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Pourquoi je vogue…

lundi, 17 septembre 2018 09:59
Pourquoi  je vogue… Crédits: DR

Ici, l’espoir  fait mourir. Chaque fois que je vais voguer sur les ondes des grandes eaux, chaque fois que je vais narguer l’immense étendue de ce sable chaud appelé Sahara sous un soleil au zénith de l’indifférence d’une Afrique qui se fuit, chaque fois que je me cache dans des cargaisons de bateaux et plus rarement dans des soutes d’avions en quête d’un ailleurs même passable par rapport à ma vie d’ici,  je m’entends dire que je suis irréfléchie, à la limite de la stupidité.

Après ces désapprobations de bien-pensants, les eaux houleuses, les sables cannibales, ici ou ailleurs, peuvent continuer de me dévorer, malgré les ressources humaines, minières, financières, pétrolières, et tutti quanti que mes pays auraient.

Mais je m’en fous ! Non pas que je sois plus suicidaire ou téméraire que n’importe quel autre quidam du monde, mais que vaut encore ma vie quand je suis prise en tenailles entre les sifflements des balles et la diète noire ? Qu’ai-je encore à attendre devant des chiffres présumés de croissance dans mes pays quand au quotidien, et souvent malgré mes parchemins obtenus au prix de mille privations, chaque jour vécu est marqué du sceau de la besogne qui laisse malgré tout le ventre affamé ? « On ne pleure pas devant les chiffres » disait le saint-homme, on ne se pâme pas non plus d’admiration  devant les chiffres.

Ici, l’espoir fait mourir. Les statisticiens des suicides collectifs (c’est comme cela  qu’ils nomment mes pérégrinations pour un ailleurs mieux qu’ici) ont beau jeu d’étaler des décomptes macabres comme des épouvantails pour m’empêcher d’aller vers ces nations aux parois trop étanches, mais je voguerai qu’à même…

Ici, l’espoir fait mourir. Mes politiciens-chefs-d’Etats-élus-et-aimés d’ailleurs s’en moquent tout autant que moi je m’en fous de ce que des forts en thèmes nomment « perte de l’estime de soi », « fuite des cerveaux », « inconséquences », « complexe du Blanc », « complexe d’infériorité », etc., je voguerai… sans m’arc-bouter à la vague idée d’un certain panafricanisme ou de la dignité noire. Je voguerai vers ces lieux où on ne me dira jamais sincèrement ni généreusement « Faites comme chez vous ».

Pourquoi vogue-je à rendre malade le Pape François ? Pourquoi vogue-je à obliger les chefs des nations convoitées à « reblablater » sur ma situation de voyageuse impénitente ? Pourquoi je vogue et voguerai sans attirer la moindre compassion ni tirer le traître mot de la grande Union africaine ? Parce que tel est mon destin de citoyenne de ces pays du berceau de l’humanité qui se vautrent encore au fond du lit alors qu’ils sont maintenant de solides gaillards qui gagneraient, au lieu de jouer les cow-boys dans la maison familiale à assumer résolument la vie d’adulte. Laquelle ne consiste pas seulement à rappeler les affres de l’esclavage et de la colonisation mais aussi à faire bon usage de nos richesses en comprenant bien que nul ne nous offrira le bonheur sur un plateau d’argent. En attendant, je vogue. Parce que l’espoir fait vivre, pardon, mourir !

Par Oumou D.
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