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Prêtres pédophiles, l’horreur sans fin

vendredi, 17 août 2018 18:10
Prêtres pédophiles, l’horreur sans fin Crédits: DR

Cette semaine, alors que les chrétiens du monde entier fêtaient avec ferveur l’Assomption, célébrant à la fois la mort, la résurrection, l’entrée au paradis et le couronnement de la Vierge Marie, un scandale de pédophilie secouait à nouveau l’Eglise catholique, dont l’ampleur suscite un sentiment de dégoût et de révolte.

Jugez plutôt : durant des années, aux Etats-Unis, quelque 300 prêtres ont abusé d’un millier de petits garçons et de petites filles, parmi lesquels certains étaient âgés de moins de 10 ans. En toute impunité, avec la complicité tacite de leur hiérarchie, qui, bien qu’informée, a laissé faire. Pire, les a couverts.

Un rapport de 1'356 pages, fruit de deux ans de recherches dans les archives de l’Eglise - où ces crimes étaient documentés - et le recueil de nombreux témoignages égrène des actes sordides, dont l’ampleur et la perversion laissent sans voix.

Comment comprendre qu’autant de prélats - dont on est en droit d’attendre un comportement exemplaire, à la moralité au-dessus de tout soupçon - puissent saccager en toute impunité l’innocence de centaines d’enfants, brisant ainsi des vies à tout jamais ? Pour les chrétiens qui mettent en pratique au quotidien les vertus prônées par l’Eglise, ce nouveau coup est rude. 

« Il y a eu d’autres rapports sur les abus sexuels commis sur des enfants au sein de l’Eglise catholique. Mais aucun de cette ampleur », assure le grand jury qui a mené une enquête dans 6 diocèses sur 8 de l’Etat de Pennsylvanie aux Etats-Unis. Si autant de crimes demeurés impunis pendant des décennies ont été commis dans un seul Etat, combien d’autres sont encore cachés, dans d’autres régions ?

Bien que la grande majorité des abus soient aujourd’hui prescrits pour la justice, les membres du grand jury qui ont mené l’enquête ont tenu à rendre public ce rapport, au nom des victimes, qui ne connaîtront jamais réparation pour les abominations dont elles ont fait l’objet lorsqu’elles étaient enfants.

Ces révélations font suite à une série de scandales similaires qui ont éclaboussé l’Eglise américaine : Boston en 2002, Philadelphie en 2005, Altoona-Johnstown en 2016… Selon l'organisation Bishop Accountability, 6721 prêtres ont été accusés d'abus sexuels aux USA pour des faits présumés inclus dans la période allant de 1950 à 2016. La même association estime à 18 565 le nombre d'enfants victimes de ces agissements.

Mais les Etats-Unis ne sont bien évidemment pas le seul pays où des prêtres, le plus souvent couverts par leur hiérarchie, ont commis des actes d’agression sexuelle sur des enfants. Et de nombreux pays, tels que la France, l’Autriche, l’Irlande, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Chili, l’Australie, entre autres, ont également été affectés par des scandales retentissants. Souvent, les faits sont suffisamment anciens pour que les criminels ne soient pas poursuivis.

Des mesures ont pourtant été prises, des efforts entrepris pour tenter de contenir les ardeurs de vieillards cacochymes, complètement déglingués, qui s’attaquent aux petites filles et aux petits garçons que les familles leur confient, sans se douter un instant de leur perversion. Mais l’arsenal juridique existant n’est visiblement pas suffisant, puisque les scandales continuent à éclater, jetant ainsi l’opprobre sur l’ensemble de l’Eglise catholique romaine, au grand dam de ses fidèles.

L’omerta semble toujours être la règle de la part d’une hiérarchie qui renonce le plus souvent à traduire les prédateurs devant la justice, voire les couvrent, par complaisance ou crainte de voir leur diocèse associé à un nouveau scandale.

Après deux jours de silence, le pape François a réagi, se disant du «côté » des victimes et assurant vouloir « les écouter pour éradiquer cette horreur qui détruit la vie des innocents ». Mais peut-être s’agit-il désormais pour le Souverain Pontife d’aller plus loin, de prendre des mesures plus radicales, pour répondre au sentiment de total écœurement qui a envahi nombre de fidèles.

Catherine Morand

Lu 550 fois Dernière modification le vendredi, 17 août 2018 18:38