser au Président de la première puissance mondiale concerne les homosexuels. L’on croit rêver ? Ceci sonne déjà comme une forfaiture que le Président américain aurait dû évacuer d’un revers rhétorique.

Mais aujourd’hui, c’est saugrenu, sans être louche, on ne peut plus considérer le sujet de l’homosexualité comme banal. Pour certains, il est tellement important qu’il devait passer en priorité dans un plan quinquennal ou être la première question d’un sommet de Chefs d’État. Barack Obama s’est cru obligé d’interpeller implicitement le Sénégal sur la pénalisation de l’homosexualité. La réponse de Macky Sall a été sans détour ni faux-fuyant : “Le Sénégal est un pays tolérant qui ne fait pas de discrimination en termes de traitement sur les droits (...). Mais on n’est pas prêts à dépénaliser l’homosexualité. Cela ne veut pas dire que nous sommes homophobes. Mais il faut que la société absorbe, prenne le temps de traiter ces questions sans qu’il y ait pression.”

Il aurait pu s’arrêter là et cette franchise était déjà appréciable. Mais l’homme a fait preuve d’une intelligence exceptionnelle. L’occasion était trop belle pour rabattre le caquet aux donneurs de leçons pour lesquels l’Afrique est terre où ils ont tous les droits. “C’est comme la peine de mort, une question que chaque pays traite à sa façon. Nous l’avons abolie depuis longtemps. Dans d’autres pays, elle s’impose parce que la situation l’exige. Nous respectons le choix de chaque Etat.” Macky Sall aurait pu aller plus loin dans la fable de l’arroseur arrosé. Il aurait pu citer les pays. Il aurait pu dire qu’il y a aussi des pays où la barbarie est telle que l’on fabrique des armes pour les enfants de 5 ans et que ces enfants s’en servent pour tuer leurs petites sœurs. Il aurait pu rappeler qu’il est des pays où l’argent est tellement au-dessus de toutes les valeurs qu’il est impossible d’arrêter ce type de commerce.

Il aurait pu porter l’estocade en disant qu’il est des pays tellement barbares qu’ils s’autorisent à espionner le monde entier, à garder dans des prisons, pour des années, des hommes et des femmes qui n’ont pas été jugés. Il flotte comme une mystique dans le ciel d’Afrique. Jadis, un Président ainsi interpellé aurait soit réagi par un sourire niais de soumission, soit éructé sa révolte en disant qu’il n’avait pas de leçon à recevoir. Jadis, il ne se serait trouvé aucune nation africaine - même pas la puissante Afrique du Sud - pour courir au secours d’une autre nation en danger.

Le Tchad d’Idriss Déby Itno l’a fait pour le Mali, allant plus loin que la France dans la témérité de son secours, engageant même les fils du Président au combat. Pouvais-je rester insensible et muet à cette évolution radicale ? Je voyais l’Afrique comme une fourmilière de silence au travail, disait le poète. Des forces telluriques sont à l’œuvre. De part en part, une lave en fusion s’éjecte.

L’Afrique se réveille patiemment, obstinément. Ici comme au Sénégal, c’est la sagesse d’un Sall et l’enracinement de la démocratie. Ailleurs, au Tchad, c’est l’émergence d’une armée de référence. Plus loin, au Ghana, c’est l’élan fougueux d’un peuple ambitieux. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Par Gaston KELMAN